En juillet 2019, une quinzaine de mamans d’Argenteuil se relayaient chaque soir pour reprendre leur rue aux dealers. DĂšs 20 heures, au croisement de la rue du Val-Notre-Dame et de l’avenue Jean-JaurĂšs, elles installaient leur siĂšge lĂ oĂč squattent les revendeurs de drogue. Les dealers n’ont pas quittĂ© la rue pour autant. InstallĂ©s juste en face d’elles, ils continuent leur commerce et la situation engendre de fortes tensions. Le problĂšme Ă©tant aussi et surtout que les maires ne rĂ©agissent pas face Ă ces Ă©conomies souterraines, alors quâils disposent souvent de la police municipale qui pourrait, elle, peut-ĂȘtre se manifester pour Ă©carter ces points de deal.

En Seine-Saint-Denis, c’est une chaĂźne humaine qui s’Ă©tait formĂ©e devant lâĂ©cole Hugo-Balzac pour dĂ©loger les dealers.
A Marseille, cité des Oliviers. le trafic commence des 10 heures du matin.
Autour dâune voiture garĂ©e devant lâimmeuble, quatre ou cinq jeunes guetteurs sont sur le qui-vive. On les repĂšre Ă leur air nerveux car on ne sait jamais. Des fois que la police viendrait jeter un Ćil dans leurs affairesâŠ
Aujourd’hui, c’est Ă Perpignan que des bandes sĂšment la terreur, armes Ă la main.
En attendant, malgrĂ© le plan Castaner contre la drogue (55 mesures) annoncĂ© Ă grand fracas Ă la mi-septembre 2019, au vu et au su de tous, le narco-business de proximitĂ© progresseâŠil faut bien satisfaire la demande !
Le 30 janvier, un de nos lecteurs rĂ©agissait: « le problĂšme Ă©tant que les mĂšres (pour la plupart voilĂ©es) de ces tout-petits sont aussi les mĂšres de ceux qui dealent⊠« Ouvrir le dialogue avec les dealers » qui sâinstallent en face dâelles et continuent leur trafic ?? De quel dialogue parlent-elles ? La police devrait effectivement intervenir pour dĂ©loger les dealers mais quand elle le fait elle est accusĂ©e de racisme ou de discrimination au contrĂŽle. Et puis quand elle les arrĂȘte, les « jeunes » sont relĂąchĂ©s dans la journĂ©e⊠Câest toute la Seine-Saint-Denis qui est concernĂ©e et lâorigine majoritaire des populations nây est pas pour rien. On ne voit pas bien ce que peut ĂȘtre la solution. »

Dans le mĂȘme temps, la vente et distribution de tous types de drogues via les rĂ©seaux sociaux se dĂ©veloppent chaque jour et les autoritĂ©s compĂ©tentes alertĂ©es, non seulement ne rĂ©pondent pas aux mails et…plus grave, ne semblent pas agir efficacement.
Ne seraient ils peuplĂ©s, ces services, que de hauts fonctionnaires seulement intĂ©ressĂ©s et motivĂ©s par le meilleur dĂ©roulement possible de la carriĂšre qu’ils se sont programmĂ©s au prix de toutes les compromissions ? Les plus compromis ne seraient ils pas ceux qui ne viennent pas du chaudron ENA et qui, alors, font preuve dâencore plus de complaisance pour ne pas appliquer des solutions qu’ils connaissent.
Nos rĂ©galiennes sont aujourd’hui totalement dĂ©passĂ©es par les stups et la responsabilitĂ© de l’Etat est engagĂ©e. Mais, l’Etat Ă bon dos…Non, ce n’est pas l’Etat et lâEtat seul, mais ceux qui sont aux manettes qui ont cette responsabilitĂ© ! Il faut en finir avec cette incompĂ©tence caractĂ©risĂ©e, connue, qui n’ouvre la porte qu’aux meilleures promotions.
CĂŽtĂ© autoritĂ©s locales, on aurait pu imaginer une meilleure approche de la façon d’aborder et d’essayer de traiter le problĂšme qu’est devenue aujourd’hui la drogue… Mais les maires sont frileux et savent surtout que quelques centaines de voix suffisent Ă remporter l’Ă©lection municipale; ils sont donc disposĂ©s pour garder leur poste Ă admettre et Ă faire en sorte que les acteurs communautaires rĂ©clament des emplois, des locaux religieux, et manifestent de ce fait une certaine complaisance face aux trafics que lâon pourrait presque considĂ©rer comme Ă©tant « institutionnalisĂ©s » ou en tout cas couverts par lâinstitution.
Voir ces mĂšres tenter faire le job dĂ©montre la perte totale de l’autoritĂ© de l’Etat dans ces territoires, perte dâautoritĂ© qui semble aujourdâhui ĂȘtre acceptĂ©e Ă tous les niveaux de lâinstitution et devient un mode de gestion des populations couramment pratiquĂ© par de trop nombreux responsables communaux que ce soit en pĂ©riphĂ©rie parisienne ou partout ailleurs en France.
Les penseurs de Beauvau, de Bercy ou dâailleurs qui ont fait cette refonte apparente sur injonction prĂ©sidentielle, ont-ils la connaissance du terrain qui est indispensable pour rĂ©agir face Ă ce flĂ©au qu’est la drogue en particulier chez les plus jeunes ? Ont-ils conscience de la place quâoccupe le trafic parmi les populations communautarisĂ©es de ces lieux oĂč il devient la norme et la façon la plus facile de gagner de lâargent.
D’une bulle hors-sol, ces conseillers pensent-ils, encore, que la rĂ©ponse pĂ©nale est la seule solution ? Alors qu’elle ne devrait ĂȘtre que le dernier recours, ou en tout cas sâaccompagner de mesures de resocialisation de ces quartiers gangrenĂ©s par le trafic ? Les pouvoirs publics au niveau local et national se doivent dâouvrir les yeux sur la rĂ©alitĂ© et appeler un chat un chat.

