BELGIQUE 🇧đŸ‡Ș (stupĂ©fiants) : 13 mesures pour lutter efficacement contre le trafic de drogue

Ces mesures sont basĂ©es sur les demandes des acteurs de terrain – notamment le procureur du Roi de Bruxelles et la Commissaire nationale Ă  la lutte contre la drogue, mais aussi les acteurs associatifs et citoyens – et dans l’optique de leur donner les moyens nĂ©cessaires pour agir rapidement.

Notre plan pour lutter contre les narcotrafiquants

Pour rompre ce cycle infernal, nous proposons un plan en plusieurs volets, ciblant Ă  la fois l’offre de drogue, ainsi que les mĂ©canismes financiers qui permettent aux rĂ©seaux de perdurer et prendre des mesures sociales afin d’éteindre le terreau qui mĂšne Ă  tomber dans le narcotrafic :

1. ContrÎler les entrées de la drogue et multiplier les saisies

Comme l’explique trĂšs bien la Commissaire aux drogues, Ine Van Wymersch, le problĂšme est surtout une offre de drogues qui augmente. Il faut donc s’attaquer Ă  la logistique et au transport de la drogue :

  • Renforcer les contrĂŽles aux pĂŽles logistiques comme le port d’Anvers, avec un renforcement des douanes, avec des scanners mobiles supplĂ©mentaires et la formation de nouveaux chiens dĂ©tecteurs de drogue et d’argent, mais aussi aux portes d’entrĂ©e de Bruxelles, notamment via les rĂ©seaux ferroviaires. Cela demande de rĂ©investir dans la police ferroviaire. D’aprĂšs le procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil, il manquerait 200 agents.
  • Mettre en place des opĂ©rations de saisie ciblĂ©es afin de limiter l’accĂšs aux substances illicites.

2. Lutter contre la production locale des drogues de synthĂšse

La Belgique est malheureusement un pays Ă  la pointe de la production de drogues de synthĂšse. Il faut donc s’attaquer aux laboratoires clandestins produisant de la drogue de synthĂšse (comme la kĂ©tamine et d’autres substances dangereuses) en Belgique.

Avoir une vision stratĂ©gique consiste Ă  ne pas se contenter d’arrĂȘter les petits dealers – bien qu’ils constituent le maillon visible de l’iceberg – mais viser les tĂȘtes des rĂ©seaux. Le terreau qui fournit les dealers est tellement vaste que se limiter Ă  les arrĂȘter eux fera que, dĂšs le lendemain, plein d’autres prendront leur place. En d’autres termes, viser les tĂȘtes des rĂ©seaux c’est cibler le portefeuille des grands trafiquants qui financent ces opĂ©rations.

3. S’attaquer aux tĂȘtes des rĂ©seaux : combattre le blanchiment d’argent et saisir les avoirs des criminels

Les narcotrafiquants n’ont qu’un seul but : faire de l’argent. Si on veut les atteindre, c’est donc Ă  leur portefeuille qu’il faut s’en prendre. Al Capone ne s’est pas retrouvĂ© en prison Ă  cause de ses activitĂ©s de contrebande, d’alcool illĂ©gal ou de drogue, mais Ă  cause de sa feuille d’impĂŽt. La lutte contre le blanchiment d’argent est donc aussi essentielle : 

  • DĂ©velopper des cartographies prĂ©cises en coopĂ©ration avec la RĂ©gion et les communes : recenser les transactions immobiliĂšres suspectes, identifier les commerces et les flux financiers suspects afin de mieux surveiller et cibler les activitĂ©s de blanchiment, fermer les commerces impliquĂ©s.
  • Lever le secret bancaire afin de contrĂŽler les transactions suspectes des narcotrafiquants.
  • Saisir les avoirs des grands trafiquants pour les priver des ressources qui alimentent leur criminalitĂ©.

