FRANCE 🇫🇷 DGDDI : une hiérarchie qui ne respecte pas les engagements de la DNRED
Par Marc Fiévet – Aviseur International NS 55
La Douane française est schizophrène. Elle a un service de terrain qui prend des risques, et une direction générale qui les renie dès que le risque devient judiciaire.
J’en suis la preuve vivante : 3888 jours de prison, 4 pays, pour avoir fait ce que la Douane m’avait demandé de faire.
1. L’engagement de terrain : le cargo Melor
Au début des années 90, la DNRED veut infiltrer une organisation qui importe de la cocaïne via l’IRA. Le plan : acheter un cargo.
La DNRED finance 50% du cargo Melor. Les 50% restants sont apportés à Rotterdam par John Hector, officier du HM Customs & Excise britannique, avec du cash provenant du narcotrafiquant anglais John Short. Je suis l’agent embarqué, sous le matricule NS 55.
À l’époque, HM Customs & Excise est la référence mondiale. C’est elle qui fait 75% des saisies de drogue au Royaume-Uni. Elle a ses cutters, ses rummagers, son National Investigation Service. Elle travaille main dans la main avec la DNRED. Il n’y a pas de SOCA, pas de NCA. Il y a des hommes qui se font confiance d’une rive à l’autre de la Manche.
2. La preuve que Paris savait : la déclaration Garcia
Quand je suis arrêté à Madrid et que l’Espagne veut m’extrader vers Londres, la France intervient. Pas par un coup de fil, par une déclaration officielle devant l’Audiencia Nacional de Madrid.
L’attaché des Douanes françaises à Madrid, Monsieur Jean Paul Garcia, déclare devant les magistrats :
« The Defence in its allegations, opposes the extradition, stating that the defendant is a customs informer, acting as an undercover agent, verified by documents and by a statement made by Jean Paul GARCIA, Customs Attaché at the French Embassy in Madrid, and that according to his statement he declared this in the name of the director General of Customs in France. »
Traduction : Je suis informateur des douanes, agent infiltré, et M. Garcia déclare cela au nom du Directeur Général des Douanes de France.
Il n’y a pas plus officiel. Ce n’est pas la DNRED qui parle dans un couloir. C’est le représentant de la DGDDI à l’étranger, qui engage le Directeur Général devant une cour étrangère.
3. Le revirement : la hiérarchie ne respecte pas l’engagement
Une fois extradé, une fois écroué en Angleterre, le discours change à Paris.
Le directeur de la DNRED, lui, confirme. Il déclare que j’ai bien renseigné ses services. Mais le Directeur Général de la DGDDI, lui, refuse d’intervenir. Refuse d’envoyer une attestation officielle à la justice britannique, refuse de confirmer l’opération conjointe, refuse la protection fonctionnelle.
Pourquoi ? La réponse est dans le référé de la Cour des Comptes du 7 novembre 2024 sur la DNRED (S2024-1375) :
« une gestion opaque des aviseurs sans dispositif de contrôle hiérarchique ; […] une absence de supervision de la DNRED de la part de ses autorités hiérarchiques pendant plusieurs années (DGDDI et cabinet du ministre). »
La DNRED prend des engagements sur le terrain. La DGDDI les tolère tant qu’ils rapportent. Et quand l’agent se fait prendre, la DGDDI dit : « Ce n’était pas une opération officielle, c’était un aviseur occasionnel ».
4. Pourquoi HM Customs a été démantelée, et pas nous
Au Royaume-Uni, on a tiré les leçons. Le scandale London City Bond en 2002 a montré que HM Customs ne pouvait pas être à la fois enquêteur et procureur. Gordon Brown l’a dissoute en 2005 pour créer HMRC (le percepteur) et a transféré la lutte anti-drogue à SOCA en 2006, puis à la NCA en 2013. On a séparé le percepteur du flic.
En France, on n’a rien séparé. On a gardé la DGDDI qui encaisse la TVA et qui, en même temps, est censée superviser la DNRED qui fait de l’infiltration. Résultat : quand il faut assumer, personne n’assume.
La protection fonctionnelle ? Le guide de la CGT Douanes mis à jour le 28 octobre 2026 le rappelle : l’administration doit protéger l’agent victime d’attaques liées à ses fonctions. Sauf que si tu n’es pas « agent », mais « aviseur », tu n’as droit à rien. C’est l’Absurdistan juridico-administratif que je dénonçais en 2022.
Garcia a parlé au nom du DG. La DNRED a reconnu. Le DG a refusé d’intervenir. Et j’ai fait 3888 jours de taule en Espagne, Angleterre, Canada et France.
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