RĂ©mi Delatte est dĂ©putĂ© Les RĂ©publicains de CĂŽte-d’Or. Il participe Ă la mission d’information sur le cannabis mais se dĂ©solidarise de son troisiĂšme rapport publiĂ© ce 5 mai. Ce dernier propose de lĂ©galiser la substance. L’Ă©lu prĂŽne un dispositif plus rĂ©pressif et prĂ©ventif.
C ‘esr ce mercredi 5 mai que les rapporteurs de la troisiĂšme mission parlementaire sur lâusage du cannabis Caroline Janvier, Ă©lue LREM du Loiret et Jean-Baptiste Moreau, Ă©lu LREM de la Creuse, ont prĂ©sentĂ© le bilan des dĂ©putĂ©s qui ont participĂ© aux Ă©changes. Dans le rapport, ils prĂ©conisent la lĂ©galisation du cannabis rĂ©crĂ©atif et la suppression du « tout rĂ©pressif ».
Pourquoi avez-vous dĂ©cidĂ© de vous dĂ©solidariser du troisiĂšme rapport de la mission dâinformation relative aux usages de la drogue ?
RĂ©mi Delatte : On a une mission qui a travaillĂ© pendant presque un an et demi et qui a rĂ©alisĂ© trois rapports distincts. Un sur le cannabis thĂ©rapeutique. Lâautre sur le cannabis de bien-ĂȘtre. Un troisiĂšme sur le cannabis dit rĂ©crĂ©atif. La premiĂšre partie de ce troisiĂšme rapport porte sur le diagnostic. Si on partage le constat du manque d’efficacitĂ© du droit actuel en matiĂšre de lutte contre la consommation de stupĂ©fiants, on nâest pas du tout dâaccord avec la proposition de lĂ©galisation du cannabis qui est faite dans la deuxiĂšme partie du rapport.
Il ne faut pas le faire comme cela, sur le coin dâune table. Cela nĂ©cessite de sâappuyer sur une concertation beaucoup plus large. LâopportunitĂ© offerte par le prĂ©sident de la RĂ©publique qui veut organiser un grand dĂ©bat sur le sujet est trĂšs intĂ©ressante. Il ne faut pas partir dâemblĂ©e sur lâidĂ©e que la lĂ©galisation rĂšglera le problĂšme. Il ne faut pas traiter ça Ă la lĂ©gĂšre, rapidement, en pensant quâil nây a quâune seule solution. Il faut ĂȘtre mesurĂ©.
Ce rapport propose une lĂ©galisation encadrĂ©e et rĂ©gulĂ©e, avec un Ătat producteur et lâinterdiction de la vente aux mineurs. Pourquoi nâest-ce pas une solution selon vous ?
DerriĂšre, il y a un message qui va ĂȘtre induit. Si câest lĂ©gal, câest quâon peut le faire. Câest un message qui va Ă lâinverse de ce que nous souhaitons, Ă savoir protĂ©ger nos populations de la consommation de drogue et de cannabis. Les jeunes sâexposent Ă des consĂ©quences graves avec des problĂšmes irrĂ©versibles. On a le devoir de protĂ©ger nos populations.
Et puis on vient dâautoriser les expĂ©rimentations sur le cannabis thĂ©rapeutique. Il faut avancer pas aprĂšs pas et ne pas engager une autorisation sur la consommation de cannabis tous azimuts. Il faut une progression avec beaucoup dâhumilitĂ©, faisons-le sans passion et avec objectivitĂ©, en sâappuyant sur une concertation la plus large possible.
Pourtant au Canada et dans 15 Ătats amĂ©ricains, la lĂ©galisation semble se traduire par une baisse de la consommation des mineurs et une rĂ©duction du marchĂ© noir. Le trafic a diminuĂ© de 60% au CanadaâŠ
Sur les marchĂ©s au Canada, il y a des faits culturels importants Ă prendre en compte. Lâapproche dans nos cultures europĂ©ennes et françaises est diffĂ©rente. Les pays Ă©trangers en Europe qui se sont engagĂ©s sur la lĂ©galisation du cannabis ne dressent pas un constat forcĂ©ment trĂšs positif. On nâa pas aujourdâhui dâĂ©lĂ©ments qui nous prouvent que câest la bonne solution.
Face au camp de la lĂ©galisation, il y a celui du rĂ©pressif. Pourtant, le tout rĂ©pressif ne ferait pas ses preuves selon le rapport. De 2012 Ă 2018, le budget allouĂ© aux forces de lâordre en la matiĂšre a augmentĂ©, mais la France est le premier pays dâEurope en termes de consommation du cannabis.
Il faut peut-ĂȘtre ĂȘtre beaucoup plus ferme dans lâapplication du droit actuel. On se donne vraiment tous les moyens pour combattre les rĂ©seaux ? Je nâen suis pas sĂ»r. Quand on voit lâĂ©volution de la violence, je crois quâil faut quâon soit trĂšs prudent, trĂšs ferme, ne pas laisser penser que câest un sujet qui peut ĂȘtre banalisĂ©.
On est dans un dispositif rĂ©pressif qui nâa pas Ă©tĂ© complĂštement appliquĂ©, quâil convient de renforcer. Le cĂŽtĂ© rĂ©pressif est nĂ©cessaire pour mettre Ă mal les rĂ©seaux de trafiquants, mais ce nâest pas la seule voie. Jâinsiste beaucoup sur la prĂ©vention pour les publics jeunes.
La consommation de cannabis des mineurs en France est deux fois supĂ©rieure Ă la moyenne europĂ©enne. La lĂ©galisation pourrait engendrer 2 millions dâeuros de taxes, rĂ©investis ensuite dans la prĂ©vention.
Ăa, câest un faux argument. Les moyens on peut les trouver autrement. Le quoiquâil en coĂ»te, il est complĂštement adaptĂ© Ă cette situation. Les taxes ne font pas tout, il y a des marchĂ©s parallĂšles qui sâorganisent sur le tabac par exemple. En augmentant les taxes, on vend peut-ĂȘtre moins de volumes de tabac mais on a créé des rĂ©seaux parallĂšles, de la contrebande. Il ne faut pas retomber dans les mĂȘmes travers.
On voit bien que lâon nâest pas bon en termes de prĂ©vention. Si les jeunes consomment toujours plus, câest quâon ne les a pas suffisamment alertĂ©s sur les consĂ©quences pour leur santĂ©. Je crois quâil faut une politique de prĂ©vention plus engagĂ©e au niveau de lâĂ©ducation nationale et dans la vie courante.
Une consultation en ligne lancĂ©e mi-janvier montre que la lĂ©galisation est plĂ©biscitĂ©e par 80% des 250.000 participants. Lutter contre la lĂ©galisation, ce nâest pas aller Ă lâencontre de la sociĂ©té ?
Câest une consultation dont lâexercice Ă©tait intĂ©ressant. Câest assez reprĂ©sentatif câest vrai. On est bien conscient en effet que la lĂ©gislation actuelle ne permet pas de rĂ©gler le sujet. Je ne dis pas quâil ne faut pas faire Ă©voluer les choses. Il y a une Ă©volution sociĂ©tale. Si on veut rĂ©pondre aux attentes de notre sociĂ©tĂ©, on ne doit pas non plus lâexposer Ă des risques non maĂźtrisĂ©s et contrĂŽlĂ©s. Faire Ă©voluer la lĂ©gislation, sans doute, mais il y a plusieurs voies possibles. La lĂ©galisation nâest pas la seule solution que lâon peut proposer Ă nos concitoyens.
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