4. Renforcer un fonds « asset recovery » 

Il s’agit d’un fonds alimentĂ© par les saisies des avoirs des trafiquants et dĂ©diĂ© Ă  la lutte contre le narcotrafic. Il existe dĂ©jĂ  un « Fonds drogue Â» mais il n’a reçu qu’un montant de 5 millions Ă  partir de 2025. Il faudrait le renforcer de montants supplĂ©mentaires fournis par les saisies et Ă©galement dĂ©finir les acteurs qui devraient bĂ©nĂ©ficier de cet argent afin de lutter contre le trafic de drogue de maniĂšre stratĂ©gique.

5. Centraliser les informations 

Il manque une image prĂ©cise de qui sont ces bandes criminelles en RĂ©gion bruxelloise. Il faut mettre en place une cellule centrale permettant de recenser et d’analyser de maniĂšre prĂ©cise l’organisation des bandes criminelles.

6. Renforcer les enquĂȘtes judiciaires 

Augmenter significativement le nombre d’enquĂȘteurs spĂ©cialisĂ©s au sein de la police judiciaire (avec une estimation d’au moins 100 renforts) afin de remonter efficacement la chaĂźne des trafiquants et de dĂ©jouer les rĂ©seaux complexes. Renforcer aussi les enquĂȘteurs au niveau de la police locale, leur prĂ©sence sur le terrain sur du long terme Ă©galement.

7. Renforcer la police de proximité et la présence sur le terrain

Opter pour une présence policiÚre durable dans les quartiers, loin des mesures coup de poing qui, à court terme, ne résolvent pas le problÚme. Des agents de proximité, connaissant leur territoire, pourront instaurer un climat de confiance et dissuader les trafiquants sur du long terme. Mais pour cela il manque aussi de moyens. Rien que sur Bruxelles il manquerait 800 agents de police.

Mais la rĂ©pression ne suffit pas pour enrayer le trafic de drogue. La sociĂ©tĂ© a besoin d’investissements sociaux, pour empĂȘcher que des personnes en soient exclues. Cette exclusion sociale, les situations de prĂ©caritĂ©, le manque de perspectives d’avenir pour de nombreux jeunes constituent le terreau qui fait que certains tombent dans le narcotrafic. La prioritĂ© doit ĂȘtre mise sur lÊŒaide aux jeunes Ă  se construire un avenir.

8. Favoriser l’emploi, le logement, l’insertion professionnelle 

Le manque de perspective d’avenir pour toute une sĂ©rie de jeunes Ă  Bruxelles peut les pousser vers le narcotrafic. Pour l’argent, pour l’adrĂ©naline, etc. et c’est la spirale infernale qui commence. CrĂ©er de l’emploi, aider les jeunes Ă  trouver du travail, leur permettre de se projeter dans un logement abordable et dĂ©cent, fonder une famille, tout cela est crucial. En dĂ©veloppant tout cela, on casse l’attractivitĂ© du trafic de drogue. La RĂ©gion a les leviers pour prendre en main la production de logements publics, crĂ©er de l’emploi de qualitĂ© et organiser un accompagnement des jeunes vers le travail.

9. Investir dans l’enseignement

La politique actuelle d’enseignement Ă  deux vitesses, avec ses barriĂšres financiĂšres, sa sĂ©lection sociale et ses nombreux Ă©checs, fait que beaucoup d’enfants n’ont pas accĂšs Ă  l’enseignement comme ils devraient. D’un quartier Ă  l’autre, on peut passer d’écoles d’élites Ă  des Ă©coles oĂč des enfants ne savent pas lire et Ă©crire correctement en 6Ăš primaire. Cela hypothĂšque Ă©videment leur avenir. Beaucoup de parents sont inquiets pour leurs enfants et trouvent que l’enseignement de qualitĂ© devrait pourtant ĂȘtre le fondement de toute sociĂ©tĂ©.

