La main, le pot, la confiture

Deux policiers marseillais ont été incarcérés aprÚs leur mise en examen, le 4 avril 2025, pour « importation et trafic de stupéfiants en bande organisée, blanchiment, association de malfaiteurs », dans une affaire remontant à 2023
Un fiasco qui fait tache
Une opĂ©ration de « livraison surveillĂ©e », qui consiste Ă laisser entrer de la drogue pour en contrĂŽler la distribution et remonter les rĂ©seaux, menĂ©e par lâOffice antistupĂ©fiants (Ofast) Ă Marseille en 2023 est en passe de se muer en scandale policier, rĂ©vĂšle une enquĂȘte du Monde.
Loin de son objectif initial de piĂ©ger avec 400 kilos de cocaĂŻne comme appĂąt le narcotrafiquant alors en cavale « Mimo » et depuis arrĂȘtĂ© en AlgĂ©rie par la police locale, lâopĂ©ration a abouti, pour lâheure, Ă lâincarcĂ©ration de deux policiers, lâĂ©vaporation de la drogue et un relatif discrĂ©dit sur lâantenne marseillaise de lâOfast.
Rien de bien nouveau pourtant!
Il y a plus de 30 ans, c’Ă©tait une affaire montĂ©e par les agents de la DNRED Toulouse qui, sans contrĂŽle et sans prĂ©venir le moindre procureur, qui dâailleurs nâaurait rien pu couvrir, avaient infiltrĂ© un trafic de cocaĂŻne.
La saisie prÚs de Toulouse, en janvier 1994, de deux stocks de 171 et 881 kilos de pure cocaïne colombienne avait pourtant été bien réelle.
Le navire qui devait ramener la marchandise en France avait Ă©tĂ© Ă©quipĂ© d’une grue pour faciliter le transbordement.
Grue que la DNRED avait financĂ© en ponctionnant 400.000 FF Ă NS 55 sur le million promis lors de l’opĂ©ration de Lyon. Aux manettes, il y avait Jean Henri Hoguet et son adjoint GĂ©rard Estavoyer.
La cargaison de cocaïne avait été déchargée au port du Verdon, juste à cÎté de la Pointe de Grave dans le département de la Gironde en Aquitaine, sous le contrÎle des meilleurs douaniers.

Lâhistoire avait commencĂ© du cĂŽtĂ© de Caracas au Venezuela avec des âJames Bondâ de la DNRED des Douanes françaises infiltrant un rĂ©seau international de cocaĂŻne.
Elle sâest terminĂ©e prĂ©s de Toulouse par lâarrestation des malfrats et lâopportune disparition dans le feu de lâaction des fonctionnaires infiltrĂ©s.
Le 21 janvier 94, alors que LIBERATION racontait cet Ă©pisode, le patron national de ces services, Joseph Le Louarn, affirmait que cette version des faits nâĂ©tait quâune » affabulation rocambolesque et que les trĂšs valeureux services policiers et douaniers de lâEtat ne devaient cette « prise historique « quâĂ leur travail persĂ©vĂ©rant et Ă un « coup de fil anonyme ».
SacrĂ© Joseph Le Louarn! Tu Ă©tais vraiment un artiste du mensonge et de la dĂ©sinformation! Tu avais dĂ©jĂ dĂ©montrĂ© tes qualitĂ©s de prestidigitateur lorsque tu Ă©tais le DI Ă Roissy, mais lĂ , quand mĂȘme, fallait pas trop la ramener.
Infiltré, pas Infiltré ?
Savoir si le rĂ©seau Ă©tait effectivement infiltrĂ© ou non est dâimportance pour la justice. Lâarticle 67 bis du code des Douanes autorisait bien le travail de taupes mais cette sorte dâopĂ©ration ne vaut devant les tribunaux quâĂ la condition expresse que toutes les autorisations, y compris celle de la chancellerie, figurent dans la procĂ©dure pĂ©nale. Ce qui, en lâoccurrence, nâĂ©tait pas le cas comme dans la plupart des affaires en cours. Du coup, les Douaniers reconnaissent le coup montĂ©!
Le prĂ©sident DucassĂ© qui Ă©tait dĂ©jĂ fatiguĂ© de voir son procĂšs patauger dans les contradictions, a fini par prendre le mouche en entendant les douaniers citĂ©s par les avocats avouer au tribunal que « oui « , finalement » quâil sâagissait bien dâun coup montĂ© depuis le dĂ©but « .
Surprenant pourtant que personne ne se pose la question de la provenance de la marchandise et de son acheminementâŠPlus dâune tonne de coke sur le territoire français sans que lâon pose la moindre question!
Le prĂ©sident DucassĂ© fait citer le procureur de la RĂ©publique Francis FrĂ©chet, qui a confirmĂ© Ă la barre avoir lui-mĂȘme donnĂ© le feu vert avec lâaccord de son ministĂšreâŠOuf! Il ajoutait encore quâil avait choisi de ne pas produire les documents adĂ©quats lors de lâinstruction dans le seul but de prĂ©server la vie de ces fonctionnaires de la lutte antidrogue. Quelle belle dĂ©monstration d’humanisme !
Silence dans le prĂ©toireâŠ
Le prĂ©sident DucassĂ© lui a alors incidemment fait remarquer quâexiste pourtant la « cancellation* », lâentourloupe lĂ©gale qui consiste par prudence Ă masquer le nom de ce genre dâagents trĂšs spĂ©ciaux.
Le propos a paru se perdre dans les oreilles du procureur peut-ĂȘtre atteint de surditĂ© passagĂšre! Câest une pathologie qui touche frĂ©quemment nos rĂ©galiens.
« Câest le retour des lettres de cachet! ».
Les avocats des trois contrebandiers arguant de la « vĂ©ritĂ© nĂ©cessaire des actes de justice », sont tout de suite montĂ©s sur leurs grands chevaux car rien ne permettait; selon eux, de juger du degrĂ© de responsabilitĂ© de leurs clients qui pourraient certes ressembler Ă des caĂŻds de la cocaĂŻne mais aussi nâĂȘtre que trois lampistes manipulĂ©s dans un trafic organisĂ© de bout en bout depuis la France. Le substitut du procureur, pas en manque de textes, avait rĂ©clamĂ© dix ans de prison pour chacun des Italiens.
Le tribunal correctionnel de Toulouse qui a jugĂ© les trois Italiens interceptĂ©s avec la marchandise sur ce qui nâapparaĂźt plus dĂ©sormais que comme un montage grandâguignolesque Ă visĂ©e auto publicitaire.
Les trois inculpés en question sont ressortis libres et acquittés du palais de justice de Toulouse.
Le tribunal a prĂ©fĂ©rĂ© faire comme si cette histoire nâavait jamais existĂ©.
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Pour mĂ©moire, câĂ©tait Corinne ClĂ©ostrate qui Ă©tait la Cheffe de division des enquĂȘtes spĂ©cialisĂ©e Ă la DED (direction des enquĂȘtes douaniĂšres) de la DNRED (Direction nationale du renseignement et des enquĂȘtes douaniĂšres) en 1994-1995, qui ne savait rien, Alzheimer ayant frappĂ© malencontreusement !
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