FRANCE đŸ‡šđŸ‡” : le discours prĂ©enregistrĂ© d’Amine entendu aujourd’hui dans tous les rassemblements

«Au nom de mon frĂšre Mehdi, mort pour rien, exĂ©cutĂ© en pleine rue, au nom de ma famille dĂ©chirĂ©e de douleur, au nom de tous les miens, je veux vous remercier d’ĂȘtre mobilisĂ©s aujourd’hui.

«Mon frĂšre Mehdi Ă©tait innocent. Il n’était coupable que d’ĂȘtre mon frĂšre. Il Ă©tait bon, droit, sincĂšre. Il avait la vie devant lui. Retenez son nom. Faites-le retentir ou murmurez-le, peu importe. Mille fois rĂ©pĂ©tez son nom. Ne le laissez pas tomber dans l’oubli qui est une seconde mort. Mehdi, Mehdi, Mehdi. Mehdi mon frĂšre. Je suis inconsolable.

«Je demande la justice pour Mehdi. Je demande la Justice pour Brahim, mon autre frÚre assassiné. Je demande la sécurité pour ma famille.
«Mon frĂšre Mehdi voulait ĂȘtre gardien de la paix. Il faut que la paix revienne dans nos quartiers. Il faut que notre jeunesse puisse grandir sans craindre de mourir. Ce n’est pas parce que nous vivons dans des quartiers populaires que nos vies ne valent rien.

«Mon frÚre est mort pour rien, et on nous traite comme des moins que rien.

«Nous aussi, nous valons la peine. Nous aussi, nous voulons un avenir. Nous aussi, nos nuits sont mĂȘlĂ©es de cauchemars et de rĂȘves. Nous aussi, nous aimons nos parents, et nos parents aiment leurs enfants.

«Un homme politique a proposĂ© que je reçoive la lĂ©gion d’honneur, mais je ne cherche aucun honneur pour moi. Ma poitrine est trop lourde de douleur pour recevoir une quelconque dĂ©coration.
«Ce sont les mamans des quartiers qui mĂ©ritent une dĂ©coration. Pour leur courage, leur dignitĂ©, pour leur combat de chaque jour. Ma mĂšre s’est battue pour nous Ă©lever et nous protĂ©ger. Et aujourd’hui, elle a perdu deux fils. C’est elle pourtant, qui me permet de tenir debout.

«Pour elle, je ne me tairai pas. Je continuerai Ă  dire ce que mes yeux voient, ce que mon esprit sait et ce que mon cƓur me dicte.
«Depuis des années, nous alertons. Nous parlons parce que nous savons que le silence tue. Mais qui nous écoute ?

«L’Etat nous abandonne depuis trop longtemps. Chacun de ses reculs a favorisĂ© l’avancĂ©e du narcotrafic. Le dĂ©part des services publics, la fin de la police de proximitĂ©, les moyens trop faibles des enquĂȘteurs et des enquĂȘteuses, les enseignants auxquels on demande tant en leur donnant si peu. VoilĂ  ce qui fait les affaires des trafiquants.

«Bien sĂ»r, nous avons besoin de policiers, de sĂ©curitĂ©. Bien sĂ»r, il faut renforcer les moyens de la lutte contre le narcotrafic. Mais nous avons besoin de justice sociale, d’engagement de l’Etat et des collectivitĂ©s, de soutien aux associations qui font le boulot tous les jours avec trĂšs peu de moyens, et je sais de quoi je parle parce que depuis des annĂ©es l’association Conscience, prĂ©sidĂ©e par ma mĂšre, fonctionne avec des moyens dĂ©risoires.
«Nous ne demandons pas la charitĂ©. Nous demandons la justice. La France entiĂšre doit comprendre que ce qui se passe dans nos quartiers la concerne. Ce pays a fermĂ© les yeux sur ce que nous vivions, et maintenant il se rĂ©veille avec un monstre qui s’est infiltrĂ© partout. Notre pays a un problĂšme avec les drogues : il vit sous dĂ©pendance. Et cette dĂ©pendance est exploitĂ©e par le narcotrafic. La souffrance psychologique et la misĂšre qui monte sont des armes puissantes entre leurs mains. Ils jettent leur dĂ©volu sur les enfants perdus de la RĂ©publique, les dĂ©shumanisent en les dressant comme on dresse des bĂȘtes fĂ©roces, puis en font des esclaves dociles.

«Voilà la vérité : le narcotrafic recrute. Le narcotrafic contrÎle. Le narcotrafic corrompt. Et le narcotrafic tue. Plus personne ne peut dire que nous ne savions pas.

«Mes frĂšres sont morts. Mais vous tous, vous ĂȘtes vivants. Nous sommes vivants. Je ne sais pas ce que sera ma vie maintenant. Mais je sais que j’ai besoin de vous, de votre engagement, dans la durĂ©e.

«Entrez en rĂ©sistance. Luttez, parce que lutter c’est vivre.

«Je veux voir toutes les mains se lever. Dressez-les vers le ciel pour rendre hommage Ă  mes frĂšres assassinĂ©s. Levez-les pour dire que nous sommes ensemble. Levez-les pour dire que ce pays ne baissera pas la tĂȘte. Levez vos mains et levez-vous. N’attendons pas assis que le narcotrafic dĂ©truise nos vies et notre pays. Pour nos quartiers, pour la justice, pour nos familles, pour nos vies, levons-nous. Debout, debout, debout.»

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