Il faut refinancer et transformer l’enseignement pour qu’il soit accessible Ă  tous, de qualitĂ© et tournĂ© vers la rĂ©ussite pour tous. Avoir des classes plus petites, l’enseignement rĂ©ellement gratuit, du personnel enseignant suffisant pour aider Ă  la rĂ©ussite.

L’école est aussi le lieu oĂč la prĂ©vention sur la dangerositĂ© des drogues devrait se faire de maniĂšre plus intense.

10. Lutter contre le décrochage scolaire

Beaucoup de jeunes ont besoin d’aide, notamment, pour ne pas dĂ©crocher de l’école. Aujourd’hui, huit acteurs diffĂ©rents sont concernĂ©s par des projets pour lutter contre le dĂ©crochage scolaire en RĂ©gion bruxelloise. Il manque clairement une vision cohĂ©rente et de la coordination pour raccrocher les jeunes Ă  l’école. OĂč est la cartographie des jeunes concernĂ©s par le dĂ©crochage scolaire ? Quelle aide individuelle est fournie Ă  chacun de ces jeunes ? Il manque d’un plan cohĂ©rent au niveau rĂ©gional.

11. CrĂ©ation de places d â€™hĂ©bergement pour les mineurs en danger et renforcement du Service d’Aide Ă  la Jeunesse

Les juges bruxellois de la jeunesse lançaient dĂ©jĂ  un cri d’alarme en 2022. Le Procureur du Roi le dit encore aujourd’hui : 400 mineurs en danger devraient ĂȘtre accueillis dans une institution mais ne peuvent pas l’ĂȘtre. Les places d’hĂ©bergement manquent cruellement ainsi qu’un renforcement de l’accompagnement des familles. Le Service d’Aide Ă  la Jeunesse (SAJ) manque aussi de moyens, le secteur est en crise depuis des annĂ©es. En 2023, les travailleurs manifestaient devant le siĂšge du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration Wallonie Bruxelles pour demander plus de personnel. Ces renforcements sont nĂ©cessaires pour venir en aide Ă  des enfants qui sont parfois dans des situations trĂšs prĂ©caires. 

12. Assurer un suivi plus accru des jeunes qui tombent dans la délinquance

Les jeunes qui ont Ă©tĂ© condamnĂ©s pour des faits, une fois relĂąchĂ©s, ont besoin de suivi et d’accompagnement pour empĂȘcher un ancrage plus profond dans des rĂ©seaux criminels. Cela veut dire aussi mettre en place un suivi au niveau de recherche de travail, de formation ou autre, pour permettre aux jeunes de s’insĂ©rer durablement. Cela demande un accompagnement personnalisĂ© Ă  tous ces jeunes.

13. Prendre soin des plus vulnérables

Enfin, le plan inclut une attention particuliĂšre aux sans-abris et aux personnes en situation de grande prĂ©caritĂ©. Une meilleure prise en charge dans les quartiers, les espaces publics (rues, mĂ©tros) des personnes qui dorment dehors est indispensable Ă©galement. Ce sont Ă©videment des publics vulnĂ©rables et sujet aux drogues. Les associations de terrain doivent ĂȘtre renforcĂ©es pour leur venir en aide et les sortir de la rue. Enfin, l’aide aux toxicomanes pour les sortir de leurs problĂšmes de dĂ©pendances, doit Ă©galement ĂȘtre renforcĂ©e.


En combinant des mesures de rĂ©pression ciblĂ©e – visant aussi bien l’offre que les infrastructures financiĂšres des rĂ©seaux, en arrĂȘtant les tĂȘtes – avec des actions de prĂ©vention et de soutien aux populations les plus vulnĂ©rables, ce plan vise Ă  restaurer la sĂ©curitĂ© dans nos quartiers. Comme le disait le Procureur du Roi de Bruxelles : « J’en ai marre des effets d’annonce », il est temps de donner les moyens aux diffĂ©rents acteurs de terrain avec une vision stratĂ©gique.

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