Présentation du SIRASCO, qui contribue à lutter contre les différents trafics.
Par Alexis Deprau
La répression du crime organisé est menée par différents services de la Police nationale et de la Gendarmerie.
Afin de complĂ©ter le travail de lâOffice central de lutte contre le crime organisĂ© (OCLCO), un arrĂȘtĂ© du 5 mars 2009 a mis en place le Service dâinformation, de renseignement et dâanalyse stratĂ©gique de la criminalitĂ© organisĂ©e (SIRASCO), « chargĂ© notamment de lâidentification et du suivi des organisations criminelles dont lâactivitĂ© a une incidence sur le territoire national, de lâanalyse stratĂ©gique et opĂ©rationnelle relative Ă ces organisations et de lâĂ©change de renseignements avec les services français et Ă©trangers ». Câest notamment grĂące Ă ce Service quâil est contribuĂ© « à lâidentification des entitĂ©s, des acteurs et des flux alimentant cette criminalitĂ© organisĂ©e ». Ce Service dâanalyse approfondie de la criminalitĂ© organisĂ©e est composĂ© dâune quinzaine de personnels provenant de la Police nationale, de la Gendarmerie nationale, mais aussi de la Direction gĂ©nĂ©rale de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure (DGSI), qui « fixe par ordre de dangerositĂ© les groupes criminels organisĂ©s les plus actifs sur le territoire national. Avant mĂȘme la Camorra ou encore les groupes albanophones ou roumains, une menace se dĂ©tache en premiĂšre place : les groupes criminels organisĂ©s issus des citĂ©s sensibles des grandes agglomĂ©rations. Le panel de faits dont ils se rendent coupables est large : trafic de stupĂ©fiants, naturellement, mais Ă©galement lâensemble des incriminations qui en dĂ©coulent, Ă savoir blanchiment de fonds, homicides, violences volontaires, enlĂšvements, racket et autre criminalitĂ© identitaire».
Câest par le biais du SIRASCO que la Police nationale et la Gendarmerie nationale rĂ©digent un rapport annuel concernant la criminalitĂ© organisĂ©e en France.
Outil efficace du renseignement pour les services de police, il permet dâĂ©valuer les grandes tendances de la criminalitĂ©. Pour exemple, le rapport rendu en juillet 2019 a dĂ©notĂ© une explosion de la prostitution sur Internet, la baisse des vols Ă main armĂ©e, ainsi que lâinfiltration des criminels dans lâunivers du jeu.La Direction gĂ©nĂ©rale de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure dispose dâagents envoyĂ©s au sein du SIRASCO. Le partage de travail avec ce service policier spĂ©cialisĂ© dans la lutte contre la criminalitĂ© organisĂ©e est pertinent, car il permet ainsi dâĂ©laborer des rapports et des synthĂšses fournies sur le danger de la criminalitĂ© organisĂ©e. Ce Service dâinformation et de renseignement affirme expressĂ©ment quâil nây a pas de « mafia française», ce qui nâenlĂšve bien sĂ»r rien au fait quâil y a effectivement des organisations criminelles traditionnelles en France. Mais son fin travail dâanalyse lui permet de bien distinguer les organisations criminelles existantes en France de la mafia traditionnelle elle aussi installĂ©e sur le territoire national, tout en Ă©tudiant leur fonctionnement et leurs Ă©volutions. Autre sujet dâactualitĂ©, le Service national du renseignement pĂ©nitentiaire (SNRP) effectue un travail de collaboration avec le SIRASCO, en organisant des rĂ©unions trimestrielles. Plus encore, ce travail de partenariat en matiĂšre de renseignement et de synthĂšse des menaces criminelles organisĂ©es a permis de mettre en place une Ăquipe mixte de renseignement pĂ©nitentiaire (EMRP), dans le but dâeffectuer une mission continue dâĂ©valuation sur les menaces criminelles contemporaines, ainsi que la multitude des trafics en prison.
Enfin, le SIRASCO travaille aussi sĂ©rieusement sur un phĂ©nomĂšne de criminalitĂ© qui prend de lâampleur.
Le SIRASCO a qualifiĂ© des nouvelles entitĂ©s de « nĂ©o-banditisme », dĂ©crivant « un banditisme nouveau issu des citĂ©s sensibles, se diffĂ©renciant dâun âmilieuâ traditionnel fort affaibli par le succĂšs des investigations policiĂšres, et un changement de gĂ©nĂ©rations. Il recouvre des groupes criminels organisĂ©s divers, mais tous structurĂ©s autour du trafic de stupĂ©fiants. Leur particularitĂ© est de privilĂ©gier les âcircuits courtsâ au sein du rĂ©seau, limitant les intermĂ©diaires, et confĂ©rant un sentiment de puissance dĂ©mesurĂ© Ă de petits malfaiteurs nâen ayant pas lâenvergure ».
Les services de renseignement doivent donc exercer leur mission de maniĂšre permanente, Ă lâĂ©gard de ces nouveaux groupes criminels, et dâendiguer ainsi, Ă la fois la criminalitĂ© et la dĂ©linquance issues des trafics, mais aussi lâutilisation potentielle dâarmes dans le cadre des violences urbaines. Plus encore, le nĂ©o-banditisme a un lien ombilical avec lâhybriditĂ©, un phĂ©nomĂšne croisant terrorisme et criminalitĂ© organisĂ©e, comme on a pu lâobserver dĂšs 1996 avec le « gang de Roubaix », appelĂ© aussi les « islamo-braqueurs », qui commettaient de trĂšs violents vols Ă main armĂ©e pour financer le jihad. En tout Ă©tat de cause, le travail dâanalyse fourni par le Service dâinformation, de renseignement et dâanalyse stratĂ©gique de la criminalitĂ© organisĂ©e doit ĂȘtre entendu, et ce Service doit voir ses moyens augmentĂ©s pour continuer son travail, concernant non seulement lâaccroissement des diverses formes de criminalitĂ© organisĂ©e (classique et cyber), mais aussi lâhybridation, et ainsi approfondir lâĂ©tude des rĂ©seaux criminels qui travaillent avec des individus participant Ă des activitĂ©s terroristes.
