FRANCE đŸ‡«đŸ‡· : pour Marie Ducamin, maire de Saint-Jacques, la lĂ©galisation du cannabis est une urgence 

Marie Ducamin, maire de Saint-Jacques

Ouest-France – Glen RECOURT.

Au pied de la mairie, entre la mĂ©diathĂšque et l’école primaire, des hommes vendent de la drogue en plein jour. Ce point de deal existe depuis une dizaine d’annĂ©es. En juillet, un passant de 49 ans a mĂȘme Ă©tĂ© tuĂ© dans cette rue. Les politiques sont-ils impuissants face au trafic ?

Sur le plan national, il y a des choses Ă  faire : la lĂ©galisation de l’usage de cannabis est une urgence. Aujourd’hui, on dĂ©mantĂšle un point de deal, il repousse ailleurs. Et il y a toujours plus de dealeurs et de consommateurs. C’est un Ă©chec. Si les gens pouvaient l’acheter lĂ©galement, on pourrait les accompagner dans une vĂ©ritable politique sanitaire comme cela est fait pour le tabac ou l’alcool. En sortant de la logique rĂ©pressive en cours depuis Sarkozy et en rĂ©instaurant une police de proximitĂ©, je pense qu’on aurait plus de rĂ©sultats.

Au risque de renouer avec un angélisme pour lequel, sur les questions de sécurité, la gauche a longtemps été critiquée ?

Est-ce que la rĂ©pression marche ? On a la politique la plus rĂ©pressive d’Europe et on a le plus de consommateurs. On reste sur des postures figĂ©es assez inhumaines : « ça n’est pas bien de fumer donc c’est interdit ». Ce n’est pas avec ce genre de raisonnement qu’on mĂšne une politique. Ça m’attriste beaucoup parce que derriĂšre tout cela, il y a des quartiers, des vies happĂ©es par le deal. Si on lĂ©galise, bien sĂ»r, il y aura encore des dealers qui trouveront d’autres trafics. Mais une partie des jeunes se tournera vers autre chose.

Ce discours est-il audible dans le contexte actuel ?

La dĂ©putĂ©e Caroline Janvier a rendu en mai 2021 un rapport parlementaire demandant une « lĂ©galisation encadrĂ©e ». Elle est LREM. Des collectifs de policiers aussi s’interrogent : pour eux, au quotidien, c’est trĂšs difficile. Ils voient bien qu’aussitĂŽt un dealer arrĂȘtĂ©, il est remplacĂ© et que ça ne sert Ă  rien. Quand Wilhem Houssin a Ă©tĂ© tuĂ© et que les auteurs prĂ©sumĂ©s ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, j’ai pensĂ© que le point de deal allait s’arrĂȘter un moment. Le trafic n’a pas arrĂȘtĂ© une seule seconde.

À ce moment-lĂ , vos convictions n’ont pas vacillĂ© ? Vous n’avez pas Ă©tĂ© gagnĂ©e par la colĂšre ?

De la colĂšre contre les jeunes qui deviennent suffisamment violents pour faire ça, oui. Mais c’est surtout beaucoup d’incomprĂ©hension et de tristesse. C’est difficile Ă  dire mais ces jeunes, souvent cassĂ©s par la vie, sont aussi des victimes Ă  leur maniĂšre. Quand l’émotion est retombĂ©e et que nous avons organisĂ© des rĂ©unions publiques avec les habitants, le sentiment majoritaire, ce n’était pas la colĂšre ou la vengeance mais la tristesse. J’ai trouvĂ© cela extrĂȘmement rassurant.

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