Les hiĂ©rarchies des rĂ©galiennes (Douane, Gendarmerie et Police) nâassument que les rĂ©sultats qui les valorisent, permettant alors de grimper, grimper encore au mĂ©pris de l’Ă©thique morale et des lois!
La derniĂšre affaire soulevĂ©e dans le 93 n’est qu’une Ă©niĂšme dĂ©monstration de ce que sont devenus nos policiers, non plus au service des citoyens dans le respect de la loi, mais des instruments utilisĂ©s par les hiĂ©rarques qui pullulent, prĂȘts Ă toutes les vilenies pour la seule satisfaction de remplir des statistiques flatteuses dĂ©montrant alors la qualitĂ© du commandement…
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LCI a interviewé un policier
Damien*, un agent dont nous protĂ©geons lâanonymat car il risque des poursuites administratives et pĂ©nales en nous parlant, est le premier membre de cette unitĂ© dans la tourmente Ă avoir acceptĂ© de prendre la parole. Il reconnaĂźt un systĂšme de dĂ©rapages rĂ©guliers au sein de cette unitĂ© depuis plusieurs annĂ©es. Le tout, selon lui, sous les yeux complaisants de la hiĂ©rarchie qui aurait justifiĂ© ces Ă©carts par une nĂ©cessitĂ© de politique du chiffre.
Quand vous dites que la hiĂ©rarchie couvre, ça veut dire quâelle est au courant ? Quâelle encourage ?
Oui, totalement. Elle est au courant car ça se passe sous ses yeux. Et elle lâencourage car ça fait plaisir Ă tout le monde car derriĂšre tout cela, il y a une culture du chiffre. Vous ne pouvez pas vous permettre de ne rien ramener sinon vous vous faites saquer.
Si vous voulez faire du bon travail de policier, mettre fin Ă des points de deal qui existent depuis des annĂ©es, vous nâavez pas le choix de franchir parfois la ligne.
Toute la hiĂ©rarchie est au courant. Ăa part du chef de section au major de compagnie, Ă lâofficier et au chef de service. Ăa les faisait mĂȘme parfois rigoler. Ils cautionnaient car derriĂšre, ça ramenait des interpellĂ©s, des belles affaires. Tout cela fait briller un service, un chef de service. Mais dĂšs lors que quelque chose se passe mal, on fait une opĂ©ration mains-propres. Ce nâest pas normal.
Que pensez-vous dâun possible dĂ©mantĂšlement de la CSI (entretien rĂ©alisĂ© avant la dĂ©cision de dissoudre la compagnie) ?
Je pense quâil faut peut-ĂȘtre en arriver lĂ . Tout virer et tout reprendre Ă zĂ©ro. Ăa fait des annĂ©es quâon dit que la hiĂ©rarchie ne suit pas. Des chefs ne sortent pas et nâencadrent pas les jeunes. Certains officiers ne sont pas sortis depuis un ou deux ans. Ăa ne cautionne pas tout mais câest facile de tirer Ă boulets rouges sur des gars quand ça se passe mal, alors quâils nâĂ©taient jamais lĂ et rĂ©coltaient les lauriers des bonnes affaires. Et quand ça pue un peu, on se tourne et on balance tout, câest un peu trop facile de mon point de vue.
Peut-on en Seine-Saint-Denis, aujourdâhui, faire le boulot de policier sans franchir la ligne ?
Face Ă la justice, il faut aller, toujours aller de plus en plus loin pour que les mecs ne soient pas relĂąchĂ©s. Les dĂ©linquants le savent et sâadaptent. Personne ne vous le demandera jamais sur le papier, mais si vous voulez faire du bon travail de policier, mettre fin Ă des points de deal qui existent depuis des annĂ©es, vous nâavez pas le choix de franchir parfois la ligne. Le problĂšme câest que personne ne veut lâassumer. Aujourdâhui, tout le monde veut taper du poing sur la table pour stopper des points de deal. Alors que cela prend une ampleur sans prĂ©cĂ©dent. Les gens nâen peuvent plus. Les cages dâescalier, câest une horreur, on se croirait Ă Tchernobyl. Personne ne met vraiment les moyens quâil faut.
Quand je me lĂšve le matin, câest pour essayer de faire du bon travail, de faire tomber des gars, des trafics. En Seine-Saint-Denis, si vous enlevez le travail sur le stup’, le reste est tellement mineur. Faire un dĂ©faut de permis sur le 93, ça ne rime Ă rien du tout quand vous avez des points de deal Ă ciel ouvert partout qui gĂ©nĂšrent des millions dâeuros. On a Ă©tĂ© créé pour ça.
Ătes-vous en colĂšre, avez-vous des regrets ?
On a toujours essayĂ© de faire notre travail et aujourdâhui tout le monde tourne sa veste et nous jette en pĂąture, donc oui, je suis en colĂšre. On nâest pas dĂ©fendu par nos patrons. Tant que ça va, tout va bien. On a cautionnĂ© pendant des annĂ©es et aujourdâhui on ne cautionne plus rien. Ce nâest pas normal que notre hiĂ©rarchie nous tourne le dos ainsi.