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Par Brendan Kemmet
LâOffice des stups ne semble plus devoir quitter la spirale des rĂ©vĂ©lations compromettantes.
Le mĂ©nage est fait par une magistrate qui a dĂ©couvert quâun policier de lâoffice avait fait surveiller le numĂ©ro de son Ă©pouse. Selon nos informations, le patron de lâOCRTIS lâa dâabord cachĂ© Ă la magistrate.

Quand Ă lâĂ©tĂ© 2016 Vincent Le Beguec a franchi les portes vitrĂ©es coulissantes de la rue des Trois-Fontanot Ă Nanterre, il nâenvisageait peut-ĂȘtre pas lâampleur du chantier qui lâattendait Ă lâOffice central pour la rĂ©pression du trafic illicite des stupĂ©fiants (OCRTIS). LibĂ©ration Ă©crivait alors que le commissaire avait pour « lourde tĂąche de redorer lâimage dâun service Ă©branlĂ© par les mĂ©thodes de son ancien patron ». Moins de trois ans aprĂšs, le successeur de François Thierry se retrouve Ă son tour en difficultĂ© et en proie aux critiques des magistrats spĂ©cialisĂ©s qui mettent en cause sa loyautĂ©.
DĂ©jĂ secouĂ© par « lâaffaire Hambli », du nom du principal indic de lâancien patron du service, lui-mĂȘme sous le coup de deux mises en examen Ă Bordeaux et Lyon, lâoffice des stups ne semble pas devoir quitter la spirale des rĂ©vĂ©lations compromettantes. Il y a dâabord eu cette hiver la mise en cause dâun expĂ©rimentĂ© chef de groupe, suspectĂ© dâavoir informĂ© son indic des allĂ©es et venues dâun rival qui lâavait flouĂ©.
Ce rival a Ă©tĂ© enlevĂ©, sĂ©questrĂ© et sĂ©vĂšrement battu, selon les rĂ©vĂ©lations du Monde que Mediapart a dĂ©taillĂ©es. Le policier est soupçonnĂ© dâavoir « glissĂ© » discrĂštement une demande de facturation dĂ©taillĂ©e (fadet) dans une enquĂȘte sans aucun rapport et menĂ©e par une juge dâinstruction, appartenant Ă la Juridiction interrĂ©gionale spĂ©cialisĂ©e de Rennes (JIRS).
En dĂ©couvrant lâaffaire, la juge bretonne a dessaisi lâOCRTIS des quatre dossiers quâelle lui avait confiĂ©s, mais elle ne sâest pas arrĂȘtĂ©e lĂ . Comme lâa dĂ©voilĂ© Europe 1, elle a demandĂ© au chef des « stups » de justifier lâensemble des demandes de « fadet » et de gĂ©olocalisation rĂ©alisĂ©es dans le cadre de ses procĂ©dures menĂ©es avec le prestigieux office de Nanterre. Et elle a eu une surprise en dĂ©couvrant quâun autre policier a fait surveiller le numĂ©ro de son Ă©pouse.
