La cryptocommunication est un terme gĂ©nĂ©ral qui dĂ©signe les communications cryptĂ©es – par exemple via des cryptophones – qui sont massivement utilisĂ©es par ces organisations, qui sont prĂȘtes Ă payer beaucoup pour protĂ©ger leurs communications de la police et de la justice.
Dans un dossier du parquet fĂ©dĂ©ral, plus de 200 perquisitions ont Ă©tĂ© menĂ©es et 48 personnes ont Ă©tĂ© privĂ©es de libertĂ© et emmenĂ©es pour audition. Cela  dans le cadre dâun dossier du parquet fĂ©dĂ©ral dirigĂ© par un juge dâinstruction du tribunal de premiĂšre instance dâAnvers, division Malines. Cette enquĂȘte a Ă©tĂ© initiĂ©e par la police judiciaire fĂ©dĂ©rale (PJF), et plus particuliĂšrement la PJF dâAnvers. Elle concerne une organisation criminelle soupçonnĂ©e de fournir intentionnellement des tĂ©lĂ©phones cryptĂ©s au milieu criminel.Le dossier a Ă©tĂ© ouvert fin 2018 Ă la suite de plusieurs enquĂȘtes menĂ©es dans toute la Belgique au cours de ces derniĂšres annĂ©es. Il a Ă©tĂ© constatĂ© que les membres dâorganisations criminelles utilisaient de plus en plus souvent des « cryptophones » [1]
En Belgique, avant cette opĂ©ration, environ 185 de ces tĂ©lĂ©phones avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© saisis dans diffĂ©rents dossiers. Ces GSM Ă©taient Ă©quipĂ©s du logiciel de cryptage de SKY ECC, une sociĂ©tĂ© opĂ©rant depuis le Canada et les Ătats-Unis.
Sur les appareils fournis par SKY ECC, toutes les applications sont bloquĂ©es sauf celles de SKY ECC elle-mĂȘme. GrĂące Ă cette application, seuls des messages cryptĂ©s, Ă©crits ou enregistrĂ©s, et des photos peuvent ĂȘtre envoyĂ©s et reçus, et uniquement Ă destination et en provenance dâun autre utilisateur dâun tĂ©lĂ©phone SKY ECC.
Il nâest pas possible de faire autre chose avec ces appareils, comme par exemple envoyer des SMS, passer des appels tĂ©lĂ©phoniques (sauf en cas dâappel dâurgence), etcâŠ
Lors de la saisie dâun tel tĂ©lĂ©phone, il sâest avĂ©rĂ© techniquement impossible dâen retirer des informations. Autrement dit, les contacts, le contenu des messages et lâhistorique du tĂ©lĂ©phone nâont pas pu ĂȘtre retrouvĂ©s.
Lâobjectif des services offerts par SKY ECC semble donc ĂȘtre de rendre la dĂ©tection par la police et les poursuites judiciaires aussi difficiles que possible.
Lâorganisation dispose dâun contrĂŽle total qui permet de fournir des services Ă distance. Elle utilise sa propre infrastructure, des serveurs privĂ©s et ses propres cartes SIM.
Ainsi, par exemple, il est prĂ©vu dâeffacer automatiquement toutes les donnĂ©es contenues dans le tĂ©lĂ©phone aprĂšs une certaine pĂ©riode de non-utilisation ou en cas de saisie par la police.
SKY ECC semble refuser toute coopĂ©ration avec les autoritĂ©s policiĂšres ou judiciaires et adapter son site Web et ses services en fonction des rĂ©sultats des enquĂȘtes judiciaires menĂ©es dans le monde entier.
Le prix dâun tĂ©lĂ©phone SKY est de 800 Ă 2.200 euros /6m.
Ătant donnĂ© que les services fournis par lâorganisation semblent ĂȘtre de nature quasi exclusivement criminelle, le parquet fĂ©dĂ©ral a dĂ©cidĂ© fin 2018 dâouvrir une information contre SKY ECC et contre les personnes qui mettent ces tĂ©lĂ©phones Ă la disposition du milieu criminel. En juin 2019, un juge dâinstruction a Ă©tĂ© saisie.
Quelques chiffres
A travers la planĂšte, on compte environ  171.000 tĂ©lĂ©phones SKY ECC en service ; principalement en Europe, en AmĂ©rique du Nord, dans certains pays dâAmĂ©rique centrale et latine (essentiellement en Colombie) et au Moyen-Orient. Chaque mois, environ 70.000 de ces tĂ©lĂ©phones communiquent activement sur le rĂ©seau SKY ECC.
