Les saisies de cocaĂŻne ont reculĂ© de 21 % en 2024. Mais le rapport europĂ©en sur les drogues, publiĂ© ce 9 juin, dĂ©montre lâinverse dâun rĂ©pit : jamais la cocaĂŻne nâa Ă©tĂ© aussi disponible.
Les saisies de cocaĂŻne ont reculĂ© en 2024 mais il serait naĂŻf de croire que le marchĂ© connaisse un rĂ©pit. Le rapport europĂ©en sur les drogues 2026, prĂ©sentĂ© ce 9 juin Ă Bruxelles par lâAgence de lâUnion europĂ©enne sur les drogues (EUDA), ne doit pas ĂȘtre lu au premier degrĂ©.
Certes, les 330 tonnes interceptĂ©es en 2024 sont infĂ©rieures de 21 % aux saisies de lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente (419 tonnes) mais la rĂ©alitĂ© est que les trafiquants se sont adaptĂ©s. Les saisies sont concentrĂ©es Ă prĂšs de 40 % en Espagne, comme pont entre lâEurope et lâAmĂ©rique latine. CĂŽtĂ© transformation, les Pays-Bas concentrent lâessentiel des laboratoires de cocaĂŻne dĂ©mantelĂ©s (extraction secondaire, dissimulation chimique).
« La cocaĂŻne est plus disponible aujourdâhui que jamais auparavant », a admis dâemblĂ©e le commissaire aux Affaires intĂ©rieures, Magnus Brunner. Traduction : la marchandise circule autant, mais en colis plus petits et par des routes plus nombreuses. Les eaux usĂ©es des villes europĂ©ennes (indicateur le moins trompeur) confirment une consommation toujours en hausse. La production sud-amĂ©ricaine, elle, bat des records.
Des grands aux petits ports
Comment expliquer ce paradoxe ? Les experts pointent un « effet vase communicant ». Ă force de muscler les contrĂŽles dans les grands ports â Anvers, Rotterdam, Hambourg â, on a dĂ©placĂ© le problĂšme ailleurs. « Les criminels passent des grands ports vers les plus petits, a reconnu Magnus Brunner. Câest pourquoi nous devons maintenant nous concentrer sur les petits ports. »
Les moyens dĂ©montrent que lâinnovation est un moteur puissant au sein de la grande criminalitĂ© : la drogue arrive en Europe par semi-submersibles, par drones (il nây a pas que lâUkraine qui est Ă la pointe). Les transbordements en pleine mer se multiplient et la dissimulation dans des cargaisons alimentaires sâest banalisĂ©e. Le trafic sâest fait liquide, fragmentĂ©, insaisissable. On ne tue pas un marchĂ© en saisissant mieux ; on le pousse Ă muter.
« Ce sont précisément ces réseaux criminels hautement professionnels qui sont derriÚre le marché, a rappelé le commissaire autrichien. Ils utilisent des technologies de pointe, des communications chiffrées, des structures logistiques internationales, et disposent de ressources financiÚres énormes. »
Le marchĂ© lui-mĂȘme en porte tĂ©moignage, et câest lâargument dĂ©cisif que le rapport ne met pas assez en avant. Sur dix ans, le prix de dĂ©tail de la cocaĂŻne a baissĂ© dâenviron 11 %, tandis que sa puretĂ© progressait dâun tiers. Pour un mĂȘme billet, le consommateur obtient aujourdâhui un produit plus pur quâen 2013. Câest la signature Ă©conomique dâun marchĂ© saturĂ© dâoffre, autrement dit la dĂ©finition mĂȘme dâune « disponibilitĂ© record ».
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