COKE en STOCK (CCLXXVIII) : Belize 🇧🇿 , le maillon faible, retour historique

Des pistes et des pilotes de la CIA (Abbott), un systÚme de blanchiment mis en place par un industriel et financier anglais, devenu lord éminemment respecté (Lord Ashcroft), le Belize avait plusieurs cartes dans son jeu pour devenir un pays-clé du trafic de coke.

Tout a commencé là-bas à la fin des années 80
L’arrivĂ©e de bateaux et d’avions chargĂ©s de cocaĂŻne au Belize date de la fin des annĂ©es 80. C’est ce que dit ici avec justesse Julie LĂłpez dans « Organized Crime and Insecurity in Belize » de janvier 2013. « Le rĂŽle du Belize dans le commerce international de la drogue a suivi une trajectoire similaire Ă  celle de ses voisins. Lorsque le pays a obtenu son indĂ©pendance de la Grande-Bretagne le 21 septembre 1981, l’AmĂ©rique centrale n’était pas encore un couloir clĂ© pour les expĂ©ditions de cocaĂŻne. Les trafiquants utilisaient plutĂŽt les CaraĂŻbes, en particulier les Bahamas. Cela a commencĂ© Ă  changer Ă  la fin des annĂ©es 1980, les États-Unis ayant bloquĂ© les opĂ©rations aux Bahamas et les trafiquants alliĂ©s au dictateur du Panama Manuel Noriega pour ouvrir l’AmĂ©rique centrale comme couloir de trafic. Depuis lors, le trafic de drogue est devenu le principal dĂ©clencheur de crimes violents en la rĂ©gion. Au Belize, les forces de sĂ©curitĂ© et de dĂ©fense relativement jeunes et institutionnellement faibles, incapables de limiter le trafic de drogue, ont Ă©tĂ© encore plus mises Ă  l’épreuve ».
La gĂ©ographie s’y prĂȘtait, alors que la consommation sur place Ă©tait trĂšs faible, cette drogue Ă©tait donc en transit au Belize : « la faible consommation de cocaĂŻne – moins de 0,3% de la population du Belize, selon l’ONUDC – fait du Belize Ă©galement un point de transit pour la cocaĂŻne. Lovell note que la taille de la population ne rend pas le pays financiĂšrement viable en tant que consommateur, mais son emplacement continue d’attirer les trafiquants. Sur le plan gĂ©ographique, les principaux sujets de
prĂ©occupation sont la frontiĂšre nord du Belize de 174 milles avec le Mexique, comprenant les districts d’Orange Walk et de Corozal; et les quartiers sud de TolĂšde, Ă  la frontiĂšre avec le Guatemala, et Stann Creek, avec une zone cĂŽtiĂšre sujette aux activitĂ©s de transbordement. Selon le commissaire aux ports John Flowers, toute la zone cĂŽtiĂšre du Belize, parsemĂ©e de centaines de petites Ăźles (connues localement sous le nom de cayes), est en danger. »
Enfumer l’insurrection au Guatemala, via Belize ?

Les amĂ©ricains donc prĂ©venus, et mĂȘme dĂ©jĂ  arrivĂ©s sur place mais pour toute autre chose. Episode mĂ©connu de la prĂ©sence US Ă  Belize : venir en « aide » au Guatemala. Une drĂŽle d’aide d’ailleurs, racontĂ©e ici dans le Magazine Mother Jones de fĂ©vr.-mars 1989, un article
signĂ© Mary Jo Mc Conahay et Robin Kirk. Une « aide » qui ressemble comme deux gouttes Ă  ce qui a Ă©tĂ© fait au Viet-Nam avec l’Agent Orange de sinistre mĂ©moire : «
Les GuatĂ©maltĂšques ne cultivent pas de coca (nota : ils y viennent) et la production de marijuana et de pavot Ă  opium du pays est si faible qu’elle ne figure pas sur la liste des Nations Unies des pays producteurs de drogue. Nous y sommes entrĂ©s malgrĂ© tout.