Il est frappant de constater quâenviron 25% des utilisateurs actifs de ces tĂ©lĂ©phones se trouvent en Belgique (6.000) et aux Pays-Bas (12.000).
LâĂ©picentre de lâutilisation de ces tĂ©lĂ©phones se trouve dans lâarrondissement judiciaire dâAnvers (environ 50%) et plus prĂ©cisĂ©ment dans le port et ses environs. Les autres rĂ©gions qui comptent relativement le plus dâutilisateurs de SKY ECC sont Bruxelles, le Limbourg (zone frontaliĂšre), la Flandre orientale, LiĂšge et Charleroi.
Au total, environ 1 milliard de messages cryptĂ©s ont Ă©tĂ© interceptĂ©s dans ce dossier, dont prĂšs de la moitiĂ© ont pu ĂȘtre dĂ©cryptĂ©s Ă ce jour.
Cette opĂ©ration a permis dâobtenir une image plus claire et plus dĂ©taillĂ©e du fonctionnement des organisations criminelles, de leur caractĂšre mondial, de leurs moyens financiers illimitĂ©s, de leur absence de scrupules et de leur agressivitĂ©.
La collaboration avec les Pays-Bas a permis de mettre en commun nos expériences et expertises dans le déchiffrement des messages cryptés.
Comme nous lâavons dit, le dossier Ă©tĂ© a initialement ouvert par la police judiciaire fĂ©dĂ©rale dâAnvers. Vu lâampleur de lâenquĂȘte, elle a rapidement reçu le soutien de nombreuses autres directions de la police fĂ©dĂ©rale. Le Centre de CybersĂ©curitĂ© belge a Ă©galement fourni une assistance spĂ©cialisĂ©e en tant quâexpert judiciaire.
La SĂ»retĂ© de lâĂtat a Ă©galement collaborĂ© Ă lâenquĂȘte.
Afin dâĂ©tablir que SKY ECC fournit effectivement des services criminels de maniĂšre volontaire, lâenquĂȘte sâest attelĂ©e Ă vĂ©rifier que les tĂ©lĂ©phones Ă©taient exclusivement utilisĂ©s pour effectuer des communications Ă des fins criminelles, et cela en pleine connaissance de cause de SKY ECC.
LâenquĂȘte a connu diffĂ©rentes phases.
Dans la premiĂšre phase, les communications cryptĂ©es ont Ă©tĂ© interceptĂ©es et stockĂ©es. Un travail dâenquĂȘte approfondi, une coopĂ©ration internationale Ă©tendue et lâappui dâune expertise particuliĂšre ont Ă©tĂ© mis en Ćuvre pour trouver un moyen de dĂ©chiffrer autant que possible les communications cryptĂ©es.
Dans une deuxiĂšme phase, le contenu des messages dĂ©cryptables a Ă©tĂ© lu en direct pendant environ 3 semaines. Ătant donnĂ© le nombre considĂ©rable de messages, des prioritĂ©s ont Ă©tĂ© fixĂ©es sur la base de certains critĂšres. Il est en effet impossible de contrĂŽler toutes les communications passĂ©es via ces appareils : quelque trois millions de messages sont envoyĂ©s chaque jour dans le monde entier. La plus haute prioritĂ© a donc Ă©tĂ© accordĂ©e aux messages pouvant prĂ©senter un danger de mort (dossiers « live-in-danger »).
Pour gĂ©rer ces communications en Belgique, un poste de commandement a Ă©tĂ© mis en place Ă la Direction centrale des opĂ©rations (DJO) de la police judiciaire fĂ©dĂ©rale. Et ce, afin de rĂ©agir de maniĂšre ciblĂ©e, rapide et aussi adĂ©quate que possible en cas de dĂ©tection dâune atteinte urgente, menaçante et grave Ă lâintĂ©gritĂ© physique de personnes. Pour chaque message individuel, il a Ă©tĂ© examinĂ© comment rĂ©agir le plus adĂ©quatement possible.
Lorsquâil y avait une menace effective pour lâintĂ©gritĂ© physique dâune personne, un magistrat fĂ©dĂ©ral dĂ©cidait de la maniĂšre de rĂ©agir.
Outre le suivi des situations de « danger de mort », il a Ă©tĂ© tentĂ© dâutiliser le contenu des messages de « chat » pour parvenir Ă dâautres identifications des utilisateurs sĂ©lectionnĂ©s et pour dĂ©montrer ou rĂ©futer la nature criminelle de leurs communications.
Un poste de commandement a pour cela Ă©tĂ© mis en place par la police judiciaire fĂ©dĂ©rale dâAnvers.
Si des activités criminelles nécessitant une réaction judiciaire immédiate étaient détectées pendant la phase de lecture en direct, des dossiers distincts étaient ouverts ou des interventions étaient menées.
Cela a notamment conduit Ă lâinterception de plus de 14 tonnes de cocaĂŻne.
Une opération judiciaire simultanée a été exécutée, au cours de laquelle plus de 200 perquisitions ont été menées, entre autres à Anvers, Bruxelles, Charleroi et LiÚge.
LâopĂ©ration en Belgique sâest concentrĂ©e sur le dĂ©mantĂšlement de lâinfrastructure de SKY ECC, sur le dĂ©mantĂšlement du rĂ©seau de distribution et sur la saisie des avoirs criminels des distributeurs. Plusieurs tĂ©lĂ©phones SKY ECC ont Ă©galement Ă©tĂ© saisis chez les utilisateurs sĂ©lectionnĂ©s qui ont pu ĂȘtre identifiĂ©s.
48 personnes ont Ă©tĂ© privĂ©es de libertĂ© et emmenĂ©es pour audition. Le juge dâinstruction dĂ©cidera ultĂ©rieurement dâĂ©ventuelles comparutions et/ou mandats dâarrĂȘt.
Plus 1,2 million dâeuros, 15 armes prohibĂ©es, dont six armes Ă feu, huit vĂ©hicules de luxe, trois machines servant Ă compter lâargent, des uniformes de police et des balises GPS ont Ă©tĂ© Ă©galement saisis ce jour.
Au cours des semaines et des mois Ă venir, de nouveaux dossiers seront créés et des procĂšs-verbaux subsĂ©quents seront Ă©tablis dans les dossiers existants car lâenquĂȘte sur lâorganisation criminelle SKY ECC a permis de mettre au jour plusieurs nouvelles infractions pĂ©nales grĂące aux messages de « chat » des utilisateurs identifiĂ©s des tĂ©lĂ©phones SKY ECC.
Ceux-ci seront traités de maniÚre autonome au niveau des différents parquets concernés.
Les utilisateurs des tĂ©lĂ©phones SKY ECC ne sont pas les seuls visĂ©s Ă cet Ă©gard. Les utilisateurs et les organisations du « circuit lĂ©gal » qui ont aidĂ© les organisations criminelles font Ă©galement lâobjet dâune enquĂȘte. Une structure de coordination nationale a Ă©tĂ© mise en place Ă cette fin.
A la demande expresse du juge dâinstruction, toute personne utilisant un tĂ©lĂ©phone SKY ECC Ă des fins lĂ©gales est priĂ©e de se faire connaĂźtre au sein de la police fĂ©dĂ©rale dâAnvers.
LâopĂ©ration et les moyens dĂ©ployĂ©s par la police (par La police judiciaire fĂ©dĂ©rale – Directeur gĂ©nĂ©ral)
La police judiciaire fĂ©dĂ©rale belge travaille sur cette enquĂȘte depuis plus de deux ans.
Les premiĂšres mesures prises par notre direction dâAnvers, avec le soutien dâautres services, ont portĂ© sur le dĂ©cryptage technique des donnĂ©es de tĂ©lĂ©communications.
Il y a un mois, nous nous sommes organisĂ©s tant Ă Anvers quâau niveau de la direction des opĂ©rations Ă Bruxelles afin de lire en permanence un certain nombre de communications. Cette phase, dite « en direct », a nĂ©cessitĂ© le dĂ©ploiement quotidien de plus de 120 enquĂȘteurs des diffĂ©rentes PJF et de nos services centraux.
LâopĂ©ration de grande envergure de ce matin est la premiĂšre manifestation visible de ce dossier. Il sâagit de la plus grande opĂ©ration de police judiciaire simultanĂ©e jamais menĂ©e dans notre pays.
Depuis 5 heures ce matin, 1.400 policiers et policiÚres ont été déployés dans six arrondissements judiciaires différents, conduisant à plus de 200 perquisitions.
En ce qui concerne la capacité déployée, il est question de :
- plus de 1.000 enquĂȘteurs de la police judiciaire fĂ©dĂ©rale, provenant de la PJF dâAnvers, mais aussi et mĂȘme surtout des 14 PJF du pays et des directions centrales, dont lâOffice central pour la rĂ©pression de la corruption.
- nos unités spéciales DSU, impliquées dans un certain nombre de perquisitions renforcées, et exceptionnellement soutenues par les unités spéciales de la police du Grand-Duché de Luxembourg
- plus de 300 agents de la police fĂ©dĂ©rale, dont le corps dâintervention, lâappui aĂ©rien et lâappui canin.
Ces collĂšgues sont assistĂ©s par certains services dâappui de la police fĂ©dĂ©rale, sans lesquels une telle opĂ©ration serait impossible.
Toute lâopĂ©ration a Ă©tĂ© conduite opĂ©rationnellement depuis un poste de commandement dĂ©ployĂ© Ă la PJF dâAnvers et depuis un poste de commandement stratĂ©gique Ă Bruxelles, en parfaite synergie avec le parquet fĂ©dĂ©ral, le parquet dâAnvers et, Ă©videmment, le juge dâinstruction compĂ©tent.
Plusieurs enquĂȘteurs travaillent encore sur le terrain au moment oĂč je vous parle.
Outre les rĂ©sultats communiquĂ©s par le parquet fĂ©dĂ©ral, je suis heureux de pouvoir communiquer que lâopĂ©ration dâaujourdâhui sâest dĂ©roulĂ©e sans incident notable.
Je tiens à remercier tous nos collÚgues pour leur engagement, en cette période de crise sanitaire qui pÚse lourdement sur nos policiers.
Depuis ce matin, certaines unitĂ©s de la police locale sont Ă©galement prĂ©sentes pour le maintien de lâordre public, principalement Ă Anvers. Ce travail policier intĂ©grĂ© doit ĂȘtre saluĂ©.
La police judiciaire fĂ©dĂ©rale – enquĂȘte, technologie et renseignements
En substance, la police judiciaire fĂ©dĂ©rale a aujourdâhui contribuĂ© Ă mettre un terme aux activitĂ©s dâune entreprise de tĂ©lĂ©communications dont nous soupçonnons que les services Ă©taient utilisĂ©s par le crime organisĂ© international.
La coopération policiÚre internationale, avec nos a été et reste essentielle pour atteindre ces résultats.
Mais la gestion dâune opĂ©ration aussi complexe dĂ©montre clairement que nos services exigent un trĂšs haut degrĂ© de spĂ©cialisation.
Les organisations criminelles internationales que nous combattons chaque jour utilisent des procĂ©dĂ©s numĂ©riques extrĂȘmement complexes. Ces procĂ©dĂ©s nous posent des dĂ©fis techniques et technologiques majeurs.
Les « big data » générées par les nouvelles technologies exigent un plus grand professionnalisme dans la gestion des informations et des renseignements.
LâĂ©ventail complet des techniques spĂ©ciales de lutte contre la criminalitĂ© organisĂ©e a dĂ» et devra encore ĂȘtre dĂ©ployĂ© pour relever les dĂ©fis auxquels nous sommes confrontĂ©s dans ce domaine. Je pense Ă nos computer crime units, Ă lâanalyse criminelle, Ă nos unitĂ©s spĂ©ciales NTSU, et Ă bien dâautres encore. Ces unitĂ©s spĂ©cialisĂ©es soutiennent nos enquĂȘteurs, dont le dĂ©fi consiste Ă Ă©tablir un lien entre le monde virtuel et le monde rĂ©el et Ă comprendre les mĂ©canismes sophistiquĂ©s utilisĂ©s par la criminalitĂ© organisĂ©e, par exemple pour blanchir les sommes illĂ©gales colossales qui sont gĂ©nĂ©rĂ©es.
Ce que nous avons dĂ©couvert et dĂ©couvrons encore Ă travers ce dossier exige que nous continuions Ă dĂ©velopper la police judiciaire fĂ©dĂ©rale pour rĂ©pondre aux dĂ©fis posĂ©s par la criminalitĂ© organisĂ©e, avec le soutien conjoint de nos ministres de lâIntĂ©rieur et de la Justice.
Ce dossier dĂ©montre que cela est dâune importance cruciale pour la sĂ©curitĂ© de nos citoyens et la crĂ©dibilitĂ© de notre pays.
Police judiciaire fĂ©dĂ©rale dâAnvers â Directeur judiciaire
Nous assistons Ă un tournant important dans lâhistoire du travail dâenquĂȘte. En tant que directeur judiciaire de la PJF dâAnvers, je suis extrĂȘmement fier de ce qui a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©, et je tiens Ă exprimer mes sincĂšres remerciements Ă mes collĂšgues via ce forum. Je souhaite remercier tout particuliĂšrement lâĂ©quipe restreinte qui a rendu possible le dossier A-Limit. Sans leur persĂ©vĂ©rance et leurs efforts exceptionnels, il nây aurait pas eu de dossier ; leur engagement et leur dĂ©termination ne peuvent ĂȘtre suffisamment saluĂ©s.
