Extrait de: Maroc-Espagne: les nouvelles routes de la drogue

Depuis la chute des livraisons de drogue, La Linea de la Concepcion souffre.
Les boutiques de tĂ©lĂ©phonie tirent le rideau, les salons de coiffure dĂ©clarent 50 % de revenus en baisse, les enseignes de prĂȘt-Ă -porter Ă©coulent poussivement leur camelote : les compagnes de ces messieurs disposent de moins de cash. Dans le quartier de lâAtunara, rĂ©putĂ© pour abriter les narcos et leurs familles, un dĂ©dale de ruelles a laissĂ© pousser des immeubles dĂ©labrĂ©s Ă deux pas de la mer.
Assis sur des chaises en plastique, des apprentis Tony Montana, torse nu, en short, transpercent de leur regard noir les visiteurs. « Les seuls postes, pour ces jeunes sans diplĂŽme, seraient serveur ou balayeur, alors quâun guetteur gagne 500 euros pour quatre heures de boulot, plusieurs fois par semaine.
Câest un problĂšme dâordre social », analyse le commandant.
Au cours de ses enquĂȘtes, il raconte avoir dĂ©couvert des demeures somptueuses, oĂč chaque piĂšce Ă©tait dĂ©corĂ©e par thĂšme, marocain, mĂ©diĂ©val, voire gothique, avec baignoire digne dâune cascade. Voyages festifs Ă Ibiza, dĂźners arrosĂ©s de grands crus, une vie de shit postĂ©e sur InstagramâŠ
La frime englue les bandits, petits et grands : « Ils ne savent pas rester discrets. Lâambition les perd. » Peine encourue : huit ans. Les plus malins ont placĂ© des sous Ă gauche et reprennent le boulot dĂšs quâils mettent le nez dehors. Des dynasties de dĂ©linquants semblent se bĂątir sur ce business. Lors dâune perquisition, une lancha miniature a Ă©tĂ© retrouvĂ©e. Un jouet pour enfant de narco, maquette de sa vie future.
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