Pierre Brochand, ambassadeur de France, ancien directeur gĂ©nĂ©ral de la Direction gĂ©nĂ©rale de la SĂ©curitĂ© extĂ©rieure (DGSE) de 2002 Ă 2008, intervenait il y a quelques mois lors du sĂ©minaire « Immigration et intĂ©gration » de la fondation ResPublica. Voila ce qu’il disait sur les renoncements du quotidien, le clientĂ©lisme des Ă©lus et lâauto-censure des mĂ©dias :
« Les Ă©lus locaux ne sont pas en reste, qui nâont pas tardĂ© Ă percevoir les possibilitĂ©s infinies quâouvrait le clientĂ©lisme dans un milieu fortement communautarisĂ©. Ils sont ainsi devenus, dans beaucoup de cas, les acteurs zĂ©lĂ©s du statu quo, voire de son aggravation, en nĂ©gociant avec les imams, les notables islamistes, les « grands frĂšres » ou parfois mĂȘmes les caĂŻds de la dĂ©linquance, le maintien de la paix et la livraison des votes, en Ă©change dâavantages sonnants et trĂ©buchants (subventions Ă des associations, locations de terrains pour la construction de mosquĂ©es, confusion entretenue entre le cultuel et le culturel, etc.). »
« Les mĂ©dias jettent de leur cĂŽtĂ© un regard pudique et/ou enjolivant sur ces situations, que lâon peut qualifier dâauto-censure, dâabord pour tenter dâocculter les faits les plus gĂȘnants, en espĂ©rant que les rĂ©seaux sociaux ne les rĂ©vĂ©leront pas (les prĂ©cautions de sioux prises pour dissimuler les noms et prĂ©noms des fauteurs de troubles seraient comiques si le sujet nâĂ©tait aussi grave), mais surtout pour formater les Ă©vĂ©nements ou les situations, afin que leur interprĂ©tation ne contredise pas les dogmes en vigueur. »
« Enfin, il y a les petits soldats du quotidien â enseignants, soignants, policiers, pompiers⊠â plus ou moins contraints de « mettre les pouces », sâils veulent pouvoir continuer Ă remplir, au moins partiellement, leurs missions, voire prĂ©server leur intĂ©gritĂ© physique. Ce dont on ne saurait Ă©videmment les blĂąmer. Mais ils sont autant de tĂ©moins silencieux de ce RĂ©el, qui prĂ©vaut Ă lâextĂ©rieur des boulevards pĂ©riphĂ©riques et parfois Ă lâintĂ©rieur. »
Rassurez-vous, bonnes gens ! Dormez en paix !

Le « secret dĂ©fense » Ă mĂȘme Ă©tĂ© prononcĂ© sur ces rĂ©alitĂ©s, par des gens qui pensent ĂȘtre des ‘femmes et hommes d’Etat’ en agissant de la sorte.
Le communautarisme et le repli sur soi dâune partie de la population favorise le trafic. Fermer les yeux ou, pire, prendre acte sans rĂ©agir, câest sâen rendre complice.
Permettre aux populations concernĂ©es de reprendre confiance dans les institutions par lâĂ©ducation et lâapprentissage de la citoyennetĂ©, rappeler les rĂšgles de vie en sociĂ©tĂ© et les faire respecter, rappeler partout lâimpĂ©ratif de laĂŻcitĂ©, refuser toute compromission avec le trafic et lâusage de drogues chez les plus jeunes ⊠Un programme rĂȘvĂ© pour les municipales qui se prĂ©parent et pour toute la sociĂ©tĂ© ⊠avant quâil ne soit trop tard.
Baden-Baden, ce 4 février 2020
Marc Fievet
0000000