La France affirme ĂȘtre « en guerre » contre le narcotrafic et multiplie les dispositifs dâexception. Mais face Ă des rĂ©seaux criminels toujours plus flexibles et « ubĂ©risĂ©s », lâĂtat reste prisonnier de ses cloisonnements et de rĂ©ponses parfois mal articulĂ©es. Au risque de se dĂ©sarmer lui-mĂȘme
La France affirme depuis quelques mois mener une guerre contre le narcotrafic. Le vocabulaire n’est pas neutre. Une guerre suppose un ennemi clairement identifiĂ©, une doctrine, des moyens exceptionnels et surtout une stratĂ©gie cohĂ©rente. Or c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ que rĂ©side le paradoxe français : nous empruntons le langage de la guerre sans toujours en assumer la logique, ni surtout penser jusqu’au bout les consĂ©quences des armes que nous dĂ©cidons d’utiliser.
La comparaison avec le Salvador de Nayib Bukele est rĂ©guliĂšrement brandie, parfois jusqu’Ă la caricature. Ăvidemment, la France ne peut ni ne doit reproduire les arrestations de masse, l’Ă©tat d’exception ou les restrictions profondes aux libertĂ©s individuelles qui ont accompagnĂ© le modĂšle salvadorien. Notre systĂšme repose sur le contrĂŽle du juge, la sĂ©paration des pouvoirs et la protection des droits fondamentaux. C’est une force, pas une faiblesse.
Mais il faut alors avoir l’honnĂȘtetĂ© intellectuelle d’en tirer la consĂ©quence : nous ne menons pas une guerre au sens oĂč certains Ătats l’entendent. Nous menons une politique de lutte contre la criminalitĂ© organisĂ©e dans le cadre d’un Ătat de droit. Et si nous voulons qu’elle soit efficace, il faut commencer par accepter cette rĂ©alitĂ© plutĂŽt que de chercher Ă donner Ă une politique publique le vocabulaire d’une guerre qu’elle ne peut juridiquement pas mener.
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