Tous ces avions remplis de cocaĂŻne se posent, on lâa vu, plutĂŽt sur des pistes clandestines. Faut rester discret. Sur les aĂ©roports, câest Ă une autre ballet auquel on assiste au Guatemala. LĂ , ce sont des valises pleines dâargent liquide qui circulent, la monnaie dâĂ©change des trafiquants Ă©tant le dollar amĂ©ricain, plus rarement la monnaie du pays.
Dans le genre on a assistĂ© Ă de beaux cas dâexemples ces derniĂšres annĂ©es. Un avion qui cachait ses billets dans le plafond de sa cabine, une ex star de la TV essayant de sortir discrĂštement un demi-million de dollars du pays, un entraĂźneur de foot avec ses millions, et toujours une corruption tous azimuts dans le pays.
En rĂ©sumĂ© câest plutĂŽt simple : la majoritĂ© des aĂ©roports est aux mains des trafiquants !
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Retour sur une vieille affaire
Câest bien cela en effet, des avions, transporteurs de cocaĂŻne, qui se posent partout, car les trafiquants ont mis la main sur tout lâinfrastructure aĂ©rienne du pays : « Les trafiquants de drogue pourraient mĂȘme ĂȘtre Ă lâorigine du meurtre dâun contrĂŽleur aĂ©rien qui a empĂȘchĂ© un avion chargĂ© de cocaĂŻne dâatterrir en 2007. Des sources de lâaviation civile ont assurĂ© aux AmĂ©ricains dans le premier des deux cĂąbles que «des officiers de lâaviation impliquĂ©s Ă©taient impliquĂ©s dans le meurtre le 17 aoĂ»t 2007, le contrĂŽleur JosĂ© Emanuel MĂ©ndez, qui avait refusĂ© lâautorisation dâatterrir Ă un avion chargĂ© de trois tonnes de cocaĂŻne et qui, aprĂšs cinq tours Ă lâaĂ©roport, a fini par tomber » (Mendez Ă©tait aussi le fils de lâactiviste des droits humains et ancien congressman Amilcar Mendez). « En reprĂ©sailles, MĂ©ndez aurait Ă©tĂ© tuĂ© », explique le cĂąble, qui sâappuie sur lâaviation civile, la police et les autoritĂ©s syndicales. (âŠ) « Pour ce meurtre, son collĂšgue Erwin Omar Gudiel Arias a Ă©tĂ© reconnu coupable par un tribunal. Le journaliste Andreas Bourke, ami de MĂ©ndez, a exigĂ© le 22 juillet 2010 dans le journal que la paternitĂ© intellectuelle soit poursuivie. Et il sâest souvenu que Carlos Castresana, alors quâil Ă©tait le chef de la Commission internationale contre lâimpunitĂ© (Cicig), a dĂ©clarĂ© que la Commission avait trouvĂ© des indications comme quoi Juan Roberto Garrido, responsable de la sĂ©curitĂ© de lâaĂ©roport, avait Ă©tĂ© impliquĂ© dans le meurtre. » Cet effort de nettoyage de lâaĂ©ronautique et des aĂ©roports du Guatemala, pays qui compte le plus dâavions par habitant sur le continent, ne fait que commencer. » Il nâest pas allĂ© loin, pour lâinstant semble-t-il, hĂ©las.
Les aéroports du pays aux mains des trafiquants
En 2012, le site Cosecha Roja avait pourtant déjà alarmé sur ce qui se passait à La Aurora : « de nombreux avions ont atterri en
provenance dâAmĂ©rique du Sud et sont stationnĂ©s sur la piste dâatterrissage abandonnĂ©e et incontrĂŽlĂ©e de Puerto Barrios.
