PAYS-BAS đŸ‡łđŸ‡± (Nord Braband): comment des chimistes mexicains dĂ©barquent dans des labos de meth belgo-nĂ©erlandais

A l’heure actuelle, les gangs nĂ©erlandais sont dĂ©pendants du savoir-faire des cartels mexicains. Mais que pourrait-il se passer si ce n’était plus le cas ? La crainte est alors de voir cette alliance si profitable aujourd’hui, se transformer en concurrence demain : « Ce que je ne veux absolument pas, c’est que nous devenions l’un de ces pays capables de produire d’énormes cristaux de mĂ©thamphĂ©tamine, sans l’aide des mexicains. Dans ce cas-lĂ , on ferait concurrence au Mexique. Je ne sais pas ce qui se passera alors, mais il y a des risques. Et nous voulons empĂȘcher cela« , conclut Andy Kraag, le responsable de la police nĂ©erlandaise. Car « concurrence et violence vont toujours de pair dans le monde criminel« . 

Le navire de drogue MS Arsianco a Ă©tĂ© confisquĂ© par la police. Il est situĂ© prĂšs du port de Moerdjik et doit ĂȘtre vendu. (Benedikt Strunz/NDR) Le navire de drogue MS Arsianco a Ă©tĂ© confisquĂ© par la police. Il est situĂ© prĂšs du port de Moerdjik * et doit ĂȘtre vendu. (Benedikt Strunz/NDR)

« C’est ici que ça s’est passĂ©. »

Willem-Jan Joachems se souvient parfaitement de ce 10 mai 2019. Pour ce journaliste d’une tĂ©lĂ©vision locale de la rĂ©gion de Nord Braband, au sud des Pays-Bas, c’est un scoop qu’on n’oublie pas. « Le bateau Ă©tait lĂ , les enquĂȘteurs Ă©taient en train de relever les indices… et il a commencĂ© Ă  couler. » Ce jour-lĂ , il Ă©tait arrivĂ© un peu plus tĂŽt, sur le quai du port de plaisance de Moerdijk, pour assister au dĂ©mantĂšlement d’un laboratoire flottant de mĂ©thamphĂ©tamine par les forces de police.

Une dĂ©couverte inĂ©dite Ă  bien des Ă©gards : un laboratoire avait Ă©tĂ© montĂ© de toutes piĂšces dans le ventre du navire, long de 85 mĂštres. Les enquĂȘteurs y retrouvent plus de 70 kg de mĂ©thamphĂ©tamine, 150 litres d’huile de mĂ©thamphĂ©tamine
 et trois Mexicains, ĂągĂ©s de 25, 28 et 38 ans. « Ils Ă©taient en train de fabriquer la drogue », raconte le journaliste nĂ©erlandais.

Les enquĂȘteurs identifient leur ADN sur trois masques intĂ©graux et des paires de gants. La police met Ă©galement la main sur des tĂ©lĂ©phones et dĂ©couvre des photos qui lui permettent de retracer l’activitĂ© des trois hommes au Pays-Bas. Le 12 dĂ©cembre 2018, ils Ă©tablissent une « liste de courses » incluant 30 kg d’aluminium, des thermomĂštres et des gants en latex. Courant mars, les chimistes ont maintenant de la poudre dans des verres doseurs. Un mois plus tard, une vidĂ©o dĂ©voile une large quantitĂ© de mĂ©thamphĂ©tamine sous forme de cristaux. Le laboratoire est dĂ©couvert un mois plus tard. Candelario et les deux frĂšres Ivan Diego et Victor Manuel sont reconnus coupables de « complicitĂ© de possession et de production de mĂ©thamphĂ©tamine en cristaux » le 19 mars 2020. Ils sont condamnĂ©s Ă  quatre ans de prison ferme aux Pays-Bas.

Ce n’est pas la premiĂšre fois que la police nĂ©erlandaise dĂ©couvre des ressortissants mexicains dans un laboratoire de mĂ©thamphĂ©tamine.

En fĂ©vrier 2019, elle avait dĂ©jĂ  arrĂȘtĂ© trois hommes originaires du Mexique, dans un laboratoire produisant notamment de la mĂ©thamphĂ©tamine Ă  Wateringen, en banlieue de La Hague. Ce ne sera pas la derniĂšre non plus. Depuis le dĂ©but de l’annĂ©e, 32 laboratoires produisant de la mĂ©thamphĂ©tamine ont Ă©tĂ© dĂ©mantelĂ©s. Du jamais vu. Les arrestations s’enchaĂźnent.

Parmi les suspects, un nombre important de Mexicains : 19, entre les Pays-Bas et la Belgique, selon le dĂ©compte rĂ©alisĂ© par Forbidden Stories et ses partenaires. Le dernier dĂ©mantĂšlement impliquant des mexicains date de la semaine derniĂšre. Le 30 novembre 2020, deux d’entre eux ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s dans la petite ville de Westdorpe, Ă  la frontiĂšre belge. Comment expliquer la prĂ©sence de ces ressortissants mexicains Ă  des milliers de kilomĂštres de chez eux ? Pour qui travaillent-ils ? OĂč va cette drogue une fois produite ?

