Le rÎle primordial des « fincas »
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Cette longue enquĂȘte a vu des choses rĂ©pĂ©titives se produire : des arrivĂ©es dâavions, dans des endroits bien prĂ©cis. Des pistes dâatterrissages clandestines, souvent situĂ©es dans des propriĂ©tĂ©s terriennes agricoles appelĂ©es lĂ -bas « fincas » (synonyme en quelque sorte des haciendas andalouses importĂ©es en AmĂ©rique du Sud). Si bien quâil est normal dâen arriver Ă Ă©tudier en dĂ©tail quelques unes dâentre elles, qui, surprise, se dĂ©tectent assez vite sur Google Earth, Ă croire que lâarmĂ©e vĂ©nĂ©zuĂ©lienne est incapable de les voir elle-mĂȘme avec un outil qui nâa pourtant rien de militaire. Ou ne souhaite pas les voir, car on en trouve vite de beaux exemplaires, en effet, en cherchant de cette maniĂšre: toutes Ă©quipĂ©es de leur piste particuliĂšre, le plus souvent celle dâappareils destinĂ©s Ă Â lâĂ©pandage agricole et dĂ©tournĂ©es ainsi de leur fonction premiĂšreâŠ
Des « fincas », de grandes propriĂ©tĂ©s terriennes, vous-avais-je dit, dans le Cojedes, pour accueillir les avions de la drogue, tel que celui-ci, le Cessna XB-NVX, tombĂ© en mai 2015  à  El BaĂșl, admirĂ© de prĂšs par des hommes venus Ă cheval de la finca « Cañaote » (1) ? On avait dĂ©couvert Ă bord  deux cadavres et prĂšs dâune demi-tonne de cocaĂŻne, mais aussi deux passeports Ă©trangers, des tĂ©lĂ©phones dont un satellitaire et lâindispensable GPS, en deux exemplaires⊠la panoplie complĂšte du trafiquant.  Ce nâest pas ce qui manque, en effet, des « fincas » de ce genre, certaines Ă©quipĂ©es dâune piste dâatterrissage bien meilleure quâune piste de terre mal entretenue. MĂȘme Google Earth peut vous en trouver, Ă croire que les services de Maduro ne sont pas Ă©quipĂ©s de cette recherche trop « capitaliste » Ă leur goĂ»t, Ă coup sĂ»r.  Dans le Cojedes ou dans lâEtat voisin, dâailleurs.
 Tenez, celle-ci, situĂ©e au 9° 2â14.95âłN et 67°46â51.71âłO, câest Ă dire Ă moins de 5 km au sud-est de Hato San Teresa, un autre finca, et Ă moins de Guardatinajas, un des petits villages de la municipalitĂ© de SebastiĂĄn Francisco de Miranda, dans lâĂtat de GuĂĄrico au Venezuela.
Une citĂ© dont je vous ai dĂ©jĂ parlĂ© ici-mĂȘme, avec ce fameux Cessna 421 retrouvĂ© prĂȘt Ă partir (loin) avec ses effarantes provisions de combustibleâŠ

Et on en trouve dâautres, de pistes, parfois longues de plus dâun kilomĂštre. Dont une Ă lâest de Zaraza, Ă moins de 100 km de la cĂŽte Nord (9°21â0.96âłN,  65°13â15.24âłO). Ou encore lĂ , au 9°12â6.51âłN, 66°18â32.19âłO), Ă savoir au nord-ouest de San Nicola, avec son apparence dâaĂ©roport complet :

Ou encore en sâapprochant vers lâĂ©tat de Cojedes avec (9° 7â49.27âłN, 66°23â14.94âłO) liĂ©e elle aussi Ă une « finca« , au nord-nord ouest de Mercedes del Lano :

Pour se faire une idĂ©e de ce genre dâatterrissage en Apure mĂȘme, voici celui dâun Cessna Ă Â Sabanas de Alto Apure, village fort touristique Ă paysage de savane tropicale aux abords de la Colombie. Lâavion est le Cessna YV1763. On peut voir que câest plutĂŽt sportif en plein jour, en imaginant que les trafiquants font ça plutĂŽt de nuit. On ne peut pas parler de piste, mais plutĂŽt de chemin dont le seul guide est la trace laissĂ©e par le dĂ©collage ou lâatterrissage prĂ©cĂ©dentâŠÂ On notera Ă la fin lâaide prĂ©cieuse apportĂ©e par le Garmin GPS Map modĂšle 196(copie dâĂ©cran ici Ă droite (2). Se poser la nuit de la sorte reprĂ©sente quand mĂȘme une belle prouesse. Les pilotes qui le font ne peuvent ĂȘtre des novices : souvent leur Ăąge dĂ©passe en effet la cinquantaine.
