
Rapports d’information du SĂ©nat n° 45 (2022-2023), dĂ©posĂ© le 12 octobre 2022
B. ACQUÉRIR DE NOUVEAUX MATÉRIELS ET DE NOUVELLES TECHNOLOGIES, UNE PRIORITÉ POUR LA DOUANE
La Douane doit assurer sa mission de lutte contre le trafic de stupĂ©fiants dans un environnement contraint , avec la double difficultĂ© de perfectionner sans cesse les Ă©quipements techniques Ă sa disposition et de s’adapter aux mĂ©thodes toujours plus ingĂ©nieuses (et parfois violentes) des trafiquants.
Or les procĂ©dures utilisĂ©es par la Douane demeurent encore très artisanales et reposent beaucoup sur les compĂ©tences et l’expĂ©rience acquises par les douaniers dans la lecture des images tirĂ©es des scanners par exemple. Au final, encore plus que sur les effectifs, l’effort doit porter sur l’acquisition d’Ă©quipements de pointe, qui doivent permettre Ă la Douane d’accroĂ®tre son efficacitĂ© dans la lutte contre le trafic de produits stupĂ©fiants Ă effectif quasi constant .
1. Dans les ports, scanners et sécurisation
L’action sur les ports et sur le trafic maritime est essentielle, en particulier pour assĂ©cher les flux de cocaĂŻne. Le dispositif douanier doit ĂŞtre adaptĂ© Ă l’ampleur du trafic, avec le redĂ©ploiement d’effectifs vers les zones portuaires, et notamment pour des actions de surveillance. L’action de la douane gĂŞne et fonctionne : il faut dĂ©sormais faire en sorte qu’il soit trop onĂ©reux pour les organisations criminelles de faire passer leurs marchandises par les ports français .
a) Le déploiement de scanners fixes et mobiles
Lors de leur dĂ©placement au port du Havre, les rapporteurs spĂ©ciaux ont pu observer le fonctionnement du premier scanner fixe dĂ©ployĂ© en France et opĂ©rationnel depuis le mois de septembre 2021. S’il prĂ©sente l’inconvĂ©nient d’ĂŞtre localisĂ© Ă l’extĂ©rieur du port, l’emplacement choisi pour ce scanner fixe permet aussi, sans bloquer les sorties du port, de pouvoir scanner un nombre important de conteneurs par jour – entre 30 et 40 actuellement, avec un potentiel de 20 camions par heure.
Pour l’installation de leurs scanners, les Douanes travaillent avec l’AutoritĂ© de sĂ»retĂ© nuclĂ©aire (ASN), qui exerce la plus grande vigilance sur la puissance des rayons X utilisĂ©s et sur l’absence de dommages causĂ©s par les rayons sur les marchandises. La procĂ©dure est très encadrĂ©e : le conducteur du camion doit sortir lors du scanner et le dispositif est placĂ© sous vidĂ©o-surveillance. Ainsi, et alors qu’il est arrivĂ© que le scanner dĂ©voile la prĂ©sence de personnes Ă bord des conteneurs, chargĂ©es de surveiller et d’accompagner les produits stupĂ©fiants jusqu’Ă leur lieu de livraison finale, la dose de rayons X Ă©mise lors d’un seul passage du scanner n’est pas nocive pour la santĂ©.
Le dispositif de scanner fixe, inĂ©dit en France, est apprĂ©ciĂ© des services douaniers de la direction rĂ©gionale du Havre . Il peut Ă©galement ĂŞtre mis Ă disposition de la gendarmerie. Au regard des rĂ©sultats constatĂ©s au Havre, et des vulnĂ©rabilitĂ©s de plus en plus fortes au port de Marseille, il serait opportun d’acquĂ©rir au minimum un nouveau scanner fixe , dont le coĂ»t s’Ă©lève Ă environ 1,7 million d’euros.
