GUINÉE-BISSAU đŸ‡ŹđŸ‡Œ : les narcotrafiquants et les coups d’État

Ce samedi 2 dĂ©cembre 2023, Umaro Sissoco Embalo, prĂ©sident de GuinĂ©e-Bissau, a dĂ©noncĂ© une « tentative de coup d’État » aprĂšs des affrontements entre l’armĂ©e et des Ă©lĂ©ments des forces de sĂ©curitĂ© qui ont fait au moins deux morts dans la nuit du jeudi 30 novembre au vendredi 1er dĂ©cembre 2023.

Une demi-surprise dans un pays considĂ©rĂ© comme la porte d’entrĂ©e du trafic de cocaĂŻne sur le continent africain. Des informations rĂ©vĂ©lĂ©es par une enquĂȘte de mĂ©dias allemands Ă  laquelle la DW a eu accĂšs. 

Pour comprendre comment le fils de l’ancien  chef d’État a voulu renverser le prĂ©sident de son pays, il faut remonter au 27 novembre 2021, deux mois avant la tentative de putsch.

Nous sommes alors à Francfort-sur-le-Main, dans l’ouest de l’Allemagne. 

Un vĂ©hicule se dirige vers une pizzeria, on y parle de « grosses affaires ». À bord, des marchands de drogue prĂ©sumĂ©s de la mafia calabraise N’drangheta. Parmi eux, aussi, celui que les Calabrais appellent  « Il Politico », le politicien.  Il s’agit de Malam Bacai Junior, fils de l’ancien prĂ©sident bissau-guinĂ©en, Malam Bacai Sanha, dĂ©cĂ©dĂ© le 9 janvier 2012, en France. Le vĂ©hicule est sur Ă©coute. 

Depuis des annĂ©es, les enquĂȘteurs italiens de la lutte contre la mafia, s’intĂ©ressent Ă  deux clans calabrais dans la rĂ©gion de Francfort. La police criminelle de Francfort veillait aussi au grain. Un mois plus tard, Malam Bacai Junior revient Ă  Francfort pour une autre rencontre avec les mafieux calabrais. 

Arrestation de Malam Bacai Junior

Mais, c’est en 2022 qu’il est piĂ©gĂ© puis arrĂȘtĂ© en Tanzanie par la DEA (agence amĂ©ricaine anti-drogue). Des conversations entre des narcos, des agents infiltrĂ©s de la DEA et Malam Bacai Junior sont enregistrĂ©es et transcrites afin d’Ă©tayer l’accusation portĂ©e devant un tribunal de l’Etat du Texas contre le fils de l’ancien prĂ©sident bissau-guinĂ©en.

Malam Bacai Junior y confie avoir financĂ© le putsch grĂące Ă  l’argent du trafic de drogue. Le coup d’Etat aurait dĂ» marcher si tout s’était dĂ©roulĂ© comme il l’avait prĂ©vu, poursuit Malam Bacai Junior. 

L’objectif Ă©tait de renverser l’actuel prĂ©sident bissau-guinĂ©en, Umaro Sissoco Embalo, qui, affirme le fils de l’ancien chef de l’Etat, s’en prend trop directement aux narcotrafiquants.  Le but aurait Ă©tĂ© ensuite de rĂ©tablir les habitudes du narco-État qu’était la GuinĂ©e-Bissau Ă  l’époque de la prĂ©sidence de son pĂšre, Malam Bacai Sanha, entre 2009 et 2012. 

Malam Bacai Junior avait alors occupĂ© plusieurs postes au gouvernement. Il Ă©tait aussi conseiller Ă  la prĂ©sidence.   

David Klaubert travaille pour le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il explique qu’en « lisant les documents, on comprend que Malam Bacai Junior Ă©tait une personne trĂšs active dans le trafic de drogue, il vendait aussi bien de l’hĂ©roĂŻne que de la cocaĂŻne. On dit qu’il aurait pu servir d’intermĂ©diaire dans des affaires entre la guĂ©rilla en Colombie, le Hezbollah au Liban et la mafia italienne« .

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