Et mĂȘme une partie est contrĂŽlĂ©e par un trafiquant de drogue connu », dit le cĂąble « 08GUATEMALA1360 » du 31 octobre 2008, signĂ© par lâancien ambassadeur Stephen McFarland, aprĂšs une rĂ©union avec les autoritĂ©s de lâaviation civile. Un autre cĂąble, « 08GUATEMALA1180 », a indiquĂ© que cette piste de 2060 mĂštres de long avait Ă©tĂ© abandonnĂ©e par lâarmĂ©e en 2004 (elle est bien visible ici sur Google Earth). Le cĂąble en premier disait aussi ceci : « Le commissaire Carlos Castresana Ă©tait au courant de la situation Ă la suite de lâarrestation, en juillet 2008, de Luis Fernando Archila Lima, Chef de la sĂ©curitĂ© de la Direction gĂ©nĂ©rale de la sociĂ©tĂ© civile Chef de la sĂ©curitĂ© de la Direction gĂ©nĂ©rale de la sociĂ©tĂ© civile Aviation (DGAC) Ă Puerto Barrios, pour possession de drogue. Selon la presse, Archila Lima a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e bientĂŽt aprĂšs que les autoritĂ©s ont perquisitionnĂ© une tour de contrĂŽle de lâaĂ©roport oĂč deux des onces dâhĂ©roĂŻne ont Ă©tĂ© trouvĂ©es dans son lit ».
Le chef de la sĂ©curitĂ© de lâaĂ©roport se droguait ! Un comble !
« Des cas dâatterrissages sur les pistes de CobĂĄn et Zacapa ont Ă©tĂ© documentĂ©s. Par exemple, en dĂ©cembre 2010, les autoritĂ©s ont trouvĂ© trois petits avions Ă lâaĂ©roport de CobĂĄn: dans lâun, il y avait 300 milles quetzals et deux autres nâavaient pas la permission dâentrer dans le pays. Tous trois Ă©taient au service des Zetas, selon des sources des renseignements civils. Ils ont Ă©galement utilisĂ© un cĂŽtĂ© de la piste pour les courses de chevaux. Ces cas dans lesquels des trafiquants de drogue utilisent les aĂ©roports nationaux comme pistes privĂ©es ont Ă©tĂ© Ă©tendus au port de San JosĂ©, selon les cĂąbles (âŠ) « en juillet 2005, lâancien chef du secrĂ©taire Ă lâanalyse et Ă lâinformation contre la drogue (Saia), AdĂĄn Castillo, a dĂ©clarĂ© que lâaĂ©roport international de La Aurora Ă©tait utilisĂ© pour introduire de grandes expĂ©ditions de drogues dans le pays et que câĂ©tait la famille Mendoza de Izabal qui gĂ©rait lâessentiel du trafic de drogue (ils sâen occupaient toujours en 2019 selon Insight Crime et « anonguatemala » ). Quatre mois plus tard, Castillo a Ă©tĂ© capturĂ© aux Ătats-Unis pour avoir convenu avec les trafiquants de la prise en charge dâune cargaison de drogue. Il a Ă©tĂ© condamnĂ© en 2007 Ă dix ans de prison. »
A gauche, la famille Mendoza avec le politicien Mario Estrada aujourdâhui derriĂšre les barreaux, devant son hĂ©licoptĂšre de campagne TG-MEO controversĂ©. Ce trafic perdure : les deux photos ici sont celles diffusĂ©s dans un journal tĂ©lĂ©visĂ© du matin en mars 2018 au lendemain de la dĂ©couverte dâun Cessna incendiĂ© sur une piste clandestine au nord de Zacapa, visible ci-dessous (au 15° 4.902âN et 89° 40.490âO) :
Dans le plafond
Lâargent continue Ă circuler : si en 2010 câĂ©tait une dame qui avait Ă©tĂ© pincĂ©e avec une valise pleine de billets, en mars 2019 câest un avion au complet, un petit Cessna 340 reconnaissable Ă ses bidons de bout dâaile, sa vitre latĂ©rale de cockpit en demi-cercle, ses hublots ovales: un avion immatriculĂ© XB-FKB, venu du Mexique, donc, avec Ă lâintĂ©rieur un compartiment « secret », parfaitement dissimulĂ© Ă lâintĂ©rieur du plafond de lâappareil qui allait surprendre les enquĂȘteurs montĂ©s Ă son bord (il avait Ă©tĂ© soigneusement recousu sans laisser de traces !)
Dans cet espace inattendu et difficilement, dĂ©tectable (Ă moins de disposer dâune information sur la modification faite quelque part sur lâappareil, ce qui Ă sans doute Ă©tĂ© le cas dans cette affaire) Ă©taient dissimulĂ©s 64 400 dollars amĂ©ricains et 16 500 pesos mexicains, plus huit tĂ©lĂ©phones portables, un GPS et mĂȘme un iPad. Une caverne dâAli Baba, mais au-dessus de la tĂȘte !