Avec 25 mĂ©dias partenaires, dont la Cellule investigation de Radio France, Forbidden Stories a enquĂȘtĂ© sur le parcours de ces chimistes mexicains, au service des gangs nĂ©erlandais, dĂ©jĂ  rois des drogues de synthĂšse en Europe.

EncroChat, « c’est de l’or pour nous »

Le message, envoyĂ© en juin 2020 dans la prĂ©cipitation et avec quelques fautes dans la version originale, est adressĂ© par le fournisseur de tĂ©lĂ©phones chiffrĂ©s EncroChat Ă  ses millions d’utilisateurs. Au siĂšge de la sociĂ©tĂ©, c’est la panique. L’entreprise vient de rĂ©aliser qu’elle a Ă©tĂ© victime de l’opĂ©ration de piratage la plus spectaculaire jamais menĂ©e par des polices europĂ©ennes. Une catastrophe pour la sociĂ©tĂ© qui promettait Ă  ses clients des communications ultra-sĂ©curisĂ©es.
Les utilisateurs des tĂ©lĂ©phones EncroChat vont rapidement rĂ©aliser l’ampleur des dĂ©gĂąts : depuis plusieurs mois en rĂ©alitĂ©, les forces de l’ordre françaises et nĂ©erlandaises ont accĂšs Ă  toutes leurs communications. Un vrai problĂšme si on est impliquĂ© dans des activitĂ©s criminelles, ce qui est le cas « d’une part trĂšs Ă©levĂ©e d’utilisateurs » du service chiffrĂ©, selon les enquĂȘteurs europĂ©ens. Le jour de l’envoi du message Ă  ses utilisateurs, EncroChat met fin Ă  ses services. Une information judiciaire, notamment pour « fourniture d’un moyen de cryptologie n’assurant pas exclusivement des fonctions d’authentification ou de contrĂŽle d’intĂ©gritĂ© sans dĂ©claration prĂ©alable », a Ă©tĂ© ouverte Ă  la JIRS (juridiction interrĂ©gionale spĂ©cialisĂ©e) de Lille.

Capture d’écran du message envoyĂ© par EncroChat Ă  leurs utilisateurs, avant d’arrĂȘter leurs services, le 13 juin 2020.  (Europol/Eurojust/Gendarmerie française)

« C’est vrai : EncroChat, c’est de l’or pour nous », reconnaĂźt Andy Kraag, chef de la division d’enquĂȘtes criminelles de la police nĂ©erlandaise. Et pour cause : en l’espace de quelques mois, des millions de messages sont interceptĂ©s en temps rĂ©el, avant leur chiffrement, par les enquĂȘteurs en Europe.

Aux Pays-Bas, cela va notamment permettre le démantÚlement en série de laboratoires de méthamphétamine. Et dans plusieurs cas, révéler la présence des ressortissants mexicains qui y travaillent.

D’aprĂšs les messages consultĂ©s par la police, ils seraient bien plus nombreux que les 19 dĂ©jĂ  recensĂ©s par le consortium, le plus souvent recrutĂ©s comme chimistes.

………………………………………….  ……………….  RĂ©sumĂ© en 4 points :

1 – Forbidden Stories a eu accĂšs Ă  des informations exclusives sur le piratage d’EncroChat, qui a conduit Ă  l’arrestation de 800 personnes Ă  travers l’Europe et au dĂ©mantĂšlement de laboratoires de mĂ©thamphĂ©tamine aux Pays-Bas et en Belgique

2 – Des experts en mĂ©thamphĂ©tamine (ou « chimistes ») sont envoyĂ©s en Europe depuis le Mexique afin d’aider les gangs nĂ©erlandais Ă  produire cette drogue trĂšs rentable et Ă  l’exporter vers l’Asie et l’OcĂ©anie

3 – Les intermĂ©diaires mexicains sont chargĂ©s du processus de recrutement et sont fortement soupçonnĂ©s de travailler pour les cartels mexicains en tant que « freelance ».

4 – Ce partenariat entre les organisations criminelles mexicaines et nĂ©erlandaises inquiĂšte les autoritĂ©s, qui craignent une augmentation de la consommation de mĂ©thamphĂ©tamine sur place et que cette collaboration ne se transforme en concurrence violente sur le sol europĂ©en.

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* Moerdjik : c’est Ă  Moerdjik que Marc Fievet avait achetĂ© le « LARISSA », devenu « MELOR », le premier cargo financĂ© par Bercy pour la DNRED, pour transporter de la cocaĂŻne au dĂ©part d’AmĂ©rique du Sud vers l’Angleterre via les eaux irlandaises.

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