Souleimane Kerimov, poids lourd de l’oligarchie dans la Russie de Vladimir Poutine, a été arrêté à l’aéroport de Nice par la police française dans le cadre d’une information judiciaire pour blanchiment de fraude fiscale.
Propriétaire occulte
Classé 21e fortune de Russie par le magazine Forbes qui estime son patrimoine à 7 milliards de dollars (6 milliards d’euros), l’oligarque de 51 ans est un familier de la Côte d’Azur. Il avait défrayé la chronique fin 2006 avec un accident en Ferrari à l’entrée de la Promenade des Anglais. Il avait été longuement hospitalisé pour des brûlures.
En septembre, Nice-Matin avait révélé que la somptueuse villa « Hier » au Cap d’Antibes, évaluée 150 millions d’euros et dont Souleimane Kerimov était soupçonné d’être le propriétaire occulte, avait été frappée d’une saisie pénale quelques semaines auparavant.
Dans un droit de réponse, le financier suisse Alexandre Studhalter avait annoncé un recours contre cette saisie et démenti être l’homme de paille de M. Kerimov.
Le nom d’un autre entrepreneur suisse, Philippe Borghetti, apparaît dans le dossier. Tout comme MM. Chiaverini et Studhalter, il est mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale, ce dont il se défend « avec la plus grande énergie », selon son avocat Me Philippe Soussi.
Originaire du Daguestan, une république russe voisine de la Tchétchénie, M. Kerimov a fait fortune au moment des privatisations lors de la chute de l’URSS. Dans le passé, il a notamment détenu des parts dans le numéro un mondial des engrais agricoles Uralkali et contrôlé le club de football daguestanais d’Anzhi Makhachkala, qu’il avait hissé un temps au sommet en achetant au prix fort des joueurs de premier plan comme le Camerounais Samuel Eto’o ou le Brésilien Roberto Carlos.
*Il est avocat. Mis en examen pour « blanchiment de fraude fiscale », Chiaverini est suspecté d’être à l’origine de montages offshore qui ont permis de soustraire une centaine de millions d’euros au fisc français.
Dans son giron, on retrouve du beau monde : un juge de Monaco, un milliardaire russe ou une célèbre famille de marchands d’art…
Le parquet de Nice aurait-il eu les yeux plus gros que le ventre ? La plus grosse affaire financière instruite actuellement sous le soleil azuréen semble sérieusement ensablée. Depuis mars 2015, un avocat fiscaliste qui exerçait dans les Alpes-Maritimes est mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale, ainsi que plusieurs proches, collaborateurs et clients.
Après avoir passé huit mois en prison, il a été remis en liberté sous contrôle judiciaire en novembre 2015. Stéphane Chiaverini, 45 ans, est soupçonné d’avoir mis ses talents financiers au service de riches clients qui souhaitaient échapper au paiement de l’impôt. Au mépris des règles déontologiques de sa profession, qui lui interdisent d’exercer toute activité commerciale, il aurait constitué des dizaines de sociétés spécialisées dans la gestion immobilière, qui laisseraient apparaître d’importants mouvements de fonds provenant de sociétés suisses et luxembourgeoises.
Les montants en jeu sont énormes : une centaine de millions d’euros auraient échappé au Trésor public, qui a lancé, parallèlement à l’instruction judiciaire, une myriade de contrôles fiscaux. 20 millions d’euros de biens ont d’ores et déjà été saisis par la justice et confiés à l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc). En plus des biens immobiliers, ont ainsi été saisis chez l’avocat une Mercedes classe A, une Mercedes ML, une BMW série 1 et des œuvres d’art évaluées à 120 000 euros, et, chez ses clients, une montre Breitling, trois montres Bulgari, des bijoux Chaumet et Bulgari, et plus de 13 000 euros en numéraire.
Ce qui rend l’histoire particulièrement intéressante, c’est que les circuits raffinés mis en place par Stéphane Chiaverini auraient été utilisés aussi bien par des voyous trafiquants de drogue des cités niçoises que par de riches héritiers et des milliardaires russes. L’intéressé nie l’intégralité des faits qui lui sont reprochés : « Je n’ai jamais géré la fortune de qui que ce soit. Je ne suis gérant que de mon propre patrimoine, au sein de sociétés civiles immobilières. »
Cet homme affable et souriant, le visage rond sous un crâne chauve, en baskets et blouson de cuir noir, a toujours travaillé dans l’ombre. Nul ne l’a jamais vu plaider dans un palais de justice. Il n’existe aucune photo de lui.
