Le 1er juillet, la police italienne du port de Salerne a annoncé avoir intercepté 84 millions de comprimés de Captagon contrefaits.
Le Captagon contrefait – qui n’est parfois qu’un cocktail d’amphĂ©tamines sans fĂ©nĂ©thylline – reste en demande sur le marchĂ© noir du Moyen-Orient. Les pilules interceptĂ©es Ă Salerne sont arrivĂ©es sur trois navires en provenance de LattaquiĂ©, un port syrien, et la police italienne a rapidement annoncĂ© que l’Ătat islamique Ă©tait responsable de leur production et de leur expĂ©dition – prĂ©tendument pour financer ses opĂ©rations terroristes mondiales.
Les mĂ©dias mondiaux ont diffusĂ© les informations fournies par la police italienne sans la remettre en question, reproduisant des informations erronĂ©es sans se demander comment un groupe dispersĂ© de membres de l’Ătat islamique pourrait mener Ă bien une telle opĂ©ration – mais la vĂ©ritĂ© est que ce n’est probablement pas le cas.
(QuestionnĂ© Ă l’Ă©poque par Thierry ColombiĂ©, Marc Fievet d’Aviseur international avait totalement remis en cause la version des autoritĂ©s.)
En effet, il est plus probable que le rĂ©gime du prĂ©sident syrien Bashar al-Assad participe Ă la production de Captagon, en rĂ©coltant un profit qu’il peut investir dans ses campagnes armĂ©es contre les civils et endommageant la santĂ© de nombreux Syriens qui sont dĂ©sormais dĂ©pendants des amphĂ©tamines aprĂšs ces annĂ©es de guerre.
Le gouvernement syrien joue un rÎle dans le trafic de drogue depuis les années 90.
 «Lorsque la Syrie a envahi le Liban dans les annĂ©es 90, de nombreux rapports ont montrĂ© que lâarmĂ©e syrienne aidait et encourageait la production de haschich et dâopium dans la vallĂ©e de la Bekaa», a dĂ©clarĂ© Laurent Laniel, analyste Ă lâObservatoire europĂ©en des drogues et des toxicomanies.
La production de captagon a prospĂ©rĂ© en Syrie aprĂšs 2013, lorsqu’une rĂ©pression au Liban voisin a probablement forcĂ© le Hezbollah Ă dĂ©localiser ses opĂ©rations de production de drogue Ă cĂŽtĂ©. Le changement est venu Ă un moment opportun pour le rĂ©gime syrien, car il avait besoin d’argent pour financer sa campagne militaire contre les groupes rebelles.
PrĂšs dâune dĂ©cennie aprĂšs le dĂ©but de la guerre civile en Syrie, la production de Captagon continue dâaugmenter.
Le Captagon contrefait est relativement facile Ă produire.
Un espace d’usine n’est pas nĂ©cessaire, seulement une piĂšce assez grande pour accueillir une presse Ă pilules et quelques ingrĂ©dients, qui sont faciles Ă obtenir. L’Ă©conomie informelle du trafic de drogue est une «bouĂ©e de sauvetage pour le rĂ©gime d’Assad», a dĂ©clarĂ© Caroline Rose, co-auteur d’un rapport sur Captagon produit par l’UnitĂ© de politique internationale sur les drogues de la London School of Economics.
La majoritĂ© des sites de production de Captagon en Syrie se trouvent dans des zones contrĂŽlĂ©es par le rĂ©gime, selon Abu Jaâfar, un ancien chauffeur de camion qui travaillait entre Homs, Rif-Dimashq et Alep. «Vous nâavez besoin que de quelques maisons dĂ©sertes et de quelques travailleurs supervisĂ©s par une personne ayant de solides relations», a dĂ©clarĂ© Abu Jaâfar, qui a demandĂ© lâutilisation dâun pseudonyme par souci de sĂ©curitĂ©. Les localitĂ©s sont rĂ©parties dans les banlieues d’Alep, Damas et LattaquiĂ©, ainsi qu’Ă Homs, Qusayr et Tal Kalakh, a-t-il dĂ©clarĂ©.