FRANCE đŸ‡šđŸ‡” (#Tracfin) : #Hawala, #Fei-Ch’ien (飞钱) en chinois, #Xawala en somalien ou #Havale en turc… dans les secrets de la banque clandestine

Capuche rabattue sur les oreilles, Demba* a le visage fermĂ©. ArrivĂ© il y a moins d’un an Ă  Bruxelles, il retrace, avec un français hĂ©sitant, son parcours depuis la Mauritanie qu’il a fuie pour survivre.

Son seul lien avec son pays de naissance : sa famille, Ă  qui il envoie un peu d’argent chaque fois qu’il arrive Ă  Ă©conomiser. « Il faut que je travaille », explique-t-il de sa voix timide. « J’envoie Ă  ma mĂšre pour qu’elle achĂšte des mĂ©dicaments ou de la nourriture. Quand je n’envoie pas, ma mĂšre, elle ne mange pas ».

Sans titre de sĂ©jour officiel en Belgique, impossible pour lui d’envoyer cet argent via la banque ou les agences de transfert d’argent comme Western Union ou Ria, les deux leaders du secteur. « Pour aller Ă  Western Union ou Ria il faudrait que j’amĂšne une carte d’identitĂ© », ajoute-t-il.

En effet, en Belgique comme dans le reste de l’Union europĂ©enne, la « Loi anti-blanchiment » impose aux banques et aux agences des obligations de vigilance strictes, incluant des contrĂŽles d’identitĂ© et des plafonds pour chaque transfert transfrontalier.

Transformer, changer
Pour aider sa famille, Demba n’a donc « pas d’autre solution » que de se tourner vers un systĂšme informel, parallĂšle et communautaire qu’on appelle l’hawala.

Étymologiquement, ce mot persan, dĂ©rivĂ© de la racine arabe « áž„Ăą – wĂąw – lĂąm » signifie « changer », « transformer ».

Ce systĂšme, qui existe sur tous les continents, est aussi appelĂ© Fei-Ch’ien (飞钱) en chinois, Xawala en somalien ou Havale en turc.

Le principe de l’hawala est simple :

Vous voulez envoyer 1000 euros Ă  un ami Ă  l’étranger. Vous allez voir un commerçant ou quelqu’un de votre communautĂ©, on l‘appelle souvent l’hawaladar. Et vous lui remettez les 1000 euros en cash. Moyennant une petite commission, il ne vous donne pas de reçu mais un code.
Ce code, vous le transmettez Ă  votre ami.
De son cĂŽtĂ©, l’hawaladar contacte un autre hawaladar dans le pays de votre ami. Il lui demande de mettre Ă  disposition ces 1000 euros dĂšs que possible. AprĂšs quelques minutes ou quelques heures Ă  peine, votre ami peut rĂ©cupĂ©rer l’argent auprĂšs de cet hawaladar en Ă©change du code.
L’argent change de mains sans se dĂ©placer physiquement, sans virement bancaire et sans laisser de trace.

C’est comme cela que Demba, via un commerçant de la communautĂ© mauritanienne basĂ© Ă  Bruxelles, parvient Ă  envoyer entre 80 et 100 euros par mois Ă  sa mĂšre et sa sƓur restĂ©es au pays.

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