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AFRIQUE DU SUD 🇿🇩 (Narcotrafic): retour sur le parcours de Nelson Yester-Garrido

Dans les annĂ©es 2000, l’Afrique du sud Ă©tait un paradis pour les narcos

Pourtant la police sud-africaine tentait de mettre fin Ă  un trafic de cocaĂŻne qui empruntait des routes et des moyens complexes. Une affaire qui souligne l’importance de l’Afrique du Sud comme plaque tournante du trafic international de stupĂ©fiants.

Nelson Yester-Garrido, suspect-clĂ© dans l’enquĂȘte de la police sud-africaine, Ă©tait recherchĂ© aux Etats-Unis pour avoir tentĂ© d’acheter un sous-marin de l’époque soviĂ©tique permettant de faire entrer des quantitĂ©s industrielles de cocaĂŻne sur la cĂŽte ouest des Etats-Unis et au Canada. Voitures de sport, propriĂ©tĂ©s huppĂ©es, vie de chĂąteau, et cadavres Ă  l’envi – l’histoire avait tout d’un roman d’espionnage. Sauf que ce n’était pas de la fiction. Il s’est enfui en 1997 en Afrique du Sud oĂč il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en 2010 pour trafic de drogue. [En fĂ©vrier 2013, en Afrique du Sud, les charges contre lui ont Ă©tĂ© annulĂ©es pour vice de procĂ©dure].

Chris Els, de la police sud-africaine, a dĂ©clarĂ© au New Statesman que les personnes impliquĂ©es poursuivaient leurs activitĂ©s et que l’enquĂȘte restait donc ouverte. De leur cĂŽtĂ©, les autoritĂ©s brĂ©siliennes ont mis la main sur huit suspects dans une opĂ©ration coordonnĂ©e avec les autoritĂ©s sud-africaines. Les suspects ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s dans un raid lors duquel 166 kilos de cocaĂŻne ont Ă©tĂ© saisis au port de Ngqura, prĂšs de Port Elizabeth [Afrique du Sud].

Un ripoux dans la police sud-africaine

Le lien de ce trafic avec la Grande-Bretagne a Ă©tĂ© mis au jour en 2010, lors d’un des plus grands procĂšs depuis la fin de l’apartheid : le commissaire de police Jackie Selebi, le plus vieux reprĂ©sentant des forces de l’ordre, a Ă©tĂ© reconnu coupable de corruption et condamnĂ© Ă  quinze annĂ©es de rĂ©clusion.

Jackie Selebi avait la confiance du prĂ©sident sud-africain Thabo Mbeki. Il fut par ailleurs le premier prĂ©sident africain d’Interpol, ce qui lui valu beaucoup de publicitĂ©. Selebi a Ă©tĂ© reconnu coupable d’avoir acceptĂ© de l’argent – des sacs de papier kraft remplis
de billets – de Glen Agliotti, un trafiquant de drogue notoire. Selebi et Agliotti se rencontraient presque tous les jours au Brazilian Coffee Shop, un restaurant de Sandton, une somptueuse banlieue de Johannesburg. Et parmi les habituĂ©s qui partageaient leur table se trouvait Yester-Garrido.

C’est pendant le procĂšs de Selebi que ces documents ont dĂ©voilĂ© l’existence d’un trafic vers la Grande-Bretagne. Les douanes britanniques avaient contactĂ© la police sud-africaine, Ă  la recherche d’informations sur Agliotti.
Celui-ci Ă©tait accusĂ©, avec d’autres personnes, d’introduire des “quantitĂ©s significatives de cocaĂŻne au Royaume-Uni”. La drogue, dissimulĂ©e dans un container de meubles, Ă©tait envoyĂ©e par avion du Venezuela jusqu’en Angola, puis par voie terrestre jusqu’en Afrique du Sud. Selon certaines informations, en 2004, un premier essai de convoyage aurait Ă©tĂ© menĂ© via Tilbury [l’avant-port de Londres]. Trois containers “propres” auraient Ă©tĂ© suivis de trois containers “sales”, remplis de drogue. Un des documents mentionne un associĂ© britannique, surnommĂ© Baldy John, avec son adresse postale et son numĂ©ro de portable. Pour Ă©chapper Ă  des poursuites, Agliotti a tĂ©moignĂ© contre son complice et aidĂ© Ă  inculper le commissaire de police