La Douane dispose en complĂ©ment de camions scanners mobiles , qui peuvent ĂŞtre dĂ©ployĂ©s tant dans les ports que sur les vecteurs terrestres. Les trois camions acquis en 2007 et en 2008 ont Ă©tĂ© renouvelĂ©s au dĂ©but de l’annĂ©e 2021 et dĂ©ployĂ©s Ă compter du mois de mai 2021, pour un coĂ»t unitaire par appareil de 340 000 euros pour la location des nouveaux systèmes. Ils sont pour l’instant au seul nombre de trois, ce qui apparaĂ®t insuffisant pour quadriller le territoire français .
Sept petits scanners mobiles sont en cours d’acquisition pour 2023, dans le cadre plus spĂ©cifiquement du contrĂ´le dans les ports, pour la France mĂ©tropolitaine et les territoires ultra-marins. Ces investissements doivent ĂŞtre poursuivis : mĂŞme avec ces acquisitions, le parc apparaĂ®t toujours sous-dimensionnĂ© par rapport aux territoires et aux vecteurs Ă couvrir .
b) La sécurisation des ports, une logique à poursuivre
La sĂ©curisation des infrastructures est essentielle pour la Douane : alors que les voies d’entrĂ©e maritimes se dĂ©portent de plus en plus vers les ports secondaires, il est impĂ©ratif que les ports français ne deviennent pas aussi vulnĂ©rables que ceux d’Anvers et de Rotterdam, qui ont dĂ©sormais entamĂ© leur rattrapage en matière de sĂ©curitĂ©. Les ports demeurent des zones poreuses et les trafiquants se servent de ces failles ainsi que de complicitĂ©s en interne , y compris par le biais de la corruption et de l’intimidation.
La biomĂ©trie pour les badges et l’identification obligatoire des personnels commencent Ă peine Ă se diffuser au sein des ports, oĂą la culture de la sĂ»retĂ© est bien plus faible que dans l’aĂ©roportuaire . Dans les aĂ©roports par exemple, la vidĂ©osurveillance permet aux services douaniers de pouvoir repĂ©rer d’Ă©ventuels comportements suspects autour des avions.
Les services de la Douane conduisent ainsi des rĂ©unions rĂ©gulières avec les opĂ©rateurs portuaires pour mieux diffuser cette culture, avec parfois le risque d’ĂŞtre accusĂ© de vouloir freiner les opĂ©rations marchandes. L’une des stratĂ©gies des brigades de surveillance extĂ©rieure des navires, par exemple au Havre, est d’assurer une prĂ©sence quotidienne sur le port, dans un objectif de sĂ©curisation du port et pour encourager les dockers et les manutentionnaires Ă recourir Ă la douane en cas de difficultĂ©.
Les solutions avancĂ©es pour sĂ©curiser les ports, et notamment les zones d’exploitation et de dĂ©barquement des conteneurs, se heurtent en effet parfois Ă la rĂ©sistance des dockers , par exemple pour ce qui concerne la vidĂ©o-surveillance ou la surveillance par drone. De mĂŞme, certains Ă©quipements de contrĂ´le ont pu ĂŞtre abimĂ©s par des personnes travaillant sur les plateformes portuaires. La Cour des comptes avait Ă©galement relevĂ© les difficultĂ©s rencontrĂ©es par la Douane pour pĂ©nĂ©trer dans toutes les installations et accĂ©der Ă toutes les marchandises sur les plateformes aĂ©roportuaires 29 ( * ) . Elle citait l’exemple du port de Marseille, oĂą la collaboration des dockers n’Ă©tait pas toujours assurĂ©e puisqu’ils pouvaient refuser de dĂ©placer des conteneurs ou rendre plus difficile l’intervention des services douaniers.
Or, et alors que ces phĂ©nomènes persistent aujourd’hui, il faut bien souligner qu’il s’agit avant tout d’un enjeu de sĂ©curitĂ© pour les dockers eux-mĂŞmes et pour l’ensemble des prestataires : l’augmentation du trafic de stupĂ©fiants se traduit par une hausse de la criminalitĂ© connexe, dont les premières victimes sont les personnes travaillant sur les ports.
