Au dĂ©but des annĂ©es 2010, les quartiers nord de la ville sont vampirisĂ©s chaque jour un peu plus par les trafics de drogue, sur fond de rĂšglements de comptes entre gangs rivaux. Un phĂ©nomĂšne relativement nouveau Ă lâĂ©poque. Place Beauvau Ă Paris, les ministres de lâIntĂ©rieur qui se succĂšdent rĂ©clament des saisies aussi nombreuses et volumineuses que possible. La pression redescend ensuite jusquâaux chefs de groupe de la Bac et Ă leurs hommes.
Pour les méthodes, la hiérarchie préfÚre de ne pas savoir. Pourvu que les résultats soient au rendez-vous.
Affranchis de la procĂ©dure pĂ©nale et dopĂ©s Ă lâadrĂ©naline
Câest dans ce contexte que prospĂšre une culture dĂ©viante chez les « Baqueux » Ă Paris et en Seine-Saint-Denis comme dans la citĂ© phocĂ©enne. A Marseille, affranchis de la procĂ©dure pĂ©nale et dopĂ©s Ă lâadrĂ©naline, ils sâautorisent toutes les dĂ©rives. Perquisitions illĂ©gales « Ă la mexicaine » dans le but de mettre la main sur des produits stupĂ©fiants ou de lâargent, prĂ©lĂšvements de barrettes de shit ou de liasses de billets au cours dâinterpellations rĂ©alisĂ©es hors de toute procĂ©dure, saisies pour leur compte personnel des cartouches de cigarettes de contrebandeâŠ
SĂ©bastien Bennardo, ex-membre de la Bac Nord, publiera mĂȘme un livre sur le sujet. Aujourdâhui, il ne veut plus parler de cette affaire. « Elle ne mâa causĂ© que des problĂšmes », souffle-t-il.
La justice est alertée par Alain GardÚre, le préfet de police de Marseille.
« CâĂ©tait lâomerta »
Le procureur de la RĂ©publique de Marseille, Jacques Dallest, Ă©voque alors lâexistence dâun « systĂšme » et dâ« une gangrĂšne » qui aurait frappĂ© la Bac Nord. Lâaffaire prend une rĂ©sonance nationale.
Partie sur les chapeaux de roues, lâinstruction sâenlise ensuite au fil de sept longues annĂ©es.
« Cette affaire illustre lâambiguĂŻtĂ© de ce quâon attend des policiers de base »
En juin 2019, Pierre Philippon, le dernier juge dâinstruction en charge du dossier, finit par ordonner le renvoi de dix-huit anciens membres de la Bac devant le tribunal correctionnel, notamment pour vols en rĂ©union de produits stupĂ©fiants, dâargent ou de cigarettes « par personnes dĂ©positaires de lâautoritĂ© publique dans lâexercice de leurs fonctions ». Les charges de nature criminelle (extorsion et violences volontaires en bande organisĂ©e) sont abandonnĂ©es, faute de preuves. PrĂšs dâune dĂ©cennie plus tard, ces hommes ĂągĂ©s entre 37 et 60 ans doivent donc ĂȘtre jugĂ©s Ă partir de ce lundi par le tribunal correctionnel de Marseille. Les charges les plus lourdes sont passibles de peines pouvant aller jusquâĂ dix ans dâemprisonnement.