Mais trente ans plus tard, cette pĂ©riode est trĂšs loin dâavoir livrĂ© tous ses secrets. Un tiers de la quarantaine dâattentats attribuĂ©s aux GAL nâont jamais Ă©tĂ© Ă©lucidĂ©s. Pas plus que les liens entre lâorganisation et le trafic de drogue.

Nos rĂ©vĂ©lations sur lâexistence et le rĂŽle du Chacal dans le scandale français des stups (OCRTIS) risquent de rĂ©veiller quelques fantĂŽmes de lâautre cĂŽtĂ© des PyrĂ©nĂ©es.
Le parcours de cet ancien tueur reconverti dans les affaires, protĂ©gĂ© en trĂšs haut lieu, ravive en effet une des pages les plus noires de la dĂ©mocratie espagnole. Au dĂ©but des annĂ©es 80, en plein conflit sĂ©paratiste basque, Madrid ne supporte plus de voir les militants armĂ©s dâETA tuer des innocents sur son sol avant de se rĂ©fugier dans le Pays basque français.
Face Ă lâinertie du gouvernement de François Mitterrand, qui refuse dâextrader les terroristes prĂ©sumĂ©s, Madrid dĂ©cide alors de crĂ©er clandestinement les Groupes antiterroristes de libĂ©ration (GAL). Lâobjectif assumĂ© de ces escadrons de la mort est dâ«assassiner les assassins» en vengeant chaque attentat dâETA, mais aussi de semer la terreur sur le sol français afin de retourner lâopinion publique, jugĂ©e trop favorable Ă la cause basque.
Le recrutement des tueurs sâopĂšre principalement dans les rangs des barbouzes dâextrĂȘme droite, oĂč se croisent anciens mercenaires, soldats perdus de lâAlgĂ©rie française et anciens gros bras du Service dâaction civique, le cĂ©lĂšbre service dâordre gaulliste dissous en 1982. Mais les GAL sâappuient aussi sur des Ă©quipes de voyous venus de Bordeaux, Marseille ou Cannes, comme le Chacal, rompus au maniement des armes et attirĂ©s par les primes accordĂ©es Ă chaque assassinat dâun «etarra» (militant dâETA) ciblĂ© par lâorganisation.
Entre dĂ©cembre 1983 et juillet 1987, une trentaine dâassassinats sont commis en France. Câest la vague dâattentats la plus meurtriĂšre sur le territoire depuis la guerre dâAlgĂ©rie. Charles Pasqua sera le premier Ă accuser ouvertement le gouvernement espagnol dâĂȘtre derriĂšre les GAL. Au nom de la nouvelle coopĂ©ration antiterroriste entre les deux pays, lancĂ©e en 1986, et en signe dâapaisement, le ministre de lâIntĂ©rieur dâalors autorise une vague dâexpulsions de militants basques rĂ©fugiĂ©s en France, accĂ©lĂ©rant la disparition des GAL.
Au cours des années suivantes, tout est fait pour éviter le grand déballage sur cette «guerre sale».
De Bayonne Ă Bordeaux, la plupart des enquĂȘtes judiciaires sâenlisent, quand elles ne sont pas directement freinĂ©es par le pouvoir politique. Les rares procĂšs qui ont finalement lieu en France aboutissent uniquement Ă la condamnation de lampistes, malgrĂ© la mise au jour de complicitĂ©s au sein de lâappareil policier français.
«La raison dâEtat prime sur tout», justifie alors le procureur de Bayonne.
En Espagne, les enquĂȘtes sur les GAL, confiĂ©es au cĂ©lĂšbre juge dâinstruction Baltasar GarzĂłn, font beaucoup plus de bruit. Des hauts responsables policiers sont inculpĂ©s, Ă©claboussant au passage une partie de la classe politique. A lâĂ©tĂ© 1998, un procĂšs historique se tient Ă Madrid, Ă lâissue duquel un ancien ministre de lâIntĂ©rieur, JosĂ© Barrionuevo, est condamnĂ© Ă dix ans de prison. Mais trente ans plus tard, cette pĂ©riode est trĂšs loin dâavoir livrĂ© tous ses secrets. Un tiers de la quarantaine dâattentats attribuĂ©s aux GAL nâont jamais Ă©tĂ© Ă©lucidĂ©s. Pas plus que les liens entre lâorganisation et le trafic de drogue.
Emmanuel Fansten
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