Une enquĂŞte très rĂ©cente de journalistes du Monde 30 ( * ) sur le port d’Anvers a mis en lumière les phĂ©nomènes de corruption au sein des services portuaires, avec des « prestations », tel que le dĂ©placement d’un conteneur, rĂ©munĂ©rĂ©es des milliers d’euros. En dĂ©pit du renforcement des contrĂ´les sur le port d’Anvers, ces phĂ©nomènes persistent, renforcĂ©s par le fait que « chacun se connait » sur le port. Des faits similaires commencent Ă affleurer dans les ports français.
La directrice de l’Ofast a ainsi expliquĂ© qu’ il ne suffit plus, pour apprĂ©cier les rĂ©sultats de la lutte contre le trafic de stupĂ©fiants, de se satisfaire du montant des saisies . Il convient Ă©galement de s’intĂ©resser aux phĂ©nomènes de corruption privĂ©e, aux menaces qui pèsent sur les dockers et au dĂ©veloppement de la criminalitĂ© connexe .
2. Dans les aéroports, scanners et unités médicalisées
a) Des scanners bagages et passagers
Dans les aĂ©roports, et en prioritĂ© aux aĂ©roports de Cayenne, d’Orly et de Roissy, il est primordial d’ investir dans de nouveaux scanners .
(1) Pour les passagers
Deux scanners Ă ondes millimĂ©triques ont Ă©tĂ© acquis pour l’aĂ©roport de Cayenne mais il a fallu attendre de nombreux mois avant qu’ils puissent ĂŞtre utilisĂ©s pour la recherche de stupĂ©fiants et plus seulement pour la sĂ»retĂ© aĂ©roportuaire 31 ( * ) . Alors que la lutte contre les passeurs de cocaĂŻne est un enjeu premier pour lutter contre le trafic de stupĂ©fiants, il n’est pas satisfaisant que l’autorisation de la direction gĂ©nĂ©rale de l’aviation civile (DGAC) soit intervenue aussi tard pour l’utilisation de ces scanners .
Le passage systĂ©matique des voyageurs sous ce scanner entraĂ®nait un retard d’environ une heure au dĂ©part des vols, en pĂ©riode de reprise du trafic aĂ©rien. Comme l’a soulignĂ© la DGDDI aux rapporteurs spĂ©ciaux, si l’effet dissuasif a Ă©tĂ© saluĂ© localement, la possibilitĂ© de maintenir un tel niveau de contrĂ´les lors de la reprise Ă plein du trafic aĂ©rien semblait fortement compromise. L’alternative serait, et les rapporteurs spĂ©ciaux la soutiennent, d’investir, pour l’aĂ©roport de Cayenne, dans un autre body scanner .
(2) Pour les bagages
La demande de plusieurs directions rĂ©gionales de disposer de davantage de scanners de bagages doit ĂŞtre soutenue : il s’agit non seulement de contrĂ´ler les bagages Ă l’arrivĂ©e des vols, mais Ă©galement au dĂ©part, en complĂ©ment de l’action que peuvent par exemple mener les maĂ®tres de chien.
L’aĂ©roport de Cayenne vient juste de recevoir un tel scanner, conformĂ©ment Ă ce qui Ă©tait prĂ©vu dans le cadre du contrat d’objectifs et de moyens de la Douane pour la pĂ©riode 2022-2025. Ă€ cet Ă©gard, les rapporteurs spĂ©ciaux tiennent Ă attirer l’attention sur les annonces du Gouvernement du 1 er octobre 2022 concernant les renforts de sĂ©curitĂ© et de matĂ©riels en Guyane face au trafic de stupĂ©fiants : les effectifs et les nouveaux Ă©quipements annoncĂ©s (scanners) ne relèvent pas d’un effort supplĂ©mentaire du ministère mais s’inscrivent dans la lignĂ©e des efforts dĂ©jĂ prĂ©vus pour la Douane dans le cadre de son contrat d’objectifs et de moyens .
