Ouest-France – Glen RECOURT.
Au pied de la mairie, entre la mĂ©diathĂšque et lâĂ©cole primaire, des hommes vendent de la drogue en plein jour. Ce point de deal existe depuis une dizaine dâannĂ©es. En juillet, un passant de 49 ans a mĂȘme Ă©tĂ© tuĂ© dans cette rue. Les politiques sont-ils impuissants face au trafic ?
Sur le plan national, il y a des choses Ă faire : la lĂ©galisation de lâusage de cannabis est une urgence. Aujourdâhui, on dĂ©mantĂšle un point de deal, il repousse ailleurs. Et il y a toujours plus de dealeurs et de consommateurs. Câest un Ă©chec. Si les gens pouvaient lâacheter lĂ©galement, on pourrait les accompagner dans une vĂ©ritable politique sanitaire comme cela est fait pour le tabac ou lâalcool. En sortant de la logique rĂ©pressive en cours depuis Sarkozy et en rĂ©instaurant une police de proximitĂ©, je pense quâon aurait plus de rĂ©sultats.
Au risque de renouer avec un angélisme pour lequel, sur les questions de sécurité, la gauche a longtemps été critiquée ?
Est-ce que la rĂ©pression marche ? On a la politique la plus rĂ©pressive dâEurope et on a le plus de consommateurs. On reste sur des postures figĂ©es assez inhumaines : « ça nâest pas bien de fumer donc câest interdit ». Ce nâest pas avec ce genre de raisonnement quâon mĂšne une politique. Ăa mâattriste beaucoup parce que derriĂšre tout cela, il y a des quartiers, des vies happĂ©es par le deal. Si on lĂ©galise, bien sĂ»r, il y aura encore des dealers qui trouveront dâautres trafics. Mais une partie des jeunes se tournera vers autre chose.
Ce discours est-il audible dans le contexte actuel ?
La dĂ©putĂ©e Caroline Janvier a rendu en mai 2021 un rapport parlementaire demandant une « lĂ©galisation encadrĂ©e ». Elle est LREM. Des collectifs de policiers aussi sâinterrogent : pour eux, au quotidien, câest trĂšs difficile. Ils voient bien quâaussitĂŽt un dealer arrĂȘtĂ©, il est remplacĂ© et que ça ne sert Ă rien. Quand Wilhem Houssin a Ă©tĂ© tuĂ© et que les auteurs prĂ©sumĂ©s ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, jâai pensĂ© que le point de deal allait sâarrĂȘter un moment. Le trafic nâa pas arrĂȘtĂ© une seule seconde.
Ă ce moment-lĂ , vos convictions nâont pas vacillĂ© ? Vous nâavez pas Ă©tĂ© gagnĂ©e par la colĂšre ?
De la colĂšre contre les jeunes qui deviennent suffisamment violents pour faire ça, oui. Mais câest surtout beaucoup dâincomprĂ©hension et de tristesse. Câest difficile Ă dire mais ces jeunes, souvent cassĂ©s par la vie, sont aussi des victimes Ă leur maniĂšre. Quand lâĂ©motion est retombĂ©e et que nous avons organisĂ© des rĂ©unions publiques avec les habitants, le sentiment majoritaire, ce nâĂ©tait pas la colĂšre ou la vengeance mais la tristesse. Jâai trouvĂ© cela extrĂȘmement rassurant.
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