FRANCE đŸ‡«đŸ‡· (gĂ©nĂ©ralisation de l’amende forfaitaire dĂ©lictuelle qui entend sanctionner de 200€ tout usage de stupĂ©fiant): communiquĂ© de presse interassociatif du 30 juillet 2020

Samedi dernier, le Premier ministre, en dĂ©placement Ă  Nice avec les ministres de l’IntĂ©rieur et de la Justice, a annoncĂ© en grande pompe la gĂ©nĂ©ralisation de l’amende forfaitaire dĂ©lictuelle qui entend sanctionner de 200€ tout usage de stupĂ©fiant. Nos organisations s’opposent Ă  nouveau avec force Ă  ce dispositif, nouvel avatar d’une posture de guerre Ă  la drogue dont l’échec est depuis longtemps consommĂ©. Un livre blanc diffusĂ© en novembre 2018 rassemblait dĂ©jĂ  nos arguments.

Le dĂ©bat public, notamment en matiĂšre de drogues, se rĂ©sume trop souvent Ă  des slogans et ne s’appuie pas sur l’observation et l’analyse attentive du rĂ©el.

Cette « annonce », qui n’en est pas une, correspond tout simplement aux dispositions prĂ©vues par la loi du 23 mars 2019. Le dĂ©ploiement du dispositif d’amende forfaitaire dĂ©lictuelle prĂ©vue par cette loi Ă©tait attendu. Seule la nĂ©cessitĂ© de procĂ©der Ă  des adaptations techniques et organisationnelles en avait retardĂ© la mise en place

Les effets escomptĂ©s de ce dispositif relĂšvent de la pensĂ©e magique. Selon le Premier ministre l’amende forfaitaire, parce qu’elle serait distribuĂ©e de maniĂšre systĂ©matique et massive, dissuaderait les quelques cinq millions de consommatrices.eurs de cannabis, sans compter les centaines de milliers concernant les autres drogues. La demande ainsi impactĂ©e, les quartiers seraient enfin dĂ©barrassĂ©s de leurs points de deal, de la criminalitĂ© et de la violence qu’ils engendrent.

Or, la marche forcĂ©e de la justice vers des voies simplifiĂ©es de poursuite sans audience a pourtant dĂ©butĂ© depuis des annĂ©es dans le but d’augmenter le taux de rĂ©ponse pĂ©nale. Le nombre d’amendes prononcĂ©es entre 2007 et 2012 pour usage de stupĂ©fiants a Ă©tĂ© multipliĂ© par deux, sans avoir le moindre effet sur le niveau de consommation en France ni sur l’ampleur de la circulation des produits. Par ailleurs, seuls 41% des amendes prononcĂ©es contre les usag.Ăšres.ers de stupĂ©fiants sont actuellement recouvrĂ©s.

Si la promesse de fermetĂ© mise en avant par le Premier ministre est essentiellement illusoire, le dispositif n’en sera pas moins particuliĂšrement nuisible Ă  de nombreux Ă©gards.

  • L’infraction reste un dĂ©lit inscrit au casier judiciaire, qui peut toujours ĂȘtre puni d’une peine d’un an d’emprisonnement.
  • La volontĂ© de multiplier les peines d’amendes prononcĂ©es va surtout rĂ©pondre aux objectifs chiffrĂ©s fixĂ©s aux forces de l’ordre, afin de prĂ©senter ensuite des statistiques favorables ; politique dont on sait combien elle contribue Ă  dĂ©tĂ©riorer les relations entre la police et la population. De mĂȘme, il est largement documentĂ© depuis des annĂ©es que ce sont certaines catĂ©gories de consommat.rices.eurs qui sont rĂ©guliĂšrement interpellĂ©s, en particulier les personnes racisĂ©es ou issues des quartiers, les classes favorisĂ©es se faisant livrer leurs produits, hors des radars de la police de rue.
  • Le choix de sanctionner relĂšvera de la seule dĂ©cision des forces de l’ordre sur la voie publique. Si une personne a besoin d’ĂȘtre orientĂ©e vers des conseils ou une prise en charge mĂ©dico-sociale, elle aura juste une amende, tout comme celle qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© condamnĂ©e dix fois pour usage.

Il faudra bien qu’un jour, en France, nos responsables se confrontent Ă  la rĂ©alitĂ© pour construire, avec les associations d’usagers et le concours des professionnel.le.s Ɠuvrant dans ce champ, une vĂ©ritable politique publique en matiĂšre de drogues, conjuguant rĂ©gulation et prĂ©vention et rĂ©duction des risques. Chaque mois qui passe est du temps perdu pour la protection des jeunes, les plus exposĂ©s aux dangers des drogues, des personnes en situation d’addictions, pour une meilleure santĂ© et pour le respect des droits humains.

Contacts presse :

Autosupport des Usagers de Drogues : Jean-Maxence Granier – 06 77 01 08 90 | jm.granier@asud.org

FĂ©dĂ©ration Addiction : LaurĂšne Collard – 06 15 26 35 95 | l.collard@federationaddiction.fr

Ligue des Droits de l’Homme : service communication – 01 56 55 51 15 | presse@ldh-france.org

MĂ©decins du Monde : AmĂ©lie Churlet – 06 09 17 35 59 | amelie.churlet@medecinsdumonde.net

Police Contre la Prohibition : BĂ©nĂ©dicte Desforges – 06 63 09 09 89 | bdesforges@stoplaprohibition.fr

Syndicat de la Magistrature : Katia Dubreuil – 06 23 84 68 14 | contact@syndicat-magistrature.org

 

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