Il n’en demeure pas moins que l’ajout de scanners bagages dans les aĂ©roports est un impĂ©ratif.
b) Une unité médicale pour les cas de drogue ingérée
Dès qu’il y a suspicion de drogue ingĂ©rĂ©e ( in corpore ), les douaniers doivent conduire la personne interceptĂ©e dans une unitĂ© mĂ©dico-lĂ©gale , afin qu’elle soit placĂ©e sous surveillance mĂ©dicale et qu’elle passe, sous rĂ©serve de son accord, une Ă©chographie.
Or, l’aĂ©roport d’Orly, principale destination pour les « mules », en particulier depuis la Guyane, ne dispose pas d’une telle unitĂ©. Les douaniers doivent donc conduire les individus interceptĂ©s Ă l’HĂ´tel-Dieu , au centre de Paris. Il en rĂ©sulte une importante perte de temps, d’autant que ce sont au minimum trois Ă quatre douaniers qui sont rĂ©quisitionnĂ©s pour chaque transport . De mĂŞme, au dĂ©part, Ă Cayenne, les effectifs sont rapidement dĂ©bordĂ©s et l’hĂ´pital saturĂ© en cas d’interception de plusieurs personnes transportant de la drogue in corpore .
Il y a dĂ©sormais un consensus pour qu’il soit remĂ©diĂ© Ă ce point extrĂŞmement bloquant dans la lutte contre le trafic de stupĂ©fiants, qui conduit Ă une embolie de la chaĂ®ne douanière .
Deux solutions sont défendues par les rapporteurs spéciaux :
– l’installation d’une unitĂ© mĂ©dicale ou de lits mĂ©dicalisĂ©s Ă proximitĂ© voire dans les aĂ©roports de Cayenne et d’Orly , pilotĂ©e par une Ă©quipe mĂ©dicale, avec des Ă©chographes. Les mĂ©decins pourraient ĂŞtre soit recrutĂ©s directement par la Douane, soit dĂ©tachĂ©s depuis le ministère de la santĂ©. Dans le cadre du renforcement des moyens de la Douane pour ses dĂ©penses d’Ă©quipements, il doit ĂŞtre tenu compte, dans la mise en place d’une telle unitĂ©, du coĂ»t de l’utilisation d’un Ă©chographe et de la prestation mĂ©dicale associĂ©e ;
– Ă court terme et en complĂ©ment, un accord avec le ministère de la SantĂ© pour dĂ©finir un Ă©tablissement de rĂ©fĂ©rence plus proche pour les passeurs de cocaĂŻne interceptĂ©s Ă Orly .
Recommandation n° 8 (DGDDI, ministère de la santĂ©) : installer Ă proximitĂ© voire Ă l’intĂ©rieur des aĂ©roports d’Orly et de Cayenne, puis de Roissy Ă terme, des unitĂ©s mĂ©dicalisĂ©es disposant d’Ă©chographes, afin de pouvoir traiter plus rapidement les personnes transportant de la drogue ingĂ©rĂ©e. Ă€ court terme, rouvrir les discussions avec le ministère de la santĂ© pour qu’un Ă©tablissement plus proche de ces aĂ©roports puisse accueillir les personnes interceptĂ©es avec de la drogue in corpore .
3. Sur le fret express et postal, scanners 3D et banque de données
Comme indiquĂ© prĂ©cĂ©demment, le fret express et postal devient un vecteur de contournement de plus en plus important pour le trafic de produits stupĂ©fiants . La lutte contre le trafic par ce vecteur est d’ailleurs l’objet de la mesure n° 13 du plan national de lutte contre les stupĂ©fiants, mesure dont le pilotage a Ă©tĂ© confiĂ© Ă la DGDDI.