Ce qui pourrait nâĂȘtre quâune dĂ©rive individuelle, une erreur de Post-it mĂ©langĂ©s, comme lâa expliquĂ© le fonctionnaire, se double dâun aspect plus embarrassant pour les relations policiers-magistrats dĂ©jĂ sĂ©rieusement mises Ă mal depuis quatre ans. Depuis la saisie de 7 tonnes de cannabis lors dâune opĂ©ration ratĂ©e de lâOCRTIS dirigĂ© alors par François Thierry et dont la justice semble avoir tout ignorĂ©âŠ

AprÚs la [fausse] saisie, le 18 octobre 2015, de sept tonnes de cannabis à Paris. © Reuters
Selon les informations recueillies par Mediapart, quand, mi-avril, la juge dâinstruction rennaise a demandĂ© Ă qui Ă©tait attribuĂ© le numĂ©ro litigieux, le commissaire Le Beguec a dâabord rĂ©pondu quâil sâagissait de celui « dâun policier de son service ». La magistrate est alors revenue Ă la charge en exigeant lâidentitĂ© du policier. Le patron de lâOCRTIS a fini par reconnaĂźtre quâil ne sâagissait en rĂ©alitĂ© pas dâun fonctionnaire de son service, mais bien de lâĂ©pouse dâun fonctionnaire de son service. « On a menti Ă un magistrat, commente une source judiciaire. Câest particuliĂšrement grave. »
Le parquet de Nanterre a Ă©tĂ© saisi. Il prĂ©cise quâil a « reçu la semaine derniĂšre un courrier du tribunal de grande instance de Rennes » et « Ă©tudie les suites Ă lui donner ». ContactĂ©, Vincent Le Beguec nâa pas rĂ©pondu aux sollicitations de Mediapart. Quant Ă la direction gĂ©nĂ©rale de la police nationale, elle nâa pas souhaitĂ© non plus faire de commentaires, arguant dâune enquĂȘte en cours.
En juillet 2017, le commissaire Le Beguec avait semblĂ© plutĂŽt dĂ©semparĂ© au moment de rendre compte dâun entretien avec sa supĂ©rieure, Mireille Ballestrazzi, alors directrice centrale de la police judiciaire. Il sâentretenait avec son adjoint de lâĂ©poque, lui-mĂȘme placĂ© sous Ă©coutes judiciaires dans lâaffaire Hambli. « On nâarrĂȘte pas lĂ maintenant les conneries ? sâinterrogeait M. Le Beguec. Quâest-ce quâil faut, alors, câest pas encore assez, un procureur adjoint, un JLD [juge des libertĂ©s et de la dĂ©tention] qui sont Ă©galement dans le dossier ? Enfin bon⊠des fois jâarrive plus Ă comprendre. »
Il fait lĂ rĂ©fĂ©rence Ă deux magistrats mis en cause dans la procĂ©dure lyonnaise de François Thierry car soupçonnĂ©s dâavoir permis la fausse garde Ă vue dâun indic. Surtout, Vincent Le Beguec concluait : « Jâen ai au moins profitĂ© pour bien lui [la directrice de la PJ] redire que la JIRS, câĂ©tait mĂȘme pas la peine de penser quâon allait travailler avec eux⊠» Le commissaire parlait alors de la JIRS de Paris. DĂ©sormais, son service est aussi confrontĂ© Ă la dĂ©fiance de celle de Rennes.
JérÎme Bonet, le patron de la DCPJ
La perspective dâun changement de nom de lâOffice des stups, comme lâa rĂ©vĂ©lĂ© Mediapart, suffira-t-elle Ă rĂ©tablir la confiance avec les magistrats ? Cette rĂ©forme imposĂ©e Ă marche forcĂ©e par lâĂlysĂ©e doit aboutir avant lâĂ©tĂ©. Dâores et dĂ©jĂ , il semble que la sortie de lâOCRTIS de la police judiciaire nâest plus au goĂ»t du jour.
En revanche, gendarmes et douaniers auront un rĂŽle renforcĂ© et un magistrat de liaison devrait sâinstaller Ă demeure au sein de la nouvelle structure. Quant au nom de cette derniĂšre, les hautes sphĂšres policiĂšres hĂ©sitent entre « office central de lutte anti-drogue » (OCAD) et « office central interministĂ©riel anti-drogue » (OCIAD). MĂȘme si rien nâest gravĂ© dans le marbre. LĂ encore, le suspense perdure, la direction gĂ©nĂ©rale de la police nationale se disant soumise Ă la « pĂ©riode de rĂ©serve Ă©lectorale », jusquâaux Ă©lections europĂ©ennes.Si vous avez des informations Ă nous communiquer, vous pouvez nous contacter Ă lâadresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sĂ©curisĂ©e, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.
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