Selon un porte-parole du DĂ©partement d’État, «les GuatĂ©maltĂšques nous ont demandĂ© de l’aide.»  À partir du printemps 1987, des pilotes amĂ©ricains ont volĂ© du Belize pour pulvĂ©riser le dĂ©foliant Roundup Up. L’ambassade au Guatemala indique qu’elle note « une augmentation significative de la culture de marijuana et de pavot » au cours de l’annĂ©e derniĂšre, donc la pulvĂ©risation continue, le gouvernement guatĂ©maltĂšque refusant « pour des raisons de sĂ©curitĂ© » d’informer la population rurale oĂč et quand cela se produira.
Les rĂ©gions guatĂ©maltĂšques ciblĂ©es sont prĂ©cisĂ©ment celles oĂč les troupes gouvernementales luttent contre trois armĂ©es de guĂ©rilla de gauche. Ces hautes terres et la jungle du nord abritent la mer civile dans laquelle nagent les poissons de la guĂ©rilla, et l’armĂ©e aimerait voir la mer se vider.

« Que ce soit contre la drogue ou contre la guĂ©rilla, la pulvĂ©risation ne peut-elle pas se faire de maniĂšre plus humaine? » a rĂ©cemment plaidĂ© un fermier dans les montagnes occidentales Ă  un journaliste de la BBC alors qu’il Ă©tait assis parmi des tomates rĂ©trĂ©cies et des tas de feuilles tachĂ©es de noir de sa rĂ©colte de cafĂ©, de maĂŻs et de haricots. « Les fumigations nous achĂšvent », a dĂ©clarĂ© un paysan prĂšs de Huehuetenango Ă  un autre journaliste. Le porte-parole de l’opposition guatĂ©maltĂšque Frank LaRue accuse la campagne de pulvĂ©risation d’effacer les rĂ©coltes des paysans afin de dĂ©truire l’approvisionnement alimentaire des insurgĂ©s. Par consĂ©quent, les paysans indiens sont obligĂ©s de quitter les zones reculĂ©es et dĂ©pendent de l’armĂ©e pour se nourrir.

Des diplomates et des observateurs des droits de l’homme confirment que l’armĂ©e guatĂ©maltĂšque, avec les États-Unis aide, fournit des vivres dans des conditions contrĂŽlĂ©es dans le cadre de son vaste programme de contre-insurrection. Le DĂ©partement d’État nie toute intention de contre-insurrection Ă  la pulvĂ©risation. Mais pour ceux qui sont sur le terrain, les dĂ©nĂ©gations sonnent creux.

Curt Wands, un ancien technicien mĂ©dical d’urgence qui forme des «mĂ©decins pieds nus», a passĂ© deux mois Ă  voyager dans des rĂ©gions montagneuses reculĂ©es. « Les gens avaient peur », dit-il, Ă  cause des avions qui ont dĂ©ferlĂ© et fumigĂ©. Dans de nombreuses cliniques, Wands a vu des soldats, ce qui, selon lui, dĂ©couragerait les Indiens touchĂ©s par les embruns de sortir de leur cachette pour obtenir de l’aide. Un membre de la tribu Mam sur les flancs d’un volcan Ă  San Marcos l’a clairement expliquĂ© Ă  Wands: La guerre contre la drogue, a-t-il dit, «n’est qu’une autre tactique» de la contre-insurrection ». Lire ici le dossier sur la Guerre Ă  la drogue via les herbicides.
Les photos on Ă©tĂ© prises en Colombie semble-t-il, oĂč on a pratiquĂ© de mĂȘme avec le mĂȘmes engins 
 et le mĂȘme produit. La photo du militaire US, le colonel Christopher Hughes, commandant de la Joint Task Force-Bravo de la Soto Cano Air Base, au Honduras a Ă©tĂ© prise a Belize durant l’exercice New Horizons Belize 2007.

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