Lâimplication obligatoire des militairesÂ
Le systĂšme des fincas accueillant les avions ne marche pas quâavec des paysans sans le sou et de riches trafiquants. Câest bien dâun narco-Ă©tat dont parle dĂ©sormais Cardoza, qui dĂ©nonce aussi le rĂŽle des militaires : « Il ne sâagit pas seulement de troupeaux et de propriĂ©taires, mais il y a quelque chose au-delĂ : une collaboration officielle. Il serait beaucoup plus compliquĂ© pour les rĂ©seaux de trafic de drogue dâĂ©tendre leurs activitĂ©s si le personnel militaire, sous une forme ou une autre, nâĂ©tait pas impliquĂ©. Il nâest pas possible, en tant que pays, dâavoir une prĂ©sence dans les ports et les aĂ©roports europĂ©ens sâil nây a pas un niveau de complicitĂ© structurelle qui garantit le passage des drogues », a dĂ©clarĂ© Julio Montoya (il est dĂ©putĂ©), ajoutant: « Le Venezuela a progressivement remplacĂ© les cartels de Medellin et Cali, pour une nouvelle caste militaire  » (âŠ) Il est trĂšs difficile de dĂ©terminer combien de soldats sont impliquĂ©s dans lâentreprise. Le gouvernement nâa pas entamĂ© dâenquĂȘtes formelles Ă cet Ă©gard. La justice locale exige des Ă©claircissements sur certains points. Par exemple, dâenquĂȘter sur leur proportion et sur le thĂšme du « cartel des soleils » et de savoir si cela  nâattaque pas les forces armĂ©es, parce quâelle croit avoir plusieurs gĂ©nĂ©raux impliquĂ©s dans le trafic de drogue et que cela gĂ©nĂšre une dĂ©moralisation et la dĂ©motivation « , explique lâassemblĂ©e ». Lâhomme mis en cause Ă©tant bien entendu Walid Makled celui par qui tout est arrivĂ© :  « ces sentiments se dĂ©veloppent lorsque lâexistence dâune route appelĂ© Makled est mise en Ă©vidence.  » Walid Makled, qui est arrivĂ© Ă avoir une carte de la Garde nationale, une autre de la Cour suprĂȘme de justice (TSJ) et des concessions â presque une coutume privĂ©e de lâaĂ©roport de Michelena Ă Valence. Il a Ă©galement contrĂŽlĂ© prĂšs de 30% des exploitations de Puerto Cabello et un crĂ©dit de concession dâUrea dans Pequiven, qui a utilisĂ© comme prĂ©curseur dans le chlorhydrate de cocaĂŻne pour remplacer lâacĂ©tone, entre autres « , a dĂ©clarĂ© le lĂ©gislateur. Le dĂ©putĂ© dit que lâenquĂȘte a dĂ©terminĂ© que la route Ă©tait vers Arauca, Alto Apure â et les zones adjacentes de lâĂ©tat. Par terre ou par avion, il est arrivĂ© Ă Valencia et plus tard en AmĂ©rique Centrale. Makled lui-mĂȘme a dĂ©clarĂ© lors dâune interview avec UnivisiĂłn en 2011 quâ « à San Fernando de Apure arrivent chaque jour, cinq ou six avions sont chargĂ©s de cocaĂŻne au Honduras, du Honduras au Mexique et du Mexique aux Ătats-Unis », tout en soulignant des complicitĂ©s supposĂ©es de lâarmĂ©e vĂ©nĂ©zuĂ©lienne. Pour Montoya, « il Ă©tait clair quâApure nâest pas protĂ©gĂ©. Lâextension de lâĂ©tat et les conditions gĂ©ographiques favorisent les indices clandestins dans de nombreuses fermes et favorisent le dĂ©veloppement des narco-opĂ©rations « . Le dĂ©putĂ© Julio Montoya affirme que Apure est mentionnĂ© dans les dossiers internationaux sur la question, car câest une route terrestre qui tend les routes vers la Colombie. Câest aussi une voie aĂ©rienne vers lâAmĂ©rique centrale, le Mexique et les Ătats-Unis. En plus petite dimension vers le BrĂ©sil. « Cela a dĂ©clenchĂ© diverses opĂ©rations comme celle du Clotilde: le blanchiment dâargent qui comprenait des gens de la Banque dâAndorre et de la Mafia russe. La DEA, avec le gouvernement colombien et mexicain, Ă©tudie la zone pour les connexions avec le «cartel de Sinaloa». Les faits concluants ont montrĂ© une relation Ă©troite entre le «Cartel de Sinaloa» et ce que lâon