Pour leur recommandation, les rapporteurs spĂ©ciaux s’appuient sur les constats tirĂ©s de leur dĂ©placement Ă Orly (contrĂ´le des bagages non accompagnĂ©s et du fret) et de ce qu’ils ont pu dire prĂ©cĂ©demment sur l’enjeu d’un meilleur ciblage des contrĂ´les sur le fret postal et express, notamment dans le cadre de leurs rapports budgĂ©taires sur la mission « Gestion des finances publiques », centrĂ©s sur la lutte contre la fraude fiscale.
Ainsi, et alors que des centaines de millions de colis et de bagages non accompagnĂ©s arrivent chaque annĂ©e en France, il est bien sĂ»r inenvisageable d’opĂ©rer un contrĂ´le Ă 100 % , qui supposerait des milliers d’effectifs supplĂ©mentaires. Il faut en effet, dès qu’il y a un doute, que le colis soit ouvert par un agent de la Douane, contrĂ´lĂ© et ensuite refermĂ© si aucun produit illicite n’a Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©.
Il est en revanche souhaitable que la Douane se dote d’appareils rayons X plus performants, ainsi que de scanners 3D, qui permettraient aux agents en charge du contrĂ´le d’amĂ©liorer le ratio de contrĂ´les positifs sur les colis ouverts . La Douane souhaite ainsi s’Ă©quiper de scanners industriels Ă haute capacitĂ© , des outils de dĂ©tection non intrusifs plus performants que les scanners dĂ©ployĂ©s aujourd’hui dans les centres de contrĂ´le du fret. Ces appareils pourraient scanner jusqu’Ă 2 500 colis par heure.
Un autre axe d’amĂ©lioration consiste en une efficacitĂ© toujours plus forte du ciblage des colis suspects , ce qui suppose une exploitation encore plus performante de la donnĂ©e , Ă partir de banques d’images de colis « positifs » (cf. infra ).
4. Valoriser la donnée, un axe de progression identifié depuis plusieurs années par la Douane
« Investir le monde des donnĂ©es », pour reprendre l’intitulĂ© de l’axe 17 du contrat d’objectifs et de moyens, est une prioritĂ© pour la Douane.
a) La mise en place d’un service national de risque et de ciblage dès 2016
Un arrĂŞtĂ© du 29 fĂ©vrier 2016 32 ( * ) a entĂ©rinĂ© la crĂ©ation d’un nouveau service Ă compĂ©tence nationale au sein de la DGDDI : le service national d’analyse de risque et de ciblage (SARC). La crĂ©ation de ce service visait Ă centraliser au niveau national les compĂ©tences d’analyse de risque et Ă y adjoindre une fonction d’analyse fondĂ©e sur les sciences de la donnĂ©e .
Le SARC est structurĂ© autour de trois groupes opĂ©rationnels : « avant dĂ©douanement et prohibitions », « dĂ©douanement » et « fiscalitĂ© ». La cellule de datascientists du SARC est chargĂ©e de valoriser les donnĂ©es douanières, le SARC orientant ensuite l’action des services Ă partir des analyses de risque qu’il produit. Une fois validĂ©es et identifiĂ©es, les cibles opĂ©rationnelles sont transmises aux services territoires ou aux directions spĂ©cialisĂ©es, pour effectuer selon les situations des contrĂ´les ou des enquĂŞtes.
Le ciblage en matière de lutte contre le trafic de stupĂ©fiants relève du pĂ´le « avant dĂ©douanement et prohibitions » , avec une notable montĂ©e en puissance : Ă l’origine de 397 contentieux au total pour le pĂ´le en 2019, le nombre de ciblages positifs s’Ă©levait Ă 797 au 31 juillet 2021.
L’une des problĂ©matiques soulignĂ©es par les personnes auditionnĂ©es, et qui n’est pas propre Ă la Douane et au SARC, concerne les difficultĂ©s rencontrĂ©es par l’administration dans le recrutement des informaticiens et des datascientists . Il y a en effet un dĂ©ficit de ces compĂ©tences spĂ©cialisĂ©es alors mĂŞme que le service public peut sembler moins attractif que le secteur privĂ© pour ces profils rares.
