A Beauvau, on continue Ă utiliser la lutte contre la drogue comme arme de propagande pour Gerald Darmanin, le locataire des lieux
Les guerres de territoires que se livrent les rĂ©seaux de trafiquants de drogue ont fait 16 morts depuis le dĂ©but de l’Ă©tĂ© Ă Marseille. Un enquĂȘteur de la brigade des stups qui travaille depuis sept ans dans les citĂ©s des quartiers nord nous livre les dessous de cette lutte sanglante.
 Comment expliquer ces « rĂ©glos » en sĂ©rie ?
Ă Frais-Vallon, les Oliviers, Campagne LĂ©vĂȘque, la Castellane, la Paternelle, les guerres de territoires ont toujours existĂ©. La « vague » d’homicides constatĂ©e depuis quatre mois est un phĂ©nomĂšne bien connu des enquĂȘteurs locaux.
Dans ces citĂ©s gangrĂ©nĂ©es par les trafics, on tue « soit pour rĂ©cupĂ©rer un point de vente, soit c’est du « carottage », quelqu’un qui a volĂ© une nourrice ou de l’argent… »Â explique ainsi un enquĂȘteur de la brigade des stupĂ©fiants qui souhaite rester anonyme.
« Il y a aussi ceux qui Ă©taient en prison et qui essaient de reprendre leurs points de vente Ă la sortie, c’est tout ça qui est mĂ©langĂ©. Pour savoir exactement ce qu’il s’est passĂ© pour tel ou tel rĂšglement de comptes, c’est trĂšs compliquĂ© ».Â
L’enquĂȘteur ne croit pas aux vertus des passages par la case prison. « Aujourd’hui, la prison c’est un lieu de rencontre! ». « La rĂ©pression comme elle est faite ne fonctionne pas. J’entends parler de guerre contre les stupĂ©fiants, nous, Ă la brigade des stups, on est tous morts de rire. »
Il y a aucune guerre contre les stupĂ©fiants, c’est une guerre de com.
Lors de sa venue Ă Marseille le 2 septembre, Emmanuel Macron a prĂ©conisĂ© une politique de « harcĂšlement des trafics », annonçant le renfort de 200 policiers en 2022, pour « pilonner les quartiers ».Â
Ces descentes de flics pour faire tomber des points de vente sont sans effet sur les trafics, selon l’enquĂȘteur de la brigade des stups. Pour preuve, la derniĂšre opĂ©ration coup de poing qui a permis de saisir 30 kilos de drogue Ă Campagne-LĂ©vĂȘque ces derniers jours.
« Combien d’interpellĂ©s ? zĂ©ro ! ça ne sert Ă rien, on leur a pris 30 kilos mais ils font 70 et 100.000 euros/jour… ils n’en ont rien Ă faire. MĂȘme si vous interpellez le guetteur qui a 15 ans et le charbonneur qui en a 17, ça ne va pas casser le rĂ©seau… DerriĂšre, la rĂ©ponse pĂ©nale est trĂšs faible, quand il y en a une ».
Un travail de Sisyphe
En fait, pour lui, la saisie de stups n’est pas le plus important. Pour frapper fort et dĂ©sorganiser un rĂ©seau, il faut identifier et « taper »Â tous les maillons de la chaĂźne, du livreur jusqu’au gĂ©rant de point.
« DerniĂšrement sur Tarascon, on a pris 11 personnes, du guetteur au jusqu’au patron, le point n’a pas rouvert Ă ce jour », assure l’enquĂȘteur, qui ne se fait pas pour autant d’illusion. « Bien sĂ»r qu’il va rĂ©ouvrir, mais lĂ , vous avez de l’impact ».
Ă Marseille, un point de vente qui tombe rouvre… quasi instantanĂ©ment. « Ma plus grosse saisie, c’est 324 kilos sur une citĂ©, une heure et demi aprĂšs, le point Ă©tait rouvert parce qu’on a tapĂ© que dans les approvisionneurs pas dans la hiĂ©rarchie », raconte l’enquĂȘteur de la brigade des stups. « Si vous enlevez les tĂȘtes, pour se rĂ©organiser c’est trĂšs compliquĂ©. Je ne dis pas que ça ne se remontera pas, mais ça va prendre du temps ».Â
Si les descentes rĂ©guliĂšres sont Ă ses yeux nĂ©cessaires, la vraie solution pour lui, c’est une prĂ©sence policiĂšre permanente au pied des immeubles.
« Si on veut faire la guerre, il faut se donner les moyens, mettre une compagnie de CRS, Ă l’annĂ©e, nuit et jour, 365 jours par an, 24 heures sur 24, dans chaque citĂ©, et il n’y a plus de rĂ©seaux, plus de deals. Aujourd’hui, on met des CRS mais de 10h Ă 16h, et Ă 16h quand ils s’en vont, le point de vente rouvre… »
La guerre contre les trafics de drogue doit se livrer « Ă la source ». Ă Marseille, les trafics s’organisent principalement autour de l’herbe et de la rĂ©sine de cannabis. 90 % du shit arrive du Maroc.
« Tout le monde sait que ça vient de lĂ -bas, alors qu’est-ce qu’on attend ?, interroge l’enquĂȘteur, c’est bien de faire une guerre contre les stups, mais si on ne va pas Ă la source, ça ne sert Ă rien… c’est de la com. Si on veut vraiment s’attaquer au fond du problĂšme, il faut verrouiller les frontiĂšres, c’est diplomatique. »
Le constat est amer. Le policier, qui a fait dix ans de Bac avant d’entrer aux stups, est allĂ© voir le dernier film de CĂ©dric Gimenez BAC Nord qui cartonne au cinĂ©ma. « C’est romancĂ©, mais c’est totalement ça, ça colle Ă la rĂ©alitĂ©, j’ai vu des scĂšnes que j’ai vĂ©cues », confie-t-il.
à Marseille, la réalité dépasse tristement la fiction !

A reblogué ceci sur Aviseur International.
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