René-Maxime Parent | 09 sept 2015Avec la série Narcos (2015), Netflix ajoute à son contenu audiovisuel en flux continu sa version de la biographie de l’assassin Pablo Escobar qui a gouverné le marché mondial de la cocaïne dans les années 1980. Le ras-le-bol d’une foule de Colombiens face à l’association de leur culture à la violence et au narcotrafic ne peut rien contre la multiplication des Pablo Escobar, rapporte le quotidien espagnol El País le 7 septembre.
Il existe déjà plusieurs séries sur ce personnage datant des dernières années dont plusieurs ont été tournés en Colombie. Ce pays de tradition télévisuelle est en train de développer son industrie cinématographique en s’inspirant de sa propre réalité, plus précisément de son côté dur. Les spectateurs ont assisté à trois films de 2008 à 2014 qui portent sur une mafia nationale qui use d’une violence extrême.
Au début de l’année, le Festival international du film de Toronto a lancé le film le plus récent sur le personnage, Paradise Lost (2014), dirigé par l’acteur italien Andrea Di Stefano qui se trouvait derrière la caméra pour la première fois. Le rôle principal est joué par Benicio del Toro, l’acteur qui incarnait le Che (2008) dans les deux films du même nom et un enquêteur mexicain affecté au narcotrafic dans le film Traffic (2000) sous la direction de l’Américain Steven Soderbergh. Cet acteur d’origine portoricaine établie aux États-Unis joue également dans le film Sicario (2015) du réalisateur québécois Denis Villeneuve, un autre film sur le narcotrafic.
Benicio del Toro joue un Pablo Escobar qui s’exprime en anglais. Malgré toutes les occupations d’un criminel de son calibre, il trouve le temps de protéger sa nièce qui le présente à un copain « gringo ». La critique colombienne a été clémente envers le jeu du comédien, mais a passé le film à la déchiqueteuse pour avoir traité un aspect de sa culture avec superficialité.
Courant le risque de reproduire la même erreur, un autre acteur hollywoodien se frotte à l’univers de Pablo Escobar, Tom Cruise. Au long de sa carrière, il s’est initié au crime organisé avec Risky Business (1983), à la drogue avec Cocktail (1988) et à la culture hispanique avec Vanilla Sky (2001), le remake de Abre los ojos (1997) du cinéaste espagnol Alejandro Amenábar. La semaine dernière, le héros de Top Gun (1986) s’est laissé photographier aux côtés de soldats de l’armée colombienne lors de sa visite du département d’Amazonas. Là, où ils sont en train de tourner des scènes de son prochain film prévu pour 2017.
Le récit de Mena ( le titre est sujet à changement ), dirigé par Doug Liman et présenté par Tom Cruise, se base sur la vie du pilote américain Barry Seal qui a travaillé avec Pablo Escobar.
À faible coût
Narcos (2015) de même que Mena (2017) n’a pas seulement choisi la Colombie pour s’approprier la trajectoire du personnage. Les deux productions profitent des incitatifs fiscaux de la loi 1.556 votée en 2012, nommée « Filmación Colombia ». Le gouvernement rembourse 40 pour cent des frais de la production audiovisuelle et 20 pour cent des frais de tourisme, incluant les billets d’avion et l’hôtel. Alors, on risque de pondre de plus en plus de Pablo Escobar en sol colombien. Netflix vient de confirmer la deuxième saison de la série Narcos pour 2016.
« Le plus important était de raconter l’histoire avec honnêteté », confirme l’Américain Eric Newman, l’un des producteurs de Narcos, rapporte La Presse, le 28 août. « La série est racontée du point de vue de Steve Murphy, un agent de la DEA interprété par Boyd Holbrook, lancé aux trousses d’Escobar jusqu’à sa mort en 1993 sous les balles de la police (…) mais l’attention est portée également sur la figure d’Escobar, incarnée par l’acteur brésilien Wagner Moura, car c’est à lui que l’on doit l’arrivée de la DEA en Colombie », poursuit le quotidien.
« La bande-annonce, qui a été divulguée aujourd’hui, promet des reconstitutions historiques saisissantes et des scènes d’action enlevantes », lit-on dans le Journal de Montréal, le 19 août.
Pour les Colombiens qui en ont assez de voir le criminel à l’écran, de l’indépendance du pays en 1810 à aujourd’hui en passant par l’œuvre du défunt Gabriel García Márquez, ce n’est pas les sujets qui manquent pour faire un bon film. Pourquoi ne pas faire une série sur le Panama, cette ex-province de la Colombie? Il s’agit de plus de 75 000 km2 de superficie où les grandes productions ne bénéficient pas des incitatifs de la nouvelle loi colombienne. Une vraie tragédie!
SOURCE: http://www.pieuvre.ca/2015/09/09/societe-colombie-escobar/
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