Dans le cadre de leurs rapports budgĂ©taires, les rapporteurs spĂ©ciaux ont dĂ©jĂ eu l’occasion de souligner et de soutenir les mesures prises par le secrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral du ministère de l’Ă©conomie et des finances pour faciliter ces recrutements : accĂ©lĂ©ration des processus de recrutement, perspective de carrières dĂ©cloisonnĂ©es, meilleure communication auprès des Ă©tablissements de l’enseignement supĂ©rieur, grille de traitement dĂ©rogatoire du droit commun, etc. 33 ( * ) .
Recommandation n° 12 (secrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral du ministère de l’Ă©conomie et des finances) : publier, dans le cadre des documents budgĂ©taires relatifs Ă la mission « Gestion des finances publiques », un bilan des actions menĂ©es par les administrations du ministère de l’Ă©conomie et des finances pour renforcer leur attractivitĂ© auprès des informaticiens et des experts de la donnĂ©e ( datascientists).
b) Exploiter la donnée pour mieux cibler les contrôles
Il y a certes toute une Ă©tape de la chaĂ®ne de contrĂ´le qui ne peut pas ĂŞtre automatisĂ©e et qui s’avère chronophage : ouverture des colis suspects, contrĂ´le, fermeture des colis licites.
En revanche, et face au volume des colis et des bagages non accompagnĂ©s, il est tout Ă fait possible et souhaitable de mieux cibler les transports douteux, pour un dĂ©ploiement plus efficace des effectifs disponibles . L’entrĂ©e en vigueur du paquet « TVA e-commerce » le 1 er juillet 2021, qui a supprimĂ© la franchise de TVA pour les envois auparavant dits de « valeur nĂ©gligeable », devrait conduire au dĂ©pĂ´t de 300 Ă 400 millions de dĂ©clarations par les opĂ©rateurs de fret express et postal, contre 20 millions auparavant . Pour la Douane, c’est Ă la fois un immense chantier qui s’ouvre en matière de contrĂ´le mais aussi une opportunitĂ© pour accroĂ®tre son efficacitĂ© dans l’exercice de ses missions de contrĂ´le fiscal et de surveillance des flux de marchandises .
Ainsi, tant sur le volet de la lutte contre la fraude fiscale que sur celui de la lutte contre les marchandises dangereuses, la Douane a pour objectif de bâtir et d’investir ce qu’elle nomme la « nouvelle frontière numĂ©rique », avec un système d’information dĂ©diĂ© qui doit Ă terme pouvoir analyser l’ensemble des donnĂ©es relatives aux colis importĂ©s . L’analyse de ces donnĂ©es, et l’enrichissement du système d’information au fur et Ă mesure des dĂ©tections et des contrĂ´les, doit permettre d’amĂ©liorer le ciblage des colis frauduleux ou dangereux.
L’un des objectifs est de construire une banque d’images Ă partir des photographies de tous les colis positifs et de leurs caractĂ©ristiques , pour ensuite pouvoir repĂ©rer plus facilement les colis similaires et donc potentiellement douteux. Pour que l’installation puisse repĂ©rer un produit suspect, en s’appuyant sur l’analyse des images prĂ©cĂ©demment transmises, il faut en moyenne entre 200 et 2 000 images par produit. Le but Ă moyen terme est de constituer une base nationale, consultable par tous, pour reconnaĂ®tre certaines marchandises illicites.
Pour ce faire, la Douane demande Ă pouvoir disposer d’un accès automatique Ă certains documents, tels que les documents de chargement, les manifestes ou encore les plans de dĂ©chargement . L’identification des blocages qui persistent en la matière pourrait Ă©ventuellement ĂŞtre confiĂ©e Ă l’administrateur de la donnĂ©e en douane, chargĂ© entre autres de concevoir une stratĂ©gie des donnĂ©es et de rationaliser le traitement des questions juridiques.
