Si le filet a fini par se refermer à Bâle, c’est à cause de la présence d’une puissante figure du crime organisé des Balkans, Michael Dokovich,
60 ans. Selon les enquêteurs, il est le commanditaire de la livraison de cocaïne. Et sa venue au Grand Casino a constitué une «bonne surprise» qui a précipité les arrestations.
«Le Big Boss est venu sur place, c’était une erreur de sa part, commente un policier suisse.
En principe, ces gros bonnets ne mettent jamais les mains dans le cambouis.
Il y a peu de gens en Europe capables d’acquérir une demi-tonne de cocaïne, donc on est dans le gratin des trafiquants européens. L’arrêter n’était pas prévu, ça a été une occasion un peu unique.»
Il a fallu un an et demi d’enquête pour arriver à ce résultat. Nous avons pu reconstituer des détails de cette traque, restés inédits en Suisse, en partenariat avec la plateforme European Investigative Collaborations (EIC).
Du cash dans une Mercedes
Selon des informations de sources croates, l’enquête, qui sera baptisée «Operation Familia», démarre fin 2017 et connaît une percée décisive l’année suivante. La compagne de Michael Dokovich est arrêtée à la frontière croato-slovène, près de Zagreb, avec un million d’euros en liquide dissimulés dans le châssis de sa Mercedes. La somme confisquée, elle repart libre, mais sous surveillance.
Dans les écoutes téléphoniques, on entend Michael Dokovich se vanter d’avoir organisé des dizaines de transports d’argent similaires ces dernières années.
À l’époque, ce Monténégrin au lourd passé criminel ne se cache pas.
Sur Facebook, il pose en hôtelier jovial, patron d’un établissement un peu bling-bling de Tuzi, au Monténégro, près de la frontière albanaise.
En réalité, selon les enquêteurs, il dirige un trafic de cocaïne depuis son appartement de Zagreb en utilisant une myriade de pseudonymes (son nom de naissance est Ilmija Frljuckic). Son gang comprend un policier croate corrompu qui lui fournit des informations et l’aide à se constituer de fausses identités.
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