Le Reportage de la Rédaction par Benjamin Illy
Dans son dernier rapport, Europol, l’agence europĂ©enne de police, constate que l’Ă©picentre du marchĂ© de la cocaĂŻne en Europe s’est dĂ©placĂ© vers le Nord, notamment vers Anvers, en Belgique. Son port gigantesque est trĂšs permĂ©able et annĂ©e aprĂšs annĂ©e les saisies de drogues y battent des records.
Quand on arrive aux abords des entrepĂŽts et des conteneurs Ă perte de vue, micro en main, pour parler de trafic de drogue aux employĂ©s du port d’Anvers, la rĂ©ponse est souvent la mĂȘme : « Non, non je ne veux pas parler ». Sujet sensible donc.
Selon le rapport publiĂ© dĂ©but septembre par Europol, plus de 65 tonnes de cocaĂŻne ont Ă©tĂ© saisies sur le port d’Anvers en 2020. Un chiffre multipliĂ© par environ 14 depuis 2013.
Et pour 2021, mĂȘme si lâannĂ©e nâest pas terminĂ©e, le record est dĂ©jĂ battu. Les douanes belges nous lâannoncent : 80 tonnes ont Ă©tĂ© saisies depuis le mois de janvier. Les principaux pays expĂ©diteurs sont la Colombie, lâĂquateur, le BrĂ©sil notamment, lâAmĂ©rique du Sud plus globalement. La drogue sâĂ©chappe ensuite vers les Pays-Bas, puis le reste de lâEurope.
Un travailleur du port corrompu peut gagner 100 000 euros pour déplacer un conteneur
La clĂ© du trafic est la corruption, confirme Joris Van Der Aa, journaliste Ă Gazet Van Antwerpen (GVA), un journal belge nĂ©erlandophone. Depuis vingt ans, il couvre les affaires criminelles liĂ©es au trafic de drogue Ă Anvers. C’est une rĂ©fĂ©rence et une encyclopĂ©die en la matiĂšre. Il nous raconte que les mafias « payent des gens« , dockers, agents de sĂ©curitĂ©, personnels qui interviennent sur les quais, « de temps en temps le chef d’une entreprise ».
Les employĂ©s peuvent-ils dire non aux trafiquants ? Il prĂ©cise que « parfois des travailleurs du port sont menacĂ©s ou intimidĂ©s, mais dans la plupart des cas ils sont payĂ©s. Un travailleur qui met un conteneur sur une place favorable pour les trafiquants, peut gagner cent mille euros ».
Le trafic au Port d’Anvers a des consĂ©quences en ville, avec une montĂ©e des violences. Joris Van Der Aa note ces derniĂšres annĂ©es des dizaines « de jets de grenade, des tirs sur des maisons ». Il s’agit de rĂšglements de compte entre groupes criminels, « des groupes albanais, italiens, la Moccro Mafia -mafia des Pays-Bas composĂ©e de ressortissants marocains- est aussi prĂ©sente Ă Anvers ».
Des personnes dĂ©capitĂ©es, des salles de torture, quand 80 Ă 90âŻ% de la drogue arrivant d’AmĂ©rique du Sud Ă©chappe aux autoritĂ©s
La police fĂ©dĂ©rale belge mobilise en ce moment 20âŻ% de ses effectifs sur des affaires de trafics de drogue. Un constat : le niveau de violence augmente sous l’influence directe des cartels sud-amĂ©ricains. Ils ont dĂ©jĂ importĂ© ici leurs mĂ©thodes de corruption pour faire circuler la marchandise, mais l’inquiĂ©tude d’Eric Van Duyse, porte-parole du Parquet FĂ©dĂ©ral de Belgique, va plus loin :
On a dĂ©couvert des photos, des images, des vidĂ©os, qui glaçaient le sang. De personnes dĂ©capitĂ©es, de salles de torture, une criminalitĂ© dont on imaginait parfois qu’elle pouvait exister mais on n’avait jamais de preuve. LĂ , nous avons une sĂ©rie de preuves Ă©clatantes. Cela a dĂ©bouchĂ© rien que sur le territoire belge sur plus de trois cents interpellation.
Un coup de filet, mais le travail est loin d’ĂȘtre terminĂ©, sur le port d’Anvers. Les douanes belges le reconnaissent : 80 Ă 90âŻ% de la drogue arrivant d’AmĂ©rique du Sud leur Ă©chappe. Les quantitĂ©s sont phĂ©nomĂ©nales. 40âŻ% de toutes les saisies de cocaĂŻne en Europe sont rĂ©alisĂ©es Ă Anvers.

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