Capuche rabattue sur les oreilles, Demba* a le visage fermĂ©. ArrivĂ© il y a moins dâun an Ă Bruxelles, il retrace, avec un français hĂ©sitant, son parcours depuis la Mauritanie quâil a fuie pour survivre.
Son seul lien avec son pays de naissance : sa famille, Ă qui il envoie un peu dâargent chaque fois quâil arrive Ă Ă©conomiser. « Il faut que je travaille », explique-t-il de sa voix timide. « Jâenvoie Ă ma mĂšre pour quâelle achĂšte des mĂ©dicaments ou de la nourriture. Quand je nâenvoie pas, ma mĂšre, elle ne mange pas ».
Sans titre de sĂ©jour officiel en Belgique, impossible pour lui dâenvoyer cet argent via la banque ou les agences de transfert dâargent comme Western Union ou Ria, les deux leaders du secteur. « Pour aller Ă Western Union ou Ria il faudrait que jâamĂšne une carte dâidentitĂ© », ajoute-t-il.
En effet, en Belgique comme dans le reste de lâUnion europĂ©enne, la « Loi anti-blanchiment » impose aux banques et aux agences des obligations de vigilance strictes, incluant des contrĂŽles dâidentitĂ© et des plafonds pour chaque transfert transfrontalier.
Transformer, changer
Pour aider sa famille, Demba nâa donc « pas dâautre solution » que de se tourner vers un systĂšme informel, parallĂšle et communautaire quâon appelle lâhawala.
Ătymologiquement, ce mot persan, dĂ©rivĂ© de la racine arabe « ងù â wĂąw â lĂąm » signifie « changer », « transformer ».
Ce systĂšme, qui existe sur tous les continents, est aussi appelĂ© Fei-Châien (éŁé±) en chinois, Xawala en somalien ou Havale en turc.
Le principe de lâhawala est simple :
Vous voulez envoyer 1000 euros Ă un ami Ă lâĂ©tranger. Vous allez voir un commerçant ou quelquâun de votre communautĂ©, on lâappelle souvent lâhawaladar. Et vous lui remettez les 1000 euros en cash. Moyennant une petite commission, il ne vous donne pas de reçu mais un code.
Ce code, vous le transmettez Ă votre ami.
De son cĂŽtĂ©, lâhawaladar contacte un autre hawaladar dans le pays de votre ami. Il lui demande de mettre Ă disposition ces 1000 euros dĂšs que possible. AprĂšs quelques minutes ou quelques heures Ă peine, votre ami peut rĂ©cupĂ©rer lâargent auprĂšs de cet hawaladar en Ă©change du code.
Lâargent change de mains sans se dĂ©placer physiquement, sans virement bancaire et sans laisser de trace.
Câest comme cela que Demba, via un commerçant de la communautĂ© mauritanienne basĂ© Ă Bruxelles, parvient Ă envoyer entre 80 et 100 euros par mois Ă sa mĂšre et sa sĆur restĂ©es au pays.
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