
Un président peut-il être le chef d’un réseau de cocaïne ? La question qui paraît assez saugrenue ne l’est pas totalement (1): au Paraguay, depuis le dictateur Stroessner, c’est simple, il y en a eu plusieurs ! Découvrons aujourd’hui l’un d’entre eux, qui aurait pu être démasqué à temps, si la mafia de la coke autour de lui n’avait pas fait supprimer un général qui semblait bien avoir réuni toutes les preuves contre ce qui gangrenait le pays. Il s’apprêtait visiblement à les révéler devant les yeux du président du moment, qui s’appelait alors Juan Carlos Wasmosy, et qui avait aussi, hélas, auprès de lui, un certain général Oviedo (voir notre épisode 27). Mais avant d’y parvenir, revenons sur un trafiquant brésilien, initiateur de tout le trafic… et victime de son principal concurrent et ancien associé (oui, cela ressemble fort à un film, tout cela…) (2).
La CIA au courant sur Stroessner et tous ses généraux narcos
Les américains pouvaient ils ignorer le rôle d’Andrés Rodríguez Pedotti, le successeur de Stroessner, avant même qu’il ne devienne président ? Difficilement, d’après un document accablant : dans un article très bien renseigné du Washington Post en date du 24 mai 1972 (lisible ici), que je résume dans ce texte, révélant les découverts de la CIA, il avait été précisément nommé comme responsable du trafic de drogue dans le pays, avec d’autres, dont Patricio Colman, dont les troupes avaient « commis des actes barbares sur des opposants d’une armée de libération ou pays »; mais aussi toute une lignée de commandants liés à Stroessner, dont Sabino Augusto Montanaro et son homme de main d’extrême droite, le général Francisco Britez qui dirigeait sa police « particulière » (selon la CIA « aucun trafic imposant ne pouvait se faire dans son secteur sans son acquiescement »).
Ou le général Leodegar Capello, ministre de la défense qui partageait le trafic avec les deux déjà cités, ou bien le général Martinez, qui lui avait intelligemment largement investi grâce aux revenus de la drogue dans des fermes d’’élevage. Ou encore le vice amiral Hugo Gonzalez, responsable de la marine fluviale paraguayenne, qui avait pour rôle accessoire de « servir de baby sitter pour les enfants de Stroessner », selon le Washington Post, et essentiellement de surveiller le trafic par bateaux entre le Brésil et l’Argentine, pour laisser passer sans encombre les siens, bien entendu.

Ou encore le chef de l’armée de l’air, le général Vicente Quinonez (ici à gauche), le « superviseur de l’aéroport d’Asuncion », (déjà) le fief des avions de narcos, mais aussi des dizaines d’autres alentour, tous utilisés, on s’en doute, par le trafic de drogue, ou même encore Raul Sapena Pastor, le secrétaire d’Etat dont le rôle essentiel consistait surtout à offrir aux trafiquants les indispensables passeports dont ils avaient besoin pour passer tranquillement les frontières… tous ces noms ayant été fournis par le détail à Roque Avila, l’ambassadeur du Paraguay à Washington selon Les Whitten, journaliste aux méthodes plutôt intrusives, lors d’une réunion ayant duré 4 heures à l’ambassade américaine dans le pays. Histoire de lui faire comprendre que la CIA avait déjà tout découvert sur le régime de son président corrompu… c’est simple, pour elle, ceux orbitant de près autour de Stroessner étaient tous des macro-trafiquants !!! Tout cela était connu, comme l’étaient aussi les emplacements de production du hachisch, alors en pleine expansion. Les trafiquants successeurs des généraux s’activant comme eux sur le trafic de coke, incontournable, mais aussi le commerce illicite de produits électroniques mais en y ajoutant la production locale de marijuana, distribuée très vite à la tonne.
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