INDOCHINE française đŸ‡«đŸ‡· (Douane) : tout Ă©tait bon pour faire rentrer du fric

En 1881, l’État se fit fabricant de drogue Ă  SaĂŻgon, alors en Indochine française, comme il Ă©tait fabricant de tabac en mĂ©tropole.

Par GĂ©rard-Michel Thermeau.

Tout avait bien commencĂ© pourtant. La loi du 19 juillet 1845 assimilait l’opium Ă  un poison, le rangeant, au mĂȘme titre que la morphine, dans la liste des substances vĂ©nĂ©neuses et renforçant son contrĂŽle Ă  la vente. À l’occasion de l’Exposition universelle de 1851, les Français dĂ©nonçaient vertueusement les mĂ©thodes britanniques en Inde : l’administration fiscale britannique avait créé des bureaux de dĂ©bit de liqueurs et d’opium pour favoriser les recettes de la taxe dite akbarie. Seuls des Anglo-saxons pouvaient ainsi faire fi de la santĂ© publique pour remplir les caisses de l’État.

Dix ans plus tard, toutes ces belles intentions et ces nobles indignations avaient Ă©tĂ© oubliĂ©es. La Cochinchine Ă©tait devenue une possession française : la conquĂȘte de l’Indochine commençait.

Avec l’arrivĂ©e d’immigrants chinois, la consommation d’opium allait se dĂ©velopper. L’administration coloniale française vit tout de suite les profits qu’elle pouvait en retirer : l’opium fut taxĂ© comme l’était l’alcool. L’impĂŽt fut d’abord affermĂ© Ă  des Chinois mais la redevance annuelle rapportait peu en regard de l’accroissement continuel de la vente.

Une manufacture d’État pour fabriquer la drogue

Aussi, en 1881, le systĂšme de la ferme fut abandonnĂ© au profit de la rĂ©gie. L’État se fit fabricant de drogue comme il Ă©tait fabricant de tabac en mĂ©tropole. Une superbe manufacture d’opium, une manufacture d’État, fut construite au centre mĂȘme de SaĂŻgon, rue Paul-Blanchy, occupant plus d’un hectare. Elle employait 25 EuropĂ©ens et 200 Asiatiques.

Dans les premiĂšres dĂ©cennies, l’opium fumĂ© en Indochine provenait en presque totalitĂ© de l’Inde britannique, suite Ă  l’arrĂȘt des exportations du Yunnan.

L’Administration des Douanes et RĂ©gies vendait les boĂźtes d’opium, par l’intermĂ©diaire des Receveurs, soit directement aux consommateurs soit par l’intermĂ©diaire de dĂ©bitants qui tenaient des maisons spĂ©ciales, appelĂ©es fumeries.

L’opium Ă©tait livrĂ© aux fumeurs dans des boites en laiton de 5, 10, 20, 40 et 100 grammes. On employait une telle quantitĂ© de feuilles de laiton parce qu’il y avait une forte concurrence en France pour en obtenir la fourniture auprĂšs des adjudicataires.

Ces boites portaient l’estampille de la RĂ©gie et des marques de lot qui permettaient de se rĂ©fĂ©rer au procĂšs verbal en cas de prĂ©somption de fraude.

Lire plus

0000

Laisser un commentaire