Recommandation n° 2 (DGDDI, Parlement) : identifier les blocages pouvant entraver l’accès de la Douane Ă certains documents et informations relatifs au chargement. Proposer, d’ici au projet de loi de finances pour 2024, les Ă©volutions, lĂ©gislatives ou règlementaires, qui pourraient ĂŞtre apportĂ©es pour lever ces blocages.
Par ailleurs, le système de banques de donnĂ©es et d’images, que des pays comme l’Espagne ont pu commencer Ă dĂ©velopper, sera d’autant plus performant qu’il pourrait, Ă terme, ĂŞtre connectĂ© Ă un « lac de donnĂ©es », exploitable par les services douaniers de l’ensemble des États membres . Cette recommandation est soutenue par le « groupe de sages » qui conseille la Commission europĂ©enne dans le domaine douanier.
Dans un rapport 34 ( * ) visant à « Faire passer l’union douanière de l’Union europĂ©enne Ă l’Ă©tape supĂ©rieure », le groupe recommande d’adopter une nouvelle approche de la donnĂ©e, d’amĂ©liorer sa qualitĂ© en croisant les donnĂ©es de source commerciale, de mieux la partager entre les administrations et de mieux l’utiliser pour les analyses de risque en Union europĂ©enne . L’ensemble des donnĂ©es ainsi recueillies serait stockĂ© dans une base centrale, protĂ©gĂ©e. Ce point d’entrĂ©e unique pourrait mĂŞme inciter les opĂ©rateurs Ă davantage partager leurs informations puisqu’ils disposeraient en retour d’un portail unique pour consulter l’ensemble de leurs propres donnĂ©es.
Au-delĂ de cette approche, surtout dĂ©fendue dans un objectif commercial et de facilitation des Ă©changes, le groupe propose Ă©galement de dĂ©finir un vĂ©ritable cadre de coopĂ©ration entre les douanes, les autoritĂ©s de supervision des marchĂ©s, les services de maintien de l’ordre et les administrations fiscales. Ce cadre couvrirait les Ă©changes d’information , toujours dans l’optique de mieux protĂ©ger les intĂ©rĂŞts de l’Union europĂ©enne et de mieux gĂ©rer les risques auxquels elle se trouve confrontĂ©e.
Recommandation n° 3 (DGDDI, Union europĂ©enne) : dĂ©velopper au niveau europĂ©en une base de donnĂ©es commune, exploitable Ă terme par les services douaniers de l’ensemble des États membres.
* 29 Cour des comptes, « L’action de la Douane dans la lutte contre les fraudes et trafics », 19 fĂ©vrier 2015.
* 30 Le Monde, Simon Piel et Thomas Saintourens, « Le Port d’Ă€nvers, Ă©picentre des trafics » , 23 dĂ©cembre 2021.
* 31 Pour les passagers ayant sonné au portique de détection métallique ou ayant refusé la palpation de sécurité.
* 32 ArrĂŞtĂ© du 29 fĂ©vrier 2016 portant crĂ©ation d’un service Ă compĂ©tence nationale dĂ©nommĂ© « service d’analyse de risque et de ciblage ».
* 33 Voir par exemple le rapport général n° 138 (2020-2021) sur le projet de loi de finances pour 2021, fait au nom de la commission des finances, déposé le 19 novembre 2020. Contribution de MM. Albéric de Montgolfier et Claude Nougein sur la mission « Gestion des finances publiques » et précédemment, le rapport général n° 140 (2019-2020) sur le projet de loi de finances pour 2020 fait au nom de la commission des finances, déposé le 21 novembre 2019. Contribution de MM. Claude Nougein et Thierry Carcenac sur la mission « Gestion des finances publiques ».
* 34 Wise Persons Group on the reform of the EU Customs Union, “Putting more Union in the European customs. Ten proposals to make the EU Customs Union fit for a geopolitical Europe”, mars 2022.
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Page mise Ă jour le 7 avril 2023
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