FRANCE đŸ‡«đŸ‡· (PlongĂ©e dans un des territoires perdus de la RĂ©publique) : un policier tĂ©moigne

Politique-ville-tĂ©moignage-policier© Bumble Dee – Shutterstock

Article extrait du numĂ©ro spĂ©cial « Politique de la ville : 40 ans d’Ă©checs payĂ©s par les Français ».

Sur le terrain. Olivier C., jeune policier de 27 ans, opÚre dans une cité de la banlieue parisienne. Il raconte son quotidien à Contribuables Associés.

« Des groupes de jeunes Ă  plusieurs points stratĂ©giques, chargĂ©s de surveiller toutes les personnes qui s’aventurent Ă  pied ou en vĂ©hicule, avec des plaques d’immatriculation inscrites sur les murs pour identifier les vĂ©hicules banalisĂ©s de la Police nationale.

Des conducteurs de moto-cross ou de scooters sans casque traversent le quartier Ă  longueur de journĂ©e durant les horaires d’ouverture des points de deal pour veiller au bon dĂ©roulement des ventes de produits stupĂ©fiants.

Plusieurs chaises installĂ©es au pied des tours ou des canapĂ©s dans les halls avec des groupes d’individus en train de fumer la chicha en attendant le client.

Des consommateurs accros qui défilent et sont facilement identifiables par les services de police. Ils se présentent et passent leur commande aux fumeurs de chicha.

À la nuit tombĂ©e, plusieurs fois par mois, le quartier est en pleine Ă©bullition.

Un autre individu est positionnĂ© dans les Ă©tages supĂ©rieurs avec les doses sur lui, mais en petite quantitĂ© en cas d’interpellation, se charge de vendre de la rĂ©sine de cannabis, de l’herbe, de l’hĂ©roĂŻne ou de la cocaĂŻne en fonction de la demande. Cela ne dure que quelques instants.

Quand la quantitĂ© s’amenuise, il va se rĂ©approvisionner chez une « nourrice », qui conserve la drogue en grande quantitĂ© chez lui.

À la nuit tombĂ©e, plusieurs fois par mois, le quartier est en pleine Ă©bullition. Les mouvements sont limitĂ©s et l’éclairage public subit des coupures programmĂ©es.

Une livraison par un go-fast va avoir lieu pour réapprovisionner le trafic.

Aucune sanction !

Bienvenue au cƓur d’un quartier livrĂ© Ă  lui-mĂȘme.

Si le site est classĂ© en QRR (quartier de reconquĂȘte rĂ©publicaine), il sera fait appel Ă  des renforts supplĂ©mentaires de policiers pour tenter de mettre un coup d’arrĂȘt Ă  ces trafics.

À la sortie du quartier, les acheteurs sont contrĂŽlĂ©s par des policiers en vĂ©hicule sĂ©rigraphiĂ© ou banalisĂ©.

Si la dose est dĂ©couverte, l’acheteur sera verbalisĂ© via la nouvelle amende forfaitaire dĂ©lictuelle d’un montant de 150 euros.

De quoi remplir les caisses de l’État, les tableaux statistiques des commissaires de police et rĂ©duire les procĂ©dures judiciaires qui sont trĂšs coĂ»teuses et ne dĂ©bouchent sur aucune sanction.

Démanteler le point de deal prend plusieurs mois voire des années.

Lorsque les policiers entrent dans le quartier, les guetteurs donnent l’alerte en sifflant et tous les oiseaux s’envolent.

Au pied de l’immeuble, les jeunes se laissent contrĂŽler plus ou moins facilement et ne sont jamais trouvĂ©s porteurs de substances sur eux.

DĂ©manteler le point de deal est un travail difficile, qui prend plusieurs mois voire des annĂ©es. Il est impossible d’obtenir des informations de la part des habitants qui vivent sous la loi du silence et dans la peur de subir des violences.

Quid de la nouvelle plateforme « moncommissariat.fr » mise en place par le ministĂšre de l’IntĂ©rieur pour signaler les points de deal ? Les dĂ©linquants vivent dĂ©sormais selon l’adage « Pour vivre heureux, vivons cachĂ©s ».

La prĂ©sence policiĂšre nuit au bon fonctionnement du commerce local et les trafiquants ont bien compris qu’il fallait maintenir le calme au sein du quartier pour ne pas ĂȘtre dĂ©rangĂ©.

En cas d’incident ou d’émeute, Ă  la suite d’une interpellation qui tourne mal ou du dĂ©mantĂšlement d’un rĂ©seau, des forces mobiles sont envoyĂ©es par le prĂ©fet pour des pĂ©riodes allant d’une Ă  trois semaines.

Les CRS procĂšdent Ă  quelques interpellations et apaisent les tensions.

Plus personne n’est visible jusqu’à leur dĂ©part, le plus rapide possible pour le rĂ©seau, et le commerce reprend ses droits.

Une annonce mal vécue !

Le président de la République a annoncé le « Beauvau de la sécurité » fin janvier [2021, NDLR], pour une durée de quatre mois avec des réunions thématiques tous les 15 jours.

L’objectif ? Trouver comment retisser le lien police/population, revoir la doctrine du maintien de l’ordre, renforcer le statut des policiers, etc.

99,6 % des interventions se déroulent sans incident.

L’annonce de la mise en place d’une plateforme pour dĂ©noncer les discriminations commises par les fonctionnaires de police a Ă©tĂ© trĂšs mal vĂ©cue par l’institution.

À chaque affaire de violences commises par quelques-uns, c’est sur l’ensemble de la Police nationale que l’opprobre est jetĂ©, alors que 99,6 % des interventions se dĂ©roulent sans incident.

Les politiques lĂąchent et discrĂ©ditent complĂštement les agents chargĂ©s de la protection des personnes, des biens et des institutions. Un sondage de 2017, avant l’élection prĂ©sidentielle, indiquait que 52 % des policiers votent pour le Rassemblement National.

La pression du chiffre : Ce ne sont pas les renforts supplémentaires de policiers, la mise à disposition temporaire des unités mobiles, ou le « Beauvau de la sécurité » qui permettront de juguler la criminalité ou la délinquance dans les quartiers.

Encore moins la pression du chiffre imposĂ©e par les commissaires de police aux effectifs prĂ©sents sur le terrain. Il est plus intĂ©ressant de verbaliser ou d’interpeller les clients que le vendeur lui-mĂȘme.

Le vendeur représentera un bùton dans les tableaux statistiques alors que les multiples clients, facilement identifiables, garniront gracieusement les comptes bancaires des commissaires de police via des primes de résultats exceptionnels par des tableaux bien remplis.

Plus qu’une politique rĂ©pressive, c’est par une politique de prĂ©vention efficace que le travail doit se faire. La reconquĂȘte des quartiers doit s’appliquer par un retour des services publics.

LĂ  oĂč la RĂ©publique est absente, le sĂ©paratisme apparaĂźt et des micro-sociĂ©tĂ©s se forment.

À quand la sĂ©cession ?

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