14 décembre 2021
Par Xavier Raufer
Trafic de drogue – Ce mauvais diagnostic posĂ© par la France sur le « tsunami » de cocaĂŻne qui dĂ©ferle sur lâEurope
La France et l’Union europĂ©enne doivent faire face Ă un vaste trafic transcontinental de
cocaïne livrée par tonnes et qui rapporte des milliards aux trafiquants et aux réseaux.
Expertise collective, complexe appareil de renseignement : un grand Ătat peut-il se tromper de guerre ? Ă combien. Exemple Ă©norme, la « guerre Ă la drogue » lancĂ©e en juin 1971 par Richard Nixon, qui crĂ©e en 1973 la DEA (Drug Enforcement Administration), outil fĂ©dĂ©ral spĂ©cifique.
Or cette « guerre » ne cible que le plus visible : le cannabis (des hippies ) et l’hĂ©roĂŻne (drogue des Noirs et des vĂ©tĂ©rans-toxicomanes rentrĂ©s du Vietnam). La cocaĂŻne ? La Maison blanche et de DEA la nĂ©gligent, quoique Pablo Escobar & co. lancent alors sur l’AmĂ©rique du Nord un tsunami de « chlorhydrate de cocaĂŻne » (nom savant de la drogue) puis de crack (protococaĂŻne Ă fumer).
Washington corrige la colossale bĂ©vue en 1984 : Ă Miami, un jury fĂ©dĂ©ral inculpe Pablo Escobar et les chefs d’un cartel de Medellin actif mais impuni depuis dix ans.
Trop tard
Les Ătats-Unis absorbent alors 400 tonnes de « coke » par an, les guerres de gangs (pour contrĂŽler le gĂąteau) font 15 morts par jour (surtout, Noirs) et les cartels ont créé dans toute l’AmĂ©rique du Nord un maillage de distribution des drogues, toujours actif en 2021.
50 ans plus tard, l’Union europĂ©enne et la France font-t-elles la mĂȘme bourde ?
C’est hĂ©las possible car le gouvernement français cible par Ă©lectoralisme ces petits dealers de citĂ©s dont le nĂ©goce reste le cannabis.
Lâ « omniprĂ©sent » (ajoutĂ© par Marc Fievet) GĂ©rald Darmanin et ses troupes multiplient ces futiles opĂ©rations coup de poing oĂč l’on saisit quelques kilos d’un haschisch fumĂ©, en France, Ă raison d’une tonne par jour ; et capturent des sous-fifres libĂ©rĂ©s Ă l’instant par la justice d’Eric Dupond-Moretti. Ce, quand sĂ©vit un colosse criminel, toujours plus riche et puissant.
Démonstration.
D’abord, les donnĂ©es du problĂšme cocaĂŻne pour la France et l’Europe.
Les chiffres ci-aprÚs étant tout sauf hyperboliques, plutÎt au bas de la fourchette :
âą ComparĂ©e aux autres stupĂ©fiants, la cocaĂŻne est une machine Ă fric inĂ©galĂ©e. LivrĂ©e en gros en France, pure à ± 80%, les grossistes la payent en moyenne ± 32 000 âŹ/kilo (32 millions d’⏠la tonne). Puis la cocaĂŻne est coupĂ©e (la tonne pure devient 1,5 t.) ; le prix, niveau demi-grossiste, passe à ± 45 000 âŹ/kilo. Enfin, la vente de rue se fait vers 70⏠le gramme, 40⏠le 1/2 g.
Bien sĂ»r, cette « accumulation primitive du capital » enrichit surtout le haut de la pyramide criminelle, caĂŻds et cadres des gangs.
Exemple : ce caĂŻd achĂšte, pour sa clientĂšle rĂ©gionale, 500kg de cocaĂŻne en gros puis la revend Ă des patrons de « fours » (points de deal ) au prix du kilo coupĂ©. Pour cette seule transaction, il gagne ± 6,5 millions d’euros. Moins ses frais : entretien du gang, logistique, avocats, corruptions diverses, train de vie… BĂ©nĂ©fice net de la seule opĂ©ration (sans encombres policiers ou douaniers) : 6 millions d’âŹ.
⹠Combien de cocaïne ainsi livrée en France, à bon port ?
Les experts d’Anvers et Rotterdam, ports d’oĂč la « