FRANCE đŸ‡«đŸ‡· (Office central pour la rĂ©pression de la grande dĂ©linquance financiĂšre – OCRGDF) : derriĂšre tous les trafics, il y a du blanchiment

La commissaire divisionnaire Anne-Sophie Coulbois est cheffe de l’Office central pour la rĂ©pression de la grande dĂ©linquance financiĂšre (OCRGDF).

Elle dĂ©taille les diffĂ©rentes mĂ©thodes de blanchiment d’argent employĂ©es par les trafiquants de drogue et les moyens dont disposent les autoritĂ©s pour lutter contre ces pratiques frauduleuses rapportant beaucoup.

Le blanchiment des profits du trafic de cannabis est-il au cƓur de vos prĂ©occupations ?

Toute la criminalitĂ© est financiĂšre. Si on fait du trafic, c’est pour s’enrichir. Et derriĂšre tous les trafics, il y a du blanchiment. Sur la premiĂšre marche du podium, on trouve le trafic de cannabis. C’est la drogue la plus consommĂ©e en France, et son commerce gĂ©nĂšre un chiffre d’affaires estimĂ© Ă  3,5 milliards d’euros par an. C’est vraiment l’infraction irradiante qui gĂ©nĂšre le plus de blanchiment.

La région parisienne est centrale, compte tenu de son poids économique dans le pays. Le niveau du blanchiment est à la hauteur des bassins de criminalité, de population et des activités économiques.

Quelles sont les méthodes utilisées par les trafiquants pour blanchir leur argent ?

Au plus bas Ă©chelon, nous trouvons simplement la rĂ©injection de l’argent du trafic dans des activitĂ©s de proximitĂ©. L’achat de biens de consommation courante, l’investissement dans la gestion d’un restaurant fast-food ou d’une boutique de tĂ©lĂ©phonie.

Des chefs d’entreprise sont-ils complices de ces opĂ©rations de blanchiment ?

Les trafiquants font appel Ă  des banquiers occultes, les « sarafs » ou brokers, qui assurent la collecte de l’argent de la drogue et son injection dans l’Ă©conomie lĂ©gale. Ils sont notamment en contact avec des chefs d’entreprise malhonnĂȘtes. Ils ont besoin d’argent liquide pour payer des employĂ©s au noir ou pour leur verser des primes non dĂ©clarĂ©es. Ces entrepreneurs achĂštent ces espĂšces contre des virements justifiĂ©s par de fausses factures.

Qui sont ces banquiers occultes ?

Il faut comprendre que derriĂšre les trafiquants se cache un vĂ©ritable systĂšme bancaire occulte qui fonctionne sur l’hawala, la parole donnĂ©e. C’est un systĂšme de transfert d’argent par compensation qui offre des possibilitĂ©s sans limite. Tout le monde y trouve son intĂ©rĂȘt, les malfaiteurs mais aussi les gens ordinaires qui veulent Ă©viter les formalitĂ©s.

Ces sarafs vivent plutĂŽt au Maroc, oĂč se trouvent aussi les producteurs de cannabis. Aujourd’hui, nombre d’entre eux se sont dĂ©placĂ©s Ă  DubaĂŻ.

Quels sont les autres moyens de blanchiment ?

Le trafic de voitures est aussi une solution pour blanchir l’argent de la drogue. Certains trafiquants vont en Allemagne pour acheter de belles berlines en liquide qui sont revendues Ă  l’Ă©tranger, comme en AlgĂ©rie.

Les acheteurs ont des dinars, ils vont voir un saraf qui va mobiliser un intermédiaire.

Les nouvelles technologies sont elles aussi utilisées ?

C’est le blanchiment par la cryptomonnaie. Classiquement, il Ă©tait utilisĂ© par les escrocs au rançongiciel. La cryptomonnaie est prĂ©sente depuis longtemps sur le dark web. Mais c’est surtout une maniĂšre de cacher ses revenus occultes sur une clĂ© USB qui peut facilement Ă©chapper Ă  une perquisition de la police. La cryptomonnaie et les nĂ©obanques, qui sont des banques sans guichet physique, sont l’avenir du blanchiment car ils permettent d’Ă©chapper au systĂšme de surveillance classique des flux d’argents.

Comment lutter contre ce phénomÚne ?

Les services de police travaillent tous en Ă©troite collaboration pour Ă©changer de prĂ©cieux renseignements, identifier les rĂ©seaux et interpeller les malfaiteurs. Et, surtout, il y a un volet patrimonial qui permet d’identifier et de confisquer les avoirs criminels. On capte de plus en plus les biens mal acquis des malfaiteurs, mĂȘme Ă  l’Ă©tranger. Nous parvenons Ă  les identifier avec quelques points noirs Ă  DubaĂŻ, en Asie du Sud-Est ou au Maghreb. Et nous rĂ©pondons aux demandes des polices Ă©trangĂšres, c’est un Ă©change.

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