FRANCE đŸ‡šđŸ‡” (Drugwar) : jusqu’Ă  l’overdose

La France, premier pays consommateur de cannabis en Europe, persiste et signe. Elle mĂšne toujours vaillamment la « guerre Ă  la drogue » comme Richard Nixon dans les annĂ©es 1970 aux Etats Unis – oĂč 19 Ă©tats ont depuis lĂ©galisĂ© la consommation du cannabis. Elle dĂ©fend une politique rĂ©pressive contre les consommateurs et les petits dealers comme l’Allemagne des annĂ©es 1980 – dont le parlement vient de voter pour la lĂ©galisation contrĂŽlĂ©e du cannabis pour enrayer les rĂ©seaux dĂ©linquants et un narcotrafic de plus en plus violent. Une politique dĂ©fendue en France par le maire Ă©cologiste de Grenoble, Éric Piolle, qui a demandĂ© le 23 janvier Ă  Emmanuel Macron d’organiser Â« un rĂ©fĂ©rendum sur la dĂ©pĂ©nalisation, le contrĂŽle de la production, ou la lĂ©galisation« . Â« On met de plus en plus de gens en prison et pour autant le trafic est toujours aussi Ă©levĂ© Â» a-t-il alertĂ©, dĂ©plorant Â« une absence de vision stratĂ©gique Â», reprochant aux  prĂ©cĂ©dents ministres de l’IntĂ©rieur d’« Ă©coper la mer Ă  la petite cuillĂšre Â» en multipliant les grandes opĂ©rations sur les points de deal : Â« Monsieur Darmanin, comme Monsieur Valls, comme Monsieur Sarkozy, comme Monsieur Retailleau ont fait du trafic de drogue leur fonds de commerce Â» a-t-il conclu, parlant d’une politique du Â« coup de menton Â» inefficace, renforçant l’emprise des mafias sur les jeunes dealers.

Un tel rigorisme de la France Ă©tonne quand on sait la vĂ©ritĂ© : l’Etat français fut le grand pourvoyeur de cannabis et d’opium Ă  travers ses rĂ©gies et ses monopoles dans ses colonies.Maghreb. Indochine. Antilles. Un Ă©pisode historique peu connu, pendant lequel les diffĂ©rents gouvernement français ont expĂ©rimentĂ© toutes les formes lĂ©gales et illĂ©gales de production et de commerce des stupĂ©fiants.

En Indochine, Paul Doumer restructure le monopole de l’opium en crĂ©ant la RĂ©gie Indochinoise de l’Opium en 1899, en mĂȘme temps que celle du sel et de l’alcool... À Tahiti, le gouvernement crĂ©e une RĂ©gie de l’opium
 Au Maroc et en Tunisie, ce sont des monopoles du cannabis et du tabac qui sont créés ou restructurĂ©s avec la RĂ©gie des Tabacs au Maroc, dirigĂ©e par la Banque de Paris et des Pays-Bas, dont l’objet social est la commercialisation du kif et du tabac et le contrĂŽle des « fermes » du « takrouri », le cannabis. » Qui parle ? Yan Bisiou, spĂ©cialiste du droit des drogues Ă  l’universitĂ© de Montpellier. Il rappelle les faits, peu connus aujourd’hui, dans la revue Psychotropes (2016, Vol 22) : pendant toute la pĂ©riode coloniale, les enjeux Ă©conomiques des monopoles d’Etat sur les drogues furent considĂ©rables. Les fonctionnaires français s’octroient un marchĂ© fructueux, ils entendent dĂ©courager les trafiquants locaux, rationaliser la production, Ă©viter les produits frelatĂ©s, maĂźtriser la production et la revente – Ă  peu prĂšs le programme avancĂ© en 2024 l’Allemagne avec le cannabis.

Yan Bisiou dĂ©taille la manne financiĂšre pour l’Etat français : « Au Maroc, la vente de cannabis reprĂ©sente 1/3 des recettes de la RĂ©gie. À Tahiti, le monopole de l’opium est la deuxiĂšme ressource fiscale des Territoires de l’OcĂ©anie aprĂšs les droits d’importation . En Indochine, la rĂ©gie de l’opium apporte en moyenne 20 % des recettes fiscales de la colonie. Cette commercialisation poussĂ©e des drogues va perdurer jusqu’à la dĂ©colonisation. » Il faut dire que lorsque les Français s’installent dans leurs colonies du Maghreb et d’Asie, le cannabis et l’opium imprĂšgnent les moeurs et les usages du Moyen Orient et de l’Indochine depuis des siĂšcles – la consommation de stupĂ©fiants par les populations est dĂ©jĂ  lĂ . Courante. Traditionnelle. Populaire. 

La RĂ©gie marocaine des kifs et tabacs Ă  capitaux français

En 1906, la ConfĂ©rence d’AlgĂ©siras place le Maroc, en proie aux guerres tribales contestant la royautĂ©, sous la protection des puissances europĂ©ennes. Avec le traitĂ© de “protectorat” signĂ© Ă  FĂšs le 30 mars 1912 avec le sultan marocain Moulay Abd El Hafid, la France, sous la poigne du gĂ©nĂ©ral Lyautey nommĂ© « RĂ©sident GĂ©nĂ©ral », va pacifier et coloniser le pays, dĂ©velopper les ports et les chemins de fer, financer la scolarisation et l’urbanisation, tout en s’arrogeant divers avantages : la police des ports, la direction des affaires Ă©trangĂšres, une banque d’Etat Ă  sa main, Tanger dĂ©clarĂ© Â« ville internationale »  et le monopole du commerce du tabac et du cannabis.. Celui-ci est confiĂ© Ă  la RĂ©gie marocaine des kifs et tabacs Ă  capitaux français. 

Trois usines de conditionnement de balles de kif et de tabac mĂ©langĂ©s de 10 grammes, empaquetĂ©es dans du papier cartonnĂ© portant un timbre fiscal et destinĂ©es au marchĂ© local s’installent bientĂŽt Ă  Tanger, KĂ©nitra et Casablanca. La RĂ©gie, appuyĂ©e par plusieurs « dahirs Â» royaux (dĂ©crets), signe des contrats garantissant les prix mais aussi les qualitĂ©s du tabac et du kif avec les paysans des rĂ©gions du Moyen-Atlas et du Gharb. L’usage du cannabis se voit ainsi dĂ©pĂ©nalisĂ©, son achat  libre dans les points de vente de la RĂ©gie. Seul le kif cultivĂ© dans le Rif, placĂ© sous protectorat espagnol, en guerre larvĂ©e avec le gouvernement central, Ă©chappe au contrĂŽle de la RĂ©gie, alimentant des rĂ©seaux informels. 

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