.Des animaux à la drogue, le pays trempe dans tous les trafics

La police sud-africaine recherche actuellement plusieurs autres personnes impliquées dans cette livraison de cocaïne, notamment Shane Paul Bhatti, qui a vécu en Zambie et au Zimbabwe.
M. Els dit avoir parlĂ© Ă  Bhatti, qui envisageait de se livrer Ă  la police pour un interrogatoire. Mais depuis la mort de Chris Couremetis, un de ses associĂ©s, il craint pour sa vie. Connu dans le milieu sous le nom de “M. CocaĂŻne”. Chris Couremetis s’est fait descendre lors d’un mariage, alors qu’il sortait de sa Porsche Cayenne, par deux hommes armĂ©s d’une kalachnikov et d’un pistolet 9 mm. Nelson Yester-Garrido, qui aurait Ă©tĂ© en possession d’un pistolet ayant appartenu Ă  Couremetis, a Ă©tĂ© Ă  l’époque interrogĂ©.

L’agence amĂ©ricaine des stupĂ©fiants, la Drug Enforcement Administration (DEA), Ă©tait Ă©galement sur le coup.

Le responsable de la section europĂ©enne et africaine de l’agence, l’agent spĂ©cial Jeff Breeden, a dĂ©clarĂ© que Yester-Garrido faisait l’objet d’un procĂšs Ă  Miami, et qu’il Ă©tait toujours considĂ©rĂ© comme fugitif. La DEA espĂšre que les autoritĂ©s sud-africaines s’occuperont de lui, mais refuse tout commentaire en raison du procĂšs en cours.

Depuis la fin de l’apartheid, l’Afrique du Sud joue un rĂŽle considĂ©rable dans le trafic international de drogue 

Lorsque les autoritĂ©s ont cessĂ© de combattre le CongrĂšs national africain, les contrĂŽles aux frontiĂšres ont fortement diminuĂ©. On peut lire ceci dans rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, Ă©tabli Ă  Vienne :“La fin de dizaines d’annĂ©es d’isolement sur la scĂšne internationale a eu pour consĂ©quence d’accroĂźtre l’exposition de l’Afrique du Sud aux trafics de drogues transnationaux, ce qui a par ailleurs induit une augmentation de l’usage de stupĂ©fiants sur le territoire national. Les trafiquants ont de plus tirĂ© parti des bonnes infrastructures du pays, et l’Afrique du Sud est devenue un pays de transit de la cocaĂŻne en provenance d’AmĂ©rique du Sud et de l’hĂ©roĂŻne en provenance d’Afghanistan, et Ă  destination de l’Europe.”

Les organisations criminelles du monde entier, depuis la mafia italienne jusqu’aux triades chinoises, ont trouvĂ© un paradis oĂč mener tranquillement leurs opĂ©rations.

L’Afrique du Sud servait Ă  tous les trafics, depuis les cornes de rhinocĂ©ros jusqu’aux ormeaux et Ă  la marijuana. Certains de ces rĂ©seaux ont Ă©tĂ© mis en place bien avant l’arrivĂ©e de Nelson Mandela Ă  la prĂ©sidence du pays. D’autres Ă©taient liĂ©s aux opĂ©rations de l’ANC en exil.

Toutes les tentatives d’extradition de chefs d’organisations mafieuses rĂ©fugiĂ©s en Afrique du Sud ont Ă©chouĂ© Ă  cette Ă©poque. La lĂ©gislation qui protĂšge strictement les droits humains s’avĂšrait alors un sĂ©rieux obstacle : elle empĂȘchait d’extrader des criminels prĂ©sumĂ©s pour les traduire en justice Ă  l’étranger. Vito Palazzolo, un banquier mafieux, qui Ă©tait impliquĂ© dans des affaires de trafic d’opium dans les annĂ©es 1970, rendues cĂ©lĂšbres par le film The French Connection [1971, rĂ©alisĂ© par William Friedkin], a pu vivre en toute quiĂ©tude en Afrique du Sud et en Namibie Ă  partir des annĂ©es 1980. Ce n’est que lorsqu’il s’est rendu en ThaĂŻlande pour rendre visite Ă  son fils qu’il a fini par se faire arrĂȘter et extrader vers l’Italie, oĂč sa culpabilitĂ© avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©tablie.

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