Tandis que la France se lance dans les opérations « Place nette XXL », l’Allemagne légalise le cannabis à usage récréatif accentuant encore le fossé qui sépare désormais les deux pays.
Et de nombreux voisins comme les Pays-Bas, la Suisse ou l’Espagne pourraient suivre l’exemple allemand, accentuant la solitude française. Signalons à ce propos que, contrairement à une légende tenace, les Pays-Bas n’ont jamais légalisé le cannabis et que les fameux « coffee shops » sont une tolérance, dont le seul but est de faire en sorte que des personnes qui veulent en consommer ne se voient pas proposer d’autres drogues plus dangereuses. Le cannabis qui entre dans les coffee shops par la porte de derrière est issu du marché clandestin : c’est le « back door problem » qui existe depuis qu’en 1976 les Pays-Bas ont décidé d’accorder « une faible priorité » à la question du cannabis pour des raisons de santé publique. Aucun des pays qui ont légalisé le cannabis n’est revenu en arrière. Ni l’Uruguay (en 2013), ni le Canada (en 2018), ni les plus de vingt-cinq Etats des Etats-Unis qui ont franchi le pas n’ont abandonné leur ambition d’abolir la prohibition du cannabis et d’en légaliser la production, la vente et l’achat.
On ne compte plus les rapports français – de celui du Conseil d’Analyse économique en 2019 à celui du Conseil économique social et environnemental en 2023 en passant par la mission d’information de l’Assemblée nationale en 2021 – qui plaident pour une légalisation du cannabis. Mais rien n’y fait. Quant au cannabis à usage thérapeutique, chez nous il peut attendre : contrairement à la plupart de ses voisins, la France ne dispose toujours pas, en 2024, d’un cadre légal pour la prescription de cannabinoïdes. Et les prétextes abondent pour retarder une expérimentation qui traîne en longueur.
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Drogues : réformer pour en finir avec une politique ubuesque
Bertrand Lebeau Leibovici
Médecin addictologue
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