
Interrogé en son temps par Elise Lucet, Michel Charasse, à la faconde reconnue, resta bouche bée 6 secondes lorsque la question sur le lùchage de Marc Fievet lui fût posée.
Par la suite, il refusa toujours de prendre en compte les dommages collatéraux de sa politique.

Elise Lucet :
InvitĂ© de PiĂšces Ă conviction, Michel Charasse, bonsoirâŠ
Michel Charasse: Bonsoir.
Elise Lucet :
Vous ĂȘtes lâancien ministre du budget de 1988 Ă 1992 et sĂ©nateur du Puy de dĂŽme, câest la raison pour laquelle, nous sommes exceptionnellement au SĂ©nat pour rĂ©aliser cet interviewâŠEuh, vous ne souhaitez pas parler de, de lâaffaire Marc FievetâŠEst-ce que je peux vous demander quels Ă©taient vos rapports, lorsque vous Ă©tiez ministre du budget avec ces aviseurs, je crois que vous avez souhaitĂ© les rencontrer, pourquoi ?
Michel Charasse : Lorsque je suis arrivĂ© au ministĂšre du budget en maiâŠjuin 88 , lâadministration des douanes dont lâune des fonctions importantes est de lutter contre tous les trafics âŠde drogue, dâargent, euh, contre-façon..etc. prenaient par an Ă peu prĂšs 5 tonnes de drogue. Lorsque jâai quittĂ© le ministĂšre le 2 octobre 1992, nous Ă©tions Ă 35 tonnes par an. Câest Ă dire multiplier par 5, par 7 pardonâŠ
Elise Lucet : Ouais !
Michel Charasse : En, en un peu plus de quatre ansâŠâŠâŠ..Vous pensez bien que tout ceci a nĂ©cessitĂ© une organisation
Elise Lucet : Honhon !
Michel Charasse : Ou une rĂ©u.. Ou .une rĂ©organisationâŠ.Bien entendu ce nâest pas moi qui est tout inventĂ©, mais jâai donnĂ© Ă la douane beaucoup de moyensâŠavec lâargent du contribuable, pour en faire une vĂ©ritable arme contre les trafiquants et notamment les trafiquants de droguesâŠ
Elise Lucet : Et parmi ces armes, il y avait les aviseurs
Michel Charasse : Et parmi ces armes il y avait la collecte de renseignement et dans lâensemble des renseignements, il y avait bien entendu les renseignements fournis par les aviseursâŠ
Elise Lucet : Beaucoup ?
Michel Charasse : Des aviseurs plus nombreux, mieux organisĂ©s, des relais mieux organisĂ©s par lâintermĂ©diaire des , des, des correspondants que la douane pouvait avoir Ă lâĂ©tranger sous couverture planquĂ©e ou officielle, attachĂ©s douaniers dans les ambassades etc. etcâŠDonc bien entendu, on a dĂ» beaucoup, enfin beaucoup a Ă©tĂ© dĂ» aux renseignementsâŠ
Elise Lucet : Ouais !
Michel Charasse : Et câest dâailleurs parce que lâaffaire a pris une ampleur importante pendant le temps oĂč jâĂ©tais au ministĂšre, en particulier avec la technique de ce que lâon appelle les livraisons contrĂŽlĂ©es, câest Ă dire lâinfiltration de nos aviseurs ou quelques fois de douaniers dâ ailleurs, dans les rĂ©seaux de drogue âŠ
Elise Lucet : Ouais !
Michel Charasse : Et de fonctionnaires donc, de la douane, dans les rĂ©seaux de drogue..Euh, qui a conduit à ⊠justement un incident grave. ..EuhâŠentre 90 et 92, qui sâest retrouvĂ© devant le tribunal de Dijon, puisquâĂ lâĂ©poque la lĂ©gislation française nâautorisait pas la livraison contrĂŽlĂ©e,âŠle code pĂ©nal
Elise Lucet : Vous parlez des quatre douaniers qui ont été incarcérés.
Michel Charasse : VoilĂ , donc il y a eu lâaffaire de Dijon et ces douaniers ont failli ĂȘtre condamnĂ© et ..euh, ils ne lâont pas Ă©tĂ© que parce que dâune part jâai fait voter la lĂ©galisation des livraisons contrĂŽlĂ©esâŠ.Comme je lâai dĂ©clarĂ© un jour, on nâattrape pas les mouches avec du vinaigre,
Elise Lucet : Oui
Miche Charasse : Quand on fait la guerre on fait la guerreâŠ
Elise Lucet : OuaisâŠ
Michel Charasse : On ne fait pas la guerre avec le, avec le code pénal dans la poche ou avec des priÚres ou la bible ou le portrait de Mahomet.
Elise Lucet ; Donc si on veut coincer des trafiquants, il faut utiliser leurs méthodes !
Miche Charasse : Donc, trĂšs bien euhâŠIl faut utiliser leurs mĂ©thodes, il faut aller les chercher lĂ oĂč ils sont.
Elise Lucet : Honhon.
Michel Charasse : Vous savez ce sont des tueurs, je parle pas du petit, du petit merdeux, du petit dealer, du pauvre gaminâŠ
Elise Lucet : Non, non, on parle des Locatelli, des gens comme ceux quâon a vu dans le reportage.
Michel Charasse : Etc⊠je parle, voilà , des gros. Ce sont des tueurs ! Par conséquent, on va pas attraper les tueurs en leur récitant des cantiques.
Elise Lucet : Alors, on en vient Ă la situation actuelle, si vous le voulez bienâŠ
Miche Charasse : On tire dâabord et on discute aprĂšsâŠâŠâŠâŠâŠâŠâŠâŠâŠ.
Elise Lucet :âŠâŠâŠâŠâŠâŠ.Euh, on va en venir Ă la situation actuelle si vous le voulez bienâŠ
Michel Charasse : Jâai sur ce plan lĂ , quand on a affaire Ă des tueurs, une notion de lâEtat de droit qui est assez flexibleâŠ
Elise Lucet :.Michel Charasse, pour terminer, on a bien compris que vous ne vouliez pas parler du dossier de Fievet, mais est-ce quâil y a en France ⊠des aviseurs de la douane et lĂ je parle pas forcĂ©ment du moment oĂč vous, vous y Ă©tiez, quâon a laissĂ© tomberâŠ
Michel Charasse : âŠâŠâŠâŠâŠ..A mon Ă©poque, je nâai pas entendu dire quâon avait laissĂ© tomber qui que ce soitâŠ
Elise Lucet : Donc, on laisse pas tomber les aviseurs ?
Michel Charasse :âŠâŠâŠMais, on laisse tomber personne âŠIl faut laisser tomber personne. Lorsque vous ĂȘtes engagĂ© dans une batailleâŠ.Euh, et benâŠEuhâŠEuh, vous faites le nĂ©cessaire pour sauver tous vos soldatsâŠ
Elise Lucet : Câest pas ce que Fievet a lâair de penserâŠ
Michel Charasse : (6 secondes de silence).Chacun pense ce quâil veut, moi je vous dis simplement que quand on voit les rĂ©sultats quâon voit, il faut bien queâŠeuh, lâadministration des douanes soit soutenue par son ministre et quâelle soutienne tous ceux qui collaborent, fonctionnaires ou non Ă ses activitĂ©s.
Elise Lucet : Michel Charasse, merci dâavoir rĂ©pondu Ă nos questions.
Allant jusqu’Ă dire aux journalistes que mon cas n’Ă©tait qu’une affaire sans importance…
La preuve par l’image
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