
En sept ans, deux fois plus de Français ont expĂ©rimentĂ© la poudre blanche. La « C » nâa jamais Ă©tĂ© aussi rĂ©pandue sur le territoire, dans les fĂȘtes comme au travail.
Par Bartolomé Simon
Publié le 16/02/2025
EXTRAIT
Vendredi soir, dĂ©but de service dans un restaurant branchĂ© du centre de Metz (Moselle). La cuisine attend une livraison de derniĂšre minute. Comme Ă chaque dĂ©but de week-end, ou presque, quelques pochons de cocaĂŻne sont dĂ©posĂ©s Ă la brigade. Quinze grammes feront tenir une semaine Ă quatre personnes. KĂ©vin (le prĂ©nom a Ă©tĂ© modifiĂ©), 34 ans, sniffe son rail avant de prendre son service. « Au dĂ©but, c’Ă©tait pour tenir le rythme, et ressentir moins de pression, raconte cet ex-musicien qui consommait de temps Ă autre avant un concert. Ăa donne la tchatche, c’est plus simple de parler aux filles. Et puis, aprĂšs, je n’arrivais plus Ă faire sans. J’Ă©tais deux fois plus fatiguĂ©, je voulais tenir le coup. On en prend par crainte de la descente. L’agressivitĂ© monte. Ăa crĂ©e des embrouilles avec ses patrons, surtout s’ils en prennent aussi. Ăa a fini par me bousiller les cloisons nasales⊠»
Et chez les plus jeunes ? Contrairement Ă ce que l’on pourrait penser, le rail est encore loin d’avoir remplacĂ© le joint. Les jeunes ont plutĂŽt tendance, selon l’OFDT, Ă consommer moins de drogues en gĂ©nĂ©ral. « On peut quand mĂȘme acheter du Sniffy Ă 16 ans dans un bureau de tabac », constate KĂ©vin. Et ce, alors que le « PTC » ou « PĂšte ton crĂąne », un puissant cannabis de synthĂšse, fait un carton chez les jeunes majeurs. La cocaĂŻne se renforce surtout dans la gĂ©nĂ©ration au-dessus, qui s’y habitue. On la trouve dĂ©sormais autant sur la table des apĂ©ros Ă la campagne, le samedi soir, que dans les soirĂ©es branchĂ©es.
Cette banalisation inquiĂšte Guillaume Airagnes, directeur de l’OFDT. « En euros constants, le prix de la cocaĂŻne a baissĂ©, mais sa teneur moyenne en principe actif (puretĂ©) a augmentĂ©, de 50 % en 2012 jusqu’Ă 70 %, voire 100 % sur certains Ă©chantillons contrĂŽlĂ©s aujourd’hui, rappelle-t-il.
Or on voit dans les reprĂ©sentations gĂ©nĂ©rales que la cocaĂŻne est perçue comme moins dangereuse par la population. Sauf qu’en une prise, on risque l’infarctus. »
« Lorsque j’ai arrĂȘtĂ© la restauration, et donc la cocaĂŻne, j’ai dĂ» rĂ©apprendre Ă m’ennuyer, confie KĂ©vin. Le manque m’a causĂ© beaucoup de problĂšmes, notamment dans ma vie amoureuse. Je me suis un peu senti comme le personnage Octave Parango, dans 99 Francs, vous voyez ? Pour lui, la vie sans cocaĂŻne, âc’est un peu comme la vie sans tĂ©lĂ© pour certains, tout est plus lent et on s’ennuie viteâ. Il a fallu rĂ©apprendre Ă ne rien faire, profiter de la simplicitĂ© de la vie. Et maintenant, je me sens beaucoup mieux. »
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