A partir de ce mardi 1er septembre, les consommateurs de drogue interpellés
pourront ĂȘtre verbalisĂ©s directement (sâils sont majeurs, reconnaissent les faits et sont en possession de moins de dix grammes de cocaĂŻne ou cent grammes de cannabis), sans aller au tribunal. Le montant de lâamende pour de tels faits est Ă©tabli Ă 200 euros, mais peut varier entre 150 et 450 euros.
Une nouvelle mesure annoncĂ©e en grande pompe par GĂ©rald Darmanin, ministre de lâIntĂ©rieur, et qui a pour but dâaider la police et la gendarmerie dans la lutte contre la drogue. Pourtant, au-delĂ des dĂ©clarations
ministérielles, la mesure est accueillie avec
scepticisme.
Marie Jauffret-Roustide, sociologue Ă lâInserm (Institut national de la santĂ© et de la recherche mĂ©dicale) et travaillant sur les politiques de lutte contre les drogues, nous explique pourquoi.
Pourquoi un tel scepticisme vis-Ă -vis de cette nouvelle mesure ?
Cette amende forfaitaire rate sa cible car elle sâattaque aux usagers et ne sâattaque pas au nĆud du problĂšme, qui est le trafic.
La question principale Ă se poser est celle de la lĂ©gitimitĂ© Ă rĂ©primer les usagers. Cela nâa aucun sens et doit fondamentalement ĂȘtre remis en cause.
Ce sont les dommages liĂ©s Ă lâusage de drogues qui doivent ĂȘtre lâobjet dâattention, par une politique volontariste de rĂ©duction des risques et de prĂ©vention.
Par ailleurs, pour le cannabis qui est le principal concernĂ© par lâamende forfaitaire, les donnĂ©es disponibles mettent en Ă©vidence que la majoritĂ© des Français lâont dĂ©jĂ expĂ©rimentĂ© sans que cela ne leur pose de problĂšme spĂ©cifique, que la plupart des usagers ont des consommations rĂ©gulĂ©es et contrĂŽlĂ©es, et quâune minoritĂ© seulement a un usage problĂ©matique qui peut la mettre en difficultĂ© voire la faire souffrir (en cas de dĂ©pendance) et qui doit ĂȘtre aidĂ©e.
Et les dommages liĂ©s Ă lâusage de drogues ne font lâobjet dâaucune attention, alors que le trafic diminuerait automatiquement si la consommation diminuait.
Aucune action rĂ©elle et nos penseurs ne se posent mĂȘme pas la question.
« Pourquoi tant de gens cherchent Ă s’Ă©vader vers des « paradis artificiels de mieux ĂȘtre »?