MAROC đŸ‡Č🇩 (Cannabis) : le kif du Rif, or vert du Maroc… mais l’Ă©cart entre les revenus que gĂ©nĂšre le trafic et ceux que perçoivent les fermiers est abyssal

Un reportage

de

Leyla Ouazzani (texte) et Hervé Lequeux (photos)

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Des paysans peu payés par rapport au trafic que le haschich génÚre

Il ne faut pas s’imaginer que les paysans rifains et leur nombreuse progĂ©niture mĂšnent grand train. L’écart entre les revenus que gĂ©nĂšre le trafic et ceux que perçoivent les fermiers est abyssal, comme l’a constatĂ© le photographe HervĂ© Lequeux, auteur des images de ce reportage effectuĂ© dans la rĂ©gion de Ketama.

«Cela reste artisanal pour la majoritĂ©, qui travaille jusqu’à douze heures par jour mais vit chichement, dit-il. Toute la famille est sollicitĂ©e en fonction des tĂąches : les femmes comme les enfants, lesquels ratent l’école quand on a besoin d’eux. Souvent, c’est le jeune fils qui ramĂšne l’ñne chargĂ© des tiges coupĂ©es. Ces paysans ont des tarifs imposĂ©s et ne profitent pas du tout de la manne de la transformation de la matiĂšre premiĂšre qu’ils produisent.» CĂ©dĂ© au prix de gros environ soixante-dix centimes d’euro le gramme Ă  Ketama, le haschich est ensuite revendu au dĂ©tail entre deux et trois euros au Maroc et bien plus en Europe.

HervĂ© a partagĂ© le quotidien d’Ahmed (qui prĂ©fĂšre ne pas donner son nom de famille), un fermier qui dispose d’une vingtaine d’hectares exclusivement de cannabis du cĂŽtĂ© d’Azila, au pied du mont Tidirhine. Son herbe, c’est surtout la traditionnelle beldia, cultivĂ©e ici depuis des lustres, mais il rĂ©serve une petite parcelle de son champ Ă  la critikal, une variĂ©tĂ© importĂ©e mise au point en laboratoire et fortement concentrĂ©e en THC (tĂ©trahydrocannabinol), la substance du cannabis possĂ©dant des propriĂ©tĂ©s psychoactives. Lui ne consomme, du matin au soir, que la rĂ©sine issue de la plante ancestrale. Les quintes de toux qui le secouent ? «C’est le kif qui les soigne», assure ce fumeur invĂ©tĂ©rĂ© qui n’a aucun mal Ă  gravir le sentier menant au toit du Rif qui surplombe son exploitation. Aujourd’hui, dans les villages, beaucoup d’hommes fument la rĂ©sine, mais seuls les vieux continuent Ă  mĂ©langer feuilles de cannabis finement hachĂ©es et tabac dans leur sebsi.

Les rĂ©gions pauvres du Rif, chaĂźne montagneuse qui s’étend sur 500 km entre Tanger Ă  l’ouest et le fleuve Moulouya Ă  l’est, cultivent le kif en profitant d’une tolĂ©rance ancienne, qui remonte au XIXe siĂšcle et au sultan Mulay Hasan Ier. © GEO

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