Le dossier A-Limit est un dossier systĂ©mique. LâenquĂȘte sur lâorganisation criminelle qui semble mettre les cryptophones presque exclusivement Ă la disposition du milieu criminel, contraint dĂ©sormais les organisations criminelles Ă organiser autrement leurs communications. De plus, cela a eu pour effet de nous donner un aperçu du monde hallucinant de lâĂ©conomie criminelle parallĂšle. Dans la scĂšne anversoise, nous voyons des targets de premier plan qui dirigent simultanĂ©ment plusieurs transports de cocaĂŻne ; cela reprĂ©sente des tonnes de cocaĂŻne, des dĂ©pĂŽts dâargent hebdomadaires de millions dâeuros, des ordres de reprĂ©sailles physiques, la corruption Ă tous les niveaux de la sociĂ©tĂ©, … incroyable !
Ce dossier a également une incidence sur notre maniÚre de travailler en tant que police judiciaire fédérale.
Les dĂ©fis technologiques, en particulier le dĂ©cryptage, le traitement des « big data » par les services de renseignement et la conduite dâenquĂȘtes complexes se conjuguent.
Une tĂąche titanesque nous attend dans les mois Ă venir : le lancement des centaines dâenquĂȘtes dĂ©coulant de A-Limit. Mais le dossier crĂ©e Ă©galement une Ă©norme opportunitĂ© pour mettre rapidement en Ćuvre le « nouveau travail dâenquĂȘte ».
Procureur du Roi dâAnvers
GrĂące Ă lâenquĂȘte sur lâorganisation criminelle qui semble mettre des cryptophones Ă la disposition presque exclusive du milieu criminel, nous avons pu nous faire une idĂ©e de la maniĂšre dont les criminels opĂšrent lorsquâils discutent quotidiennement de leurs activitĂ©s qui minent la sociĂ©tĂ©.
GrĂące notamment au travail acharnĂ© du juge dâinstruction et de la police judiciaire fĂ©dĂ©rale, nous sommes parvenus Ă crĂ©er une brĂšche dans les murs du crime organisĂ© Ă travers tout le pays. Ă partir dâaujourdâhui, nous nous engouffrons dans cette brĂšche, ce tunnel obscur.
Le premier pas, le plus essentiel, a Ă©tĂ© franchi, mais – ne soyons pas naĂŻfs – le combat est loin dâĂȘtre gagnĂ©, … la criminalitĂ© est flexible … cependant, nous pouvons maintenant mener ce combat avec encore plus de connaissances … Ă armes Ă©gales.
Cette enquĂȘte montre comment les criminels utilisent abusivement le port dâAnvers comme un parasite. LâĂ©conomie lĂ©gale et son infrastructure logistique sont dĂ©tournĂ©es et exploitĂ©es de maniĂšre abusive. Et nous ne pouvons pas laisser faire, car le port est le moteur de lâĂ©conomie belge. Le port dâAnvers donne Ă notre pays du prestige, des opportunitĂ©s et assure que chaque jour, plus de 142.000 personnes et leurs familles bĂ©nĂ©ficient dâune source de revenus Ă©quitable. En dâautres termes, le port est une infrastructure critique pour notre pays, un domaine de prĂ©occupation trĂšs spĂ©cifique qui doit ĂȘtre protĂ©gĂ© dans notre intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, Ă©conomique et social.
Câest pourquoi il est nĂ©cessaire dâĂ©laborer un plan de sĂ©curitĂ© spĂ©cifique pour ce port. Une approche spĂ©cifique de la sĂ©curitĂ© qui est adaptĂ©e Ă la spĂ©cificitĂ© du port et aux dĂ©fis et aux besoins qui sây prĂ©sentent.
Cela signifie investir dans un ministĂšre public efficace et dans des services de police spĂ©cialisĂ©s, tant en termes de personnel compĂ©tent que de matĂ©riel adaptĂ©, en particulier dans le domaine de lâintelligence artificielle.
En tant que magistrat de parquet, je me réjouis particuliÚrement que la figure du procureur portuaire apparaisse explicitement dans la déclaration de politique du ministre de la Justice.
En tant que ministĂšre public, nous ne pouvons Ă©videmment pas mener ce combat seuls. Nous avons besoin de partenaires solides au sein de la chaĂźne (police spĂ©cialisĂ©e, douanes, etc.), mais certainement aussi dâun tribunal fort.
Seule une approche intĂ©grĂ©e en chaĂźne, oĂč les informations peuvent ĂȘtre facilement partagĂ©es entre les diffĂ©rents partenaires de la chaĂźne, est la clĂ© du succĂšs.
000000