appelle au Venezuela le Cartel de los Soles, quâon ne sait pas sâil sâagit dâune affiche avec ses propres caractĂ©ristiques ou son travail pour le Sinaloa », a-t-il expliquĂ©. Montoya, en rappelant que «Apure est le lieu du passage». Le 2 mars 2016, le chef des crimes spĂ©ciaux de DIJIN, la police judiciaire colombienne, a dĂ©clarĂ© quâil avait dĂ©mantelĂ© un rĂ©seau de trafic de cocaĂŻne qui «a dĂ©placĂ© environ deux tonnes et demi par mois aux Ătats-Unis, liĂ© aux cartels vĂ©nĂ©zuĂ©liens, Honduriens et avec lâaffiche du Zeta au Mexique « . Selon le fonctionnaire, 12 personnes ont Ă©tĂ© capturĂ©es, « parmi lesquelles le responsable du rĂ©seau, les partenaires capitalistes, les propriĂ©taires de laboratoires, les routes, les moyens de transport et les liens internationaux », a dĂ©clarĂ© DIJIN dans un communiquĂ© dĂ©taillant que  » opĂ©rĂ© par voie aĂ©rienne dans des pistes clandestines dans lâĂtat vĂ©nĂ©zuĂ©lien dâApure avec des stupĂ©fiants qui partent pour que le Honduras soit distribuĂ© Ă diffĂ©rentes cartels « , a citĂ© un cĂąble de lâagence de presse AFP. Â
Sur Makled lire ici ce qui a été rédigé en 2015.
Les militaires visés : enfin des noms !
« Un cas rĂ©cent concerne cinq hauts fonctionnaires militaires, dont le colonel dâAviation Rafael Ponce Delgado, ĂągĂ© de 46 ans, accusĂ© par le ministĂšre public dâaggraver le trafic illicite de stupĂ©fiants et de substances psychotropes, une association pour commettre des crimes et la formation de groupes armĂ©s. Il Ă©tait responsable de la zone de communication de la Tour de contrĂŽle de lâaĂ©roport de Las Flecheras Ă San Fernando. Des crimes semblables ont Ă©tĂ© attribuĂ©s au commandant de la Force aĂ©rienne de base de Sucre (Maracay), le Major Fernando Antonio Silva (40 ans); et au capitaine Rafael Vargas Arreaga (37 ans ) rattachĂ© au groupe de soutien logistique de ladite base; au lieutenant Rider JosĂ© Silva (36 ans); appartenant au dĂ©partement de supervision et de contrĂŽle 2911 de lâescadron de surveillance et de contrĂŽle de la ville de San Fernando de Apure; en plus du lieutenant Juan JosĂ© Mujica (24 ans), qui a travaillĂ© dans cette dĂ©pendance. Ont Ă©galement participĂ© le major militaire retraitĂ© Fernando Alonzo Pereira LeĂłn (68 ans); et son frĂšre, le second sergent technique de la Garde nationale bolivarienne, Jonny Alfredo Pereira LeĂłn (48 ans). Selon le 7e et 30e bureau du Procureur national de lâĂtat dâAragua, par Marisela de Abreu et Eylin Ruiz, «lâenquĂȘte date du 18 mai 2015 lorsquâil a Ă©tĂ© signalĂ© Ă la Direction gĂ©nĂ©rale du contre-espionnage militaire quâun groupe de personnes appartenant Ă plusieurs composantes des forces armĂ©es nationales bolivariennes, ont Ă©tĂ© prĂȘtĂ©es pour permettre les dĂ©parts et les entrĂ©es dâaĂ©ronefs non autorisĂ©s par le Commandement stratĂ©gique opĂ©rationnel du territoire aĂ©rien vĂ©nĂ©zuĂ©lien « . Non prĂ©cisĂ©, le ministĂšre public a rĂ©vĂ©lĂ© quâun officier militaire de haut rang, pour faciliter les vols illicites sans rapport, a offert de payer une somme importante en dollars par mois. Aucun des fonctionnaires nâa Ă©tĂ© reconnu coupable et lâenquĂȘte est en cours. Cependant, Juan JosĂ© Gil Flores (58 ans), LĂ©on DarĂo (59 ans) et son frĂšre Cesar MarĂn Zapata (42 ns), ainsi que JosĂ© Omar Umaña (49 ans), ont Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă cinq ans de prison et ont admis les trois crimes mentionnĂ©s. Une dĂ©cision de la Cour dâAppel est attendue, alors que le Bureau du Procureur ne sera pas dâaccord avec la peine et fera appel de la dĂ©cision. »
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