FRANCE đŸ‡šđŸ‡” (Drogues) : « Non seulement la rĂ©pression est inefficace, mais en plus elle est contre-productive », tranche une sociologue

Pas de banalisation de l’usage des drogues, mais des stupĂ©fiants qui se rĂ©pandent jusque dans les zones rurales ; une rĂ©pression inefficace ; des usages qui ne posent pas forcĂ©ment problĂšme : la sociologue Sarah Perrin nous Ă©claire sur l’usage des drogues en Nouvelle-Aquitaine.

« La rĂ©pression est inefficace »

Dans ces conditions, Sarah Perrin a un avis tranchĂ© sur la rĂ©pression. Le gouvernement a-t-il raison d’accroĂźtre la rĂ©pression ? « Non, cingle la docteure en sociologie, puisque nous avons l’une des politiques les plus rĂ©pressives d’Europe Ă  l’Ă©gard des stupĂ©fiants et nous avons Ă©galement parmi les niveaux d’usage les plus Ă©levĂ©s de l’Europe. Donc, la rĂ©pression est inefficace Ă  plusieurs niveaux. DĂ©jĂ , la rĂ©pression n’empĂȘche pas les consommations. Elle ne prĂ©vient pas non plus les trafics. On le voit bien, les niveaux de consommation sont importants, les trafics sont accessibles ».

« Et puis, au-delĂ  de ça, la rĂ©pression va exacerber des inĂ©galitĂ©s de race, puisque les profilages policiers, ce qu’on appelle les contrĂŽles au faciĂšs, vont se concentrer sur des jeunes hommes prĂ©caires et racisĂ©s qui vivent plutĂŽt dans des zones urbaines dĂ©favorisĂ©es. La rĂ©pression exacerbe Ă©galement des inĂ©galitĂ©s de genre, on le voit avec le phĂ©nomĂšne des mules qui vont ramener de la cocaĂŻne depuis l’AmĂ©rique du Sud ou avec le phĂ©nomĂšne des nourrices qui vont garder de la drogue chez elles. La rĂ©pression exacerbe des inĂ©galitĂ©s d’Ăąge puisque ce sont les jeunes qui sont les plus ciblĂ©s par la rĂ©pression, et puis Ă©galement des inĂ©galitĂ©s de classe, puisque plus on est pauvre, plus on a de chances de se faire interpeller par la police. La rĂ©pression exacerbe enfin des inĂ©galitĂ©s entre les pays du Sud qui sont plutĂŽt producteurs et les pays du Nord qui sont plutĂŽt consommateurs ».

La rĂ©pression exacerbe mĂȘme plusieurs types d’inĂ©galitĂ©s, Ă©numĂšre Sarah Perrin : inĂ©galitĂ©s de race, avec les contrĂŽles au faciĂšs ; inĂ©galitĂ©s de genre, avec le phĂ©nomĂšne des mules qui transportent la drogue ou des nourrices contraintes de garder la drogue chez elles ; inĂ©galitĂ©s d’Ăąge, les jeunes Ă©tant les plus ciblĂ©s ; inĂ©galitĂ©s de classe, « puisque plus on est pauvre, plus on a de chances de se faire interpeller par la police »Â ; sans oublier les inĂ©galitĂ©s entre les pays du Sud qui sont plutĂŽt producteurs et les pays du Nord qui sont plutĂŽt consommateurs.

Enfin, faire appel au droit pĂ©nal peut contribuer Ă  dĂ©lĂ©gitimer la loi au regard des Français, estime-t-elle. Un Français sur deux a dĂ©jĂ  consommĂ© du cannabis. Que la loi de 1970 considĂšre cela comme un comportement dĂ©linquant, « c’est peut-ĂȘtre que c’est Ă  la loi de s’adapter Ă  la population et pas Ă  la population de s’adapter Ă  une loi qui semble obsolĂšte ».

Sarah Perrin estime enfin que la rĂ©pression est source de stigmatisation, obstacle Ă  la prise en charge sanitaire. Certains usagers n’osent pas en parler, Ă  leurs mĂ©decins, Ă  leur entourage, Ă  une structure de prise en charge, « parce qu’ils ont peur d’ĂȘtre jugĂ©s et de faire l’objet de sanctions judiciaires. Il est trĂšs difficile de mettre en place de vraies politiques de rĂ©duction des risques dans un contexte prohibitif ». Et la sociologue de conclure, tranchante : « Non seulement la rĂ©pression est inefficace, mais en plus, elle est contre-productive. Et je dirais que cette rĂ©pression est essentiellement un faire-valoir pour des acteurs politiques. Ça leur permet d’afficher des chiffres dans les mĂ©dias. Ça leur permet de mettre en avant des rĂ©sultats qui en rĂ©alitĂ© n’en sont pas. La rĂ©pression est inefficace ».

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