BRÉSIL 🇧🇷 : l’échec de la guerre contre le narco-business

Le BrĂ©sil est en guerre contre le trafic de drogue depuis les annĂ©es 1980

Arrestation lors d’une opĂ©ration de police visant le trafic de drogue dans la favela de Cidade Alta, qui fait partie du « Complexo de Israel Â», Ă  Rio de Janeiro, au BrĂ©sil, le 10 juin 2025. Mauro Pimentel/AFP

Sa population carcĂ©rale est passĂ©e de moins de 100 000 personnes Ă  la fin des annĂ©es 1980 Ă  près d’un million aujourd’hui, accompagnant une pĂ©riode de très forte violence homicide, alimentĂ©e par les conflits entre groupes criminels, mais Ă©galement par une lĂ©talitĂ© policière exceptionnellement Ă©levĂ©e.

Face à des organisations criminelles dont la puissance augmentait, l’État brésilien a cherché à frapper de plus en plus fort leurs dirigeants en créant des établissements et des régimes de détention de très haute sécurité afin de les isoler et de réduire leur capacité de commandement.

Si une répression extrêmement forte suffisait à faire disparaître le narcotrafic, le Brésil devrait donc être débarrassé de ce problème. Au contraire, on y observe que les marchés illégaux restent extrêmement puissants et que certaines organisations criminelles ont désormais acquis une implantation territoriale et économique qui dépasse largement le seul commerce des drogues. Par exemple, le Primeiro Comando da Capital (PCC), né dans les prisons de São Paulo, s’est progressivement inséré dans une chaîne transnationale reliant producteurs sud-américains, intermédiaires criminels, mafias européennes et marchés de consommation, fonctionnant moins comme un cartel que comme une sorte de plateforme capable d’organiser transactions, garanties, financement et logistique.

Si la violence homicide a fortement diminué dans plusieurs régions du Brésil au cours des dernières années, il est difficile d’attribuer cette évolution à la seule répression. La stabilisation des rapports de force entre groupes criminels, la diminution de certaines guerres territoriales et la consolidation de formes internes de régulation ont aussi joué un rôle fondamental.

Ces constatations ne prouvent pas que la répression serait inutile en elle-même. Une société doit poursuivre les auteurs d’homicides, démanteler les réseaux violents, saisir leurs avoirs et protéger ceux qui en sont victimes. La France fait cela, sur de nombreux plans, beaucoup mieux que le Brésil. La question est de savoir si ces instruments peuvent, à eux seuls, résoudre les problèmes sociaux, économiques et politiques qui permettent aux marchés criminels de se reproduire.

Des systèmes criminels très rĂ©silients

En premier lieu, les profits du trafic sont astronomiques et son Ă©conomie est florissante, car il existe donc une demande solvable et stable, issue d’une partie non nĂ©gligeable des sociĂ©tĂ©s concernĂ©es, pour des produits dont le prix final est sans commune mesure avec leur coĂ»t de production. Le trafic offre en consĂ©quence d’innombrables possibilitĂ©s d’emploi et de service, dont le degrĂ© d’implication dans le « crime Â» varie Ă©normĂ©ment. Vendre de la drogue est une chose. Transporter les produits, fournir une information, louer un vĂ©hicule ou un appartement, transfĂ©rer de l’argent, recycler des profits ou mettre en relation des acteurs en sont d’autres. L’ensemble de ces opĂ©rations ne se rĂ©alise pas sous le contrĂ´le vertical d’organisations criminelles centralisĂ©es. Nombre d’acteurs vendent plutĂ´t des services prĂ©cis et restent indĂ©pendants. Cela rend l’ensemble extrĂŞmement flexible.

Une arrestation ne détruit pas l’ensemble de la chaîne.

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