Fait Ă noter, les membres dâĂ©quipage et les passagers avaient Ă©tĂ© identifiĂ©s comme Ă©tant tous des jeunes, aucun ne dĂ©passant la quarantaine : Jonathan Quezada Flores, 35 ans; Alejandro Galindo BenĂtez, 33 ans, Abraham Galindo Escamilla, 21 ans et Alexia SarahĂ Herrera Inzunza, 24 ans, tous Ă©galement de nationalitĂ© mexicaine. La nouvelle gĂ©nĂ©ration des trafiquants mexicains, certainement trop bavards sur le net⊠Depuis, « leur » avion pourrit sur le tarmac de la Aurora (et ce nâest pas un Cessna 401 comme indiquĂ© !). En vĂ©ritĂ©, lâimmatriculation Ă©tait certainement fausse. Aucune recherche ne pointe vers elle en effet. Lâavion est donnĂ© comme Ă©tant le 340A-0646 qui est celui du N8875K, annoncĂ© comme invendu en avril 2017, et reversĂ© Ă la Cessna Aircraft Company.
LâĂ©vasion de devises, le sport roi au Guatemala : sortir lâagent !
Câest Global Voices qui nous le confirme ici le 26 juillet 2014 : lâĂ©vasion de numĂ©raire a pris des proportions inquiĂ©tantes ces derniĂšres annĂ©es au Guatemala et lâendroit principal par lequel cela se fait est lâaĂ©roport de la Aurora. Lâarticle dĂ©bute par un exemple prĂ©cis, celui de « la prĂ©sentatrice de tĂ©lĂ©vision MarĂa Magdalena Stahl Hurtado, par ailleurs mannequin et « psychologue » (elle a participĂ© Ă la finale de Miss Equateur en 2005), une citoyenne amĂ©ricaine dâorigine allemande » dont lâattitude avait interpellĂ© un agent des douanes suspicieux. La belle, ici Ă droite, interrogĂ©e, finit par craquer devant le douanier : « aprĂšs plusieurs heures de comptage, le ministĂšre public a calculĂ© quâil y avait 435 762 dollars USD cachĂ©s dans les bagages que Mme Stahl sâapprĂȘtait Ă emporter Ă Panama ». Elle avait tentĂ© de dissimuler 1/2 million de dollars dans ses bagages !!! Un phĂ©nomĂšne courant, nous apprend lâarticle : « le dernier cas signalĂ© est celui de M. Richard Alexis Preza Herrera, lâentraĂźneur de lâĂ©quipe de football Coatepeque qui a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© pour le transport de 14,6 millions de dollars US. Lors de son procĂšs, il a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă une amende de 600 000 quetzales (7 750 dollars US) et il lui est interdit de quitter le pays. » Ces transferts interdits, les trafiquants les font aussi, mais de maniĂšre plus adroite Ă vrai dire : âLa loi stipule que jusquâĂ un montant de 10 000 dollars peut ĂȘtre transportĂ© sans dĂ©claration. Aussi y a-t-il des gens qui voyagent avec 9 700 ou 9 800 dollars, tout juste, pour rester dans la limite lĂ©gale â, dit M. Rodenas. Au moins deux grands groupes de « courriers », chacun transportant un montant lĂ©gal dâargent, ont Ă©tĂ© capturĂ©s transportant de âlâargent Ă Panama, la destination principale pour le blanchiment dâargent. Selon M. Rodenas, un autre moyen de transporter de lâargent Ă©tait de prĂ©tendre que les courriers Ă©taient des directeurs ou des employĂ©s dâentreprises qui voyageaient pour affaires ou faire des achats. Ensuite, aprĂšs des mois dâenquĂȘte, on arrive Ă la conclusion que les entreprises nâĂ©taient quâune couverture et quâelles nâavaient pas dâactivitĂ©s financiĂšres rĂ©elles.
En fait, les trafiquants continuent Ă utiliser cette mĂ©thode. âVoilĂ comment ils exportent lâargent hors du pays. Ils font ce que la loi permetâ, dit M. Rodenas, qui ne sâaventure pas Ă avancer une hypothĂšse quant aux montants totaux dâargent qui sont exportĂ©s hors du pays illĂ©galement. âIl est difficile de donner un chiffre ; une Ă©tude devrait ĂȘtre rĂ©alisĂ©eâ, dit-il.
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