FRANCE đŸ‡«đŸ‡· (Stups) : pour les analystes du Sirasco, le narco-business est dĂ©sormais devenu la « matrice criminelle » gĂ©nĂ©rant « une multitude d’autres activitĂ©s illĂ©gales ou lĂ©gales Â»

Les profits colossaux gĂ©nĂ©rĂ©s par cette activitĂ© illĂ©gale alimentent un cycle sans fin de violences et de prĂ©varication. Le rapport annuel du service d’analyse stratĂ©gique de la police judiciaire estime que « l’émergence de la corruption dans la sphĂšre politique est une menace dĂ©sormais identifiĂ©e ».

par Antoine Albertini, Simon Piel, Thomas Saintourens

C’est un panorama du crime, une immersion parmi les « voleurs dans la loi » gĂ©orgiens, les « cults » nigĂ©rians, mais aussi les gangs de motards et le grand banditisme corse, qui Ă©tend ses ramifications jusqu’à DubaĂŻ. Le rapport du service d’information, de renseignement et d’analyse stratĂ©gique sur la criminalitĂ© organisĂ©e (Sirasco) pour les annĂ©es 2021 et 2022, que Le Monde a pu consulter, tient Ă  la fois d’un atlas des groupes criminels organisĂ©s les plus actifs et du plan d’action contre neuf menaces prioritaires : le trafic de stupĂ©fiants, la traite des ĂȘtres humains, la pĂ©docriminalitĂ©, la criminalitĂ© financiĂšre, la cybercriminalitĂ©, les atteintes aux biens, la contrefaçon de marchandises, la criminalitĂ© liĂ©e aux courses et jeux et la criminalitĂ© en matiĂšre environnementale.

Premier constat : si ses activitĂ©s illĂ©gales traditionnelles (extorsion, braquages, escroqueries) persistent, le crime organisĂ© a su tirer les leçons de la crise sanitaire liĂ©e Ă  la pandĂ©mie de Covid-19 et investir durablement dans la gestion Ă  distance de nouvelles niches, comme la prostitution logĂ©e, l’ubĂ©risation du trafic de drogues ou le live streaming, c’est-Ă -dire la commande de viols d’enfants en direct, « qui a connu une nette expansion lors de la pandĂ©mie et perdure depuis Â». Preuve de « sa capacitĂ© de rĂ©sistance et de rĂ©silience (
), note le rapport, l’aspect le plus marquant est celui du haut niveau d’évolution technologique des groupes criminels organisĂ©s», passĂ©s maĂźtres dans l’utilisation de drones pour le repĂ©rage avant les cambriolages et pionniers du blanchiment grĂące aux cryptoactifs.

Mais, sans surprise, les analystes du Sirasco consacrent une large part de leur rapport au trafic de stupĂ©fiants, non plus seulement source de colossaux profits mais dĂ©sormais « matrice criminelle » gĂ©nĂ©rant « une multitude d’autres activitĂ©s illĂ©gales ou lĂ©gales ».

En 2021 et 2022, « 80 % des rĂšglements de compte, 25 % des armes saisies et 2,7 milliards d’euros de profits » ont dĂ©coulĂ© de cette activitĂ©.

Les enquĂȘtes rĂ©centes dĂ©montrent que chaque grande organisation criminelle internationale mĂšne sa propre « stratĂ©gie française Â», avec le trafic de drogues comme matrice. Mafias italiennes, « Mocro Maffia Â» belgo-nĂ©erlandaise, mais aussi groupes balkaniques, russophones, asiatiques ou latino-amĂ©ricains : aucun ne manque au tableau dressĂ© par le Sirasco, faisant de la France un pays de consommation majeur en Europe, mais aussi une zone de transit.

Niveaux record de saisie

Certes, de vĂ©ritables succĂšs ont jalonnĂ© l’épuisant combat menĂ© contre le trafic de stupĂ©fiants. Pour la seule annĂ©e 2021, pas moins de quatre narcocaĂŻds d’envergure internationale ont Ă©tĂ© apprĂ©hendĂ©s au Maroc et Ă  DubaĂŻ et, pour trois d’entre eux, extradĂ©s vers la France. Les parrains marseillais Hakim Berrebouh et Karim Harrat, alias le Rent, qui n’ont pas encore Ă©tĂ© jugĂ©s, ou Moufide Bouchibi, baron du cannabis condamnĂ© Ă  dix-huit ans de prison en 2022.La mĂȘme annĂ©e, Sofiane Hambli, l’un des principaux importateurs de cannabis en France, a quant Ă  lui Ă©copĂ© de vingt ans de rĂ©clusion au Maroc.

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