La juge Valérie Tallone, à qui avait été confiée l’instruction ouverte le 18 novembre 2014 pour blanchiment aggravé et recel, ayant été promue procureure adjointe au tribunal de grande instance de Grasse, ce dossier touffu vient d’atterrir entre les mains d’un nouveau juge d’instruction, Alexandre Julien, arrivé à Nice début 2017. Il va lui falloir de l’appétit et du courage.
Les investigations s’annoncent en effet passionnantes, mais elles sont aussi pleines d’embûches. Car Stéphane Chiaverini a le bras long. Inscrit au barreau de Bastia depuis 2003, il exerçait en réalité à Antibes, où il vit. Il appartient à une famille corse rapatriée d’Algérie, honorablement connue en Haute-Corse : son père, Philippe, a été juge au tribunal administratif de Bastia, puis à la cour administrative d’appel de Lyon, avant de devenir avocat fiscaliste de 2006 à 2011 ; et sa tante Jeanne-Marie, également retraitée, était magistrate au tribunal de grande instance de Bastia.
Est-ce pour cette raison que son nom continue d’apparaître dans l’annuaire de l’ordre des avocats du barreau de Bastia ? Stéphane Chiaverini a pourtant demandé son omission, dès avril 2015, après son incarcération, ce que confirme le bâtonnier Jean-Sébastien de Casalta. Omission ne signifie pas radiation, mais le professionnel omis ne peut plus plaider ni faire état de son titre d’avocat.
Localement, Stéphane Chiaverini dispose également d’un soutien de poids, celui de Didier Linotte, 69 ans, actuel président du tribunal suprême de Monaco – l’équivalent de notre Conseil constitutionnel –, chargé également de statuer sur les recours pour excès de pouvoir contre les décisions des autorités monégasques. Les sept membres du tribunal suprême sont nommés par le prince.
Cet avocat honoraire, spécialiste en droit public, ancien professeur de droit et recteur de l’académie de Nice, ne tarit pas d’éloges sur celui qu’il considère comme un fils. « Le père de Stéphane Chiaverini était un ami, camarade d’études à Sciences-Po. En 2002, il m’a présenté son fils, qui terminait ses études de droit à Paris. Le jeune homme, spécialiste en droit des affaires, était brillantissime, il possédait une culture juridique impressionnante. Il a été l’un de mes meilleurs collaborateurs à Paris, puis je lui ai proposé que nous nous associions dans les Alpes-Maritimes », explique Didier Linotte.
En 2005, Linotte et Chiaverini créent donc une SCP d’avocats à Sophia Antipolis dotée de deux bureaux secondaires, l’un à Paris, place Vendôme, et l’autre à Ajaccio, place du Diamant. Le premier apporte sa clientèle, valorisée à 200 000 euros, et son expérience en droit public, en particulier dans le domaine des marchés publics et des partenariats public-privé ; le second offre son savoir-faire en droit des sociétés, sa clientèle valorisée à 50 000 euros et un apport financier de 150 000 euros.
Si la clientèle de Didier Linotte a autant de prix, c’est non seulement en raison de son ancienneté, mais aussi de l’exceptionnel réseau relationnel qu’il a noué en tant que haut dignitaire de la franc-maçonnerie. Membre de la Grande Loge nationale de France depuis 1994, il a atteint le 30e degré du rite écossais, l’un des plus hauts grades. Il a quitté la GLNF en 2013 pour rejoindre une autre obédience, la Grande Loge de l’alliance maçonnique française (GLAMF), avant de la quitter à son tour en 2016.
En 2005, les deux avocats sont ainsi associés à égalité. Ils voient grand. Les affaires démarrent en trombe. La SCP investit, dépense et embauche à tour de bras. Au point que deux ans après sa création, elle est contrainte de déposer le bilan avec un passif d’un million d’euros. « Nous avons remboursé tous les créanciers », précise Didier Linotte. La SCP est dissoute en septembre 2007.
Que s’est-il réellement passé ? Stéphane Chiaverini avait-il déjà franchi la ligne jaune ? « Je ne veux rien dire qui puisse lui nuire, compte tenu de la procédure en cours. C’est à la justice qu’il devra rendre des comptes, si nécessaire », dit Didier Linotte.
Source: Le Point, Les Echos, le Figaro
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