FRANCE đŸ‡«đŸ‡·: la lutte contre la drogue doit-elle passer par sa promotion

Derniers florilÚges du scandale de la buprénorphine à haut dosage (BHD)

Par Jean Costentin

Plus de 300.000 sujets, en France, sont affectĂ©s d’une dĂ©pendance aux opiacĂ©s et opioĂŻdes (tramadol, codĂ©ine, morphine, oxycodone,fentanyl, hĂ©roĂŻne). D’aucuns le sont devenus au dĂ©cours de prescriptions d’analgĂ©siques puissants, Ă  fortes doses, sur des durĂ©es plus ou moins longues.

D’autres, trĂšs majoritairement, le sont devenus par une ascension « rĂ©crĂ©ative » de l’échelle des toxicomanies (tabac, alcool, cannabis, ecstasy, cocaĂŻne, buprĂ©norphine, oxycodone, morphine,
mĂ©thadone, hĂ©roĂŻne). Un de ses Ă©chelons est celui de la buprĂ©norphine Ă  haut dosage (BHD, le Subutexℱ) et ses comprimĂ©s sublinguaux. Elle Ă©tait destinĂ©e Ă  faire rompre les hĂ©roĂŻnomanes avec l’injection intraveineuse (IV) de leur drogue. Cette injection les ancre dans leur toxicomanie par l’effet « shoot », associĂ© Ă  la variation trĂšs rapide de la stimulation des rĂ©cepteurs cĂ©rĂ©braux des substances endogĂšnes que sont les endorphines; stimulation flash produite par l’injection IV de substances morphiniques.

La BHD, administrĂ©e par voie sublinguale, occupe durablement ces rĂ©cepteurs ; elle s’oppose ainsi Ă  la stimulation subite que produirait l’injection IV d’un morphinique. C’est pour cette indication que la BHD a Ă©tĂ© autorisĂ©e en France, il y a une quinzaine d’annĂ©es. Elle est prescrite par des mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes qui auraient dĂ» recevoir une formation spĂ©cifique autre que celle dispensĂ©e par les dĂ©lĂ©guĂ©es
médicales des laboratoires qui la commercialisent.

La suite (qui paraĂźt ignorĂ©e des mĂ©dias), ce sont plus de 100.000 « bĂ©nĂ©ficiaires » de ce Subutexℱ/BHD, prescrit souvent Ă  la plus haute
dose autorisĂ©e (24 mg/jour), avec une forte proportion d’entre eux qui se l’injectent, aux frais de notre SĂ©curitĂ© sociale, Ă  la place de leur
coĂ»teuse hĂ©roĂŻne, avec les mĂȘmes risques de transmission du SIDA, des hĂ©patites B et C
 qui justifiaient son autorisation de mise sur le marchĂ©.

L’argument rĂ©current de la « rĂ©duction des risques » en fait naĂźtre de plus grands que ceux qu’elle prĂ©tendait rĂ©duire. Un mĂȘme «bĂ©nĂ©ficiaire» se fait prescrire de la BHD par plusieurs mĂ©decins, puis il se fait dĂ©livrer ces ordonnances par des pharmaciens diffĂ©rents ; la revente du stock constituĂ© lui permet d’acquĂ©rir sa chĂšre hĂ©roĂŻne pour se l’injecter. Il effectue cette revente Ă  de jeunes toxicophiles, les faisant accĂ©der aux morphiniques. Ces derniers en usent et bientĂŽt en abusent par voie sublinguale, puis ils passent Ă  la voie IV aprĂšs mise en solution de la glossette, puis ils arriveront Ă  l’hĂ©roĂŻne.

Cependant, l’important rĂ©sidu de la matrice galĂ©nique du Subutexℱ restreint le volume du surnageant pouvant ĂȘtre injectĂ©.

Cette restriction du dĂ©tournement vient d’ĂȘtre surmontĂ©e par la commercialisation d’un lyoc (comprimĂ© Ă  dissolution complĂšte et
instantanĂ©e sur la langue) de buprĂ©norphine Ă  haut dosage. Il s’agit de l’Orobupréℹ, du laboratoire français Ethypharm. Ces lyocs peuvent ĂȘtre dissous dans l’eau en vue de leur injection, ne laissant pas le moindre rĂ©sidu insoluble. La responsabilitĂ© de son autorisation de mise sur le marchĂ© incombe Ă  l’Agence nationale de sĂ©curitĂ© du mĂ©dicament – ANSM – qui, ayant instruit le dossier, a recommandĂ© au ministre de la SantĂ© d’autoriser sa mise sur le marchĂ© (AMM) ; c’est le ministre qui a signĂ© cette autorisation. La Haute AutoritĂ© de santĂ© (HAS), impliquĂ©e, a Ă©mis un avis dans lequel elle considĂšre qu’Orobupréℹ n’apporte pas
d’amĂ©lioration du service mĂ©dical rendu (ASMR V) par rapport au Subutexℱ; elle propose, de ce fait, un remboursement Ă  30 % seulement.
La MILDECA (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et autres conduites addictives) ne peut pas ne pas avoir été associée à cette décision.

Cette chaĂźne de responsables ne justifie les frais de leurs appointements assurĂ©s par la collectivitĂ©, pour lutter contre les drogues, puisqu’elle se transforme en accompagnement et mĂȘme en incitation. La MILDECA (plan d’action 2018-2022) a mĂȘme anticipĂ© l’accroissement du nombre de « salles de shoots pour toxicomanes » alors que l’évaluation de leur pertinence (qui demeure trĂšs contestĂ©e) ne devait intervenir que six ans aprĂšs leur mise en Ɠuvre.

La prĂ©cĂ©dente prĂ©sidente de la MILDECA (Mme Jourdain–Menninger) se dĂ©clarait favorable
à la commercialisation d’une forme injectable de BHD.

Patience
Le laboratoire Ethypharm (encore lui) s’y prĂ©pare.

Qu’une part de l’impĂŽt (jugĂ© confiscatoire par nombre de ses assujettis) soit utilisĂ©e non pour lutter mais pour faciliter les toxicomanies est insupportable !

Note du rédacteur de ce billet : les lecteurs sont invités à
corriger l’euphĂ©misme « insupportable » par un autre qualificatif qui leur paraĂźtrait plus appropriĂ©.

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