La commissaire divisionnaire Anne-Sophie Coulbois est cheffe de l’Office central pour la rĂ©pression de la grande dĂ©linquance financiĂšre (OCRGDF).
Elle dĂ©taille les diffĂ©rentes mĂ©thodes de blanchiment d’argent employĂ©es par les trafiquants de drogue et les moyens dont disposent les autoritĂ©s pour lutter contre ces pratiques frauduleuses rapportant beaucoup.
Le blanchiment des profits du trafic de cannabis est-il au cĆur de vos prĂ©occupations ?
La région parisienne est centrale, compte tenu de son poids économique dans le pays. Le niveau du blanchiment est à la hauteur des bassins de criminalité, de population et des activités économiques.
Au plus bas Ă©chelon, nous trouvons simplement la rĂ©injection de l’argent du trafic dans des activitĂ©s de proximitĂ©. L’achat de biens de consommation courante, l’investissement dans la gestion d’un restaurant fast-food ou d’une boutique de tĂ©lĂ©phonie.
Les trafiquants font appel Ă des banquiers occultes, les « sarafs » ou brokers, qui assurent la collecte de l’argent de la drogue et son injection dans l’Ă©conomie lĂ©gale. Ils sont notamment en contact avec des chefs d’entreprise malhonnĂȘtes. Ils ont besoin d’argent liquide pour payer des employĂ©s au noir ou pour leur verser des primes non dĂ©clarĂ©es. Ces entrepreneurs achĂštent ces espĂšces contre des virements justifiĂ©s par de fausses factures.
Il faut comprendre que derriĂšre les trafiquants se cache un vĂ©ritable systĂšme bancaire occulte qui fonctionne sur l’hawala, la parole donnĂ©e. C’est un systĂšme de transfert d’argent par compensation qui offre des possibilitĂ©s sans limite. Tout le monde y trouve son intĂ©rĂȘt, les malfaiteurs mais aussi les gens ordinaires qui veulent Ă©viter les formalitĂ©s.
Ces sarafs vivent plutĂŽt au Maroc, oĂč se trouvent aussi les producteurs de cannabis. Aujourd’hui, nombre d’entre eux se sont dĂ©placĂ©s Ă DubaĂŻ.
Le trafic de voitures est aussi une solution pour blanchir l’argent de la drogue. Certains trafiquants vont en Allemagne pour acheter de belles berlines en liquide qui sont revendues Ă l’Ă©tranger, comme en AlgĂ©rie.
Les acheteurs ont des dinars, ils vont voir un saraf qui va mobiliser un intermédiaire.
C’est le blanchiment par la cryptomonnaie. Classiquement, il Ă©tait utilisĂ© par les escrocs au rançongiciel. La cryptomonnaie est prĂ©sente depuis longtemps sur le dark web. Mais c’est surtout une maniĂšre de cacher ses revenus occultes sur une clĂ© USB qui peut facilement Ă©chapper Ă une perquisition de la police. La cryptomonnaie et les nĂ©obanques, qui sont des banques sans guichet physique, sont l’avenir du blanchiment car ils permettent d’Ă©chapper au systĂšme de surveillance classique des flux d’argents.
Les services de police travaillent tous en Ă©troite collaboration pour Ă©changer de prĂ©cieux renseignements, identifier les rĂ©seaux et interpeller les malfaiteurs. Et, surtout, il y a un volet patrimonial qui permet d’identifier et de confisquer les avoirs criminels. On capte de plus en plus les biens mal acquis des malfaiteurs, mĂȘme Ă l’Ă©tranger. Nous parvenons Ă les identifier avec quelques points noirs Ă DubaĂŻ, en Asie du Sud-Est ou au Maghreb. Et nous rĂ©pondons aux demandes des polices Ă©trangĂšres, c’est un Ă©change.
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Pas un mot sur le TRACFIN !