Le PCP nâest pas favorable Ă lâenvoi de policiers et gendarmes dans les Ă©coles pour des missions dâinformation et de prĂ©vention des dangers des drogues.
- Entre la rĂ©pression et la santĂ©, lâusage de drogues en France dĂ©finit des dĂ©linquants-malades.
Tant que lâusage de drogues est un dĂ©lit, la dĂ©marche est incohĂ©rente et contreproductive. Si des jeunes veulent poser des questions qui les impliquent, Ă©tant consommateurs, ou juste par curiositĂ©, ils ne le feront pas par crainte dâĂȘtre identifiĂ©s et interpelĂ©s un jour ou lâautre.
Si Ă©ventuellement leur consommation (ou celle dâun proche) est hasardeuse ou problĂ©matique, ils nâen feront pas Ă©tat non plus et lâoccasion dâĂȘtre aidĂ© sera manquĂ©e.
La rĂ©pression des usagers de stupĂ©fiants est intense, et cible essentiellement les jeunes. Ces missions ont un goĂ»t de double-discours peu convaincant, d’autant moins qu’aucun acte de prĂ©vention n’est exercĂ© sur le terrain.
La prĂ©vention recouvre bien dâautres conduites que lâabstinence. Ă propos de drogues, ce genre dâinteractions avec des jeunes doit pouvoir se faire sans crainte ni tabou.
- Les policiers et gendarmes nâont quâune formation sommaire en matiĂšre de drogues, dĂ©livrer de l’information destinĂ©e aux plus jeunes devrait ĂȘtre rĂ©servĂ© Ă ceux qui ont une expertise plus Ă©tendue des produits, des modes de consommation et de la rĂ©duction des risques.
Le sujet est assez sĂ©rieux, notamment chez les mineurs dont la consommation est en augmentation, pour quâune telle dĂ©marche soit rĂ©alisĂ©e avec des intervenants neutres ayant les connaissances et le savoir-faire appropriĂ©s. Se faire entendre dâun public particulier est un exercice Ă part entiĂšre, câest du ressort de gens rodĂ©s Ă cela.
- 3/ Pour peu que les Ă©coliers / collĂ©giens / lycĂ©ens soient issus de quartiers dits « sensibles » ils nâaccorderont que peu de crĂ©dit au message prĂ©ventif de la police, lâessentiel de son activitĂ© Ă©tant la chasse Ă lâusager de drogues.
Câest sur le terrain que lâimage de la police doit ĂȘtre restaurĂ©e, et pas Ă la faveur dâopĂ©rations comâ dans les Ă©tablissements scolaires, qui ne correspondent pas Ă lâinformation appropriĂ©e.
ObĂ©issant Ă la philosophie de la prohibition, le message dĂ©livrĂ©, celui qui sera retenu, sera in fine celui de la rĂ©pression. La prĂ©vention contre les dangers des drogues a vite fait de se muer en peur. La peur du flic, la peur dâĂȘtre embarquĂ©, celle de se faire punir par les parents quand ils viennent rĂ©cupĂ©rer un mineur au commissariat.
Lâinterdit pĂ©nal est aveugle. Lâinterdit pĂ©nal nâexplique pas pourquoi la drogue est une conduite Ă risques, et nâa rien de pĂ©dagogique.
Lâinterdit Ă©ducatif câest justement la parole sans tabou, dans les Ă©coles et dans les familles. La peur nâĂ©vite pas le danger, et lâinterdit strict attise la curiositĂ©.
On devrait pouvoir parler de la drogue comme du tabac ou de lâalcool, et ĂȘtre en mesure dâexpliquer sereinement les risques, sans dramatiser outre-mesure. Avec un peu dâhabiletĂ© dans le discours prĂ©ventif Ă lâattention dâun jeune, il est mĂȘme possible de glisser des conseils de consommation « au cas oĂč » sans sembler ĂȘtre suspicieux. Il faut ĂȘtre lucide sur l’appĂ©tit d’expĂ©riences des jeunes, et oser aborder le sujet.
Mais pour ça, il faudrait évidemment que la diffusion de messages de prévention à destination des jeunes en particulier, des familles et des écoles, et de tous les concernés par la drogue en général, soit décomplexée et accessible.
Lâarticle L.3421-4 du CSP constitue une sorte dâentrave de plus : parler de drogues, qui plus est Ă des mineurs, est un exercice dĂ©licat quand estimant que la menace de la rĂ©pression est inopĂ©rante, un manque de sĂ©vĂ©ritĂ© peut ĂȘtre interprĂ©tĂ© comme une incitation ou de la nĂ©gligence.
Pour les policiers et gendarmes, lâimplication dans la rĂ©duction des risques doit se limiter aux situations de terrain et dâurgence.
- Connaissance des CAARUD et CSAPA de secteur pour crĂ©er des contacts et une forme de partenariat, et ĂȘtre en mesure dây orienter des usagers, des parents.
- Un savoir de base sur les drogues les plus consommées et les plus présentes sur le secteur, et celles présentant le plus de risques.
- Et peut-ĂȘtre un jour, une dotation de kits de Naloxone pour venir en aide aux victimes dâoverdose, quâil sâagisse de drogues illicites ou de mĂ©dicaments opioĂŻdes.
Le collectif Police Contre la Prohibition
Paris, le 10 mars 2020
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