FRANCE 🇨🇵 (#PNACO – #DNRED – #OFAST) : la consommation de stupĂ©fiants provient de consommateurs insĂ©rĂ©s dans toutes les couches de la sociĂ©tĂ©, y compris dans les classes moyennes et supĂ©rieures

L’ESSENTIEL

  • Le durcissement de la rĂ©ponse pĂ©nale pour contrer la montĂ©e du narcotrafic est-il vraiment efficace ? Étude de cas au BrĂ©sil et en France.
  • Engager les forces de police dans une logique d’affrontement peut couper celles-ci d’une partie de la population, pourtant indispensable pour dĂ©manteler les rĂ©seaux.
  • Les marchĂ©s illĂ©gaux reposent sur des organisations capables de se reconstituer en permanence. Il faut donc se demander pourquoi la demande de stupĂ©fiants est si importante dans nos sociĂ©tĂ©s.

Depuis plusieurs annĂ©es, monte en France un discours sur la rĂ©pression du narcotrafic, souvent qualifiĂ©e de « guerre Â», justifiant des mesures exceptionnelles et un durcissement de la rĂ©ponse pĂ©nale pour contrer la montĂ©e de la violence, la puissance financière et la capacitĂ© de corruption et de nuisance des rĂ©seaux criminels.

De fait, la situation est grave. Les records historiques de saisies de cocaĂŻne s’enchaĂ®nent en France (53,5 tonnes en 2024, 81 tonnes en 2025) et la disponibilitĂ© du produit reste extrĂŞmement Ă©levĂ©e. Ports, chaĂ®nes logistiques commerciales, et leurs personnels, apparaissent de plus en plus exposĂ©s Ă  la corruption, Ă  l’intimidation et, dans certains cas, Ă  la violence.

Le raisonnement qui consiste Ă  rĂ©pondre par toujours plus de rĂ©pression repose sur au moins trois prĂ©supposĂ©s :

  1. Une représentation très binaire du marché des drogues, où l’on distingue, d’un côté, des trafiquants violents et, de l’autre, une société qui en serait simplement victime.
  2. Une association presque mécanique entre narcotrafic et violence.
  3. L’idée que les sanctions ont un effet dissuasif ou inhibiteur proportionnel à leur force.

Ces prĂ©supposĂ©s peuvent ĂŞtre nuancĂ©s :

  1. La consommation de drogues provient de consommateurs insérés dans toutes les couches de la société, y compris dans les classes moyennes et supérieures. Elle ne peut donc pas être comprise uniquement comme le résultat de l’emprise de trafiquants sur des individus captifs.
  2. Concernant la violence, les quantités de cocaïne saisies au Havre sont considérables, mais le niveau de violence (qui existe) reste bien inférieur à celui de Marseille, ce qui montre que le volume d’un marché ne détermine pas automatiquement le volume des exactions.
  3. Nos travaux respectifs, basés sur des recherches de longue durée au Brésil et en France sur les marchés illégaux et les organisations criminelles, amènent à un constat commun qui nuance le troisième présupposé : les marchés illégaux ne résistent pas à la répression simplement parce qu’elle est insuffisante, mais aussi parce qu’ils reposent sur des formes d’organisation économique et des formes sociales spécifiques qui incluent une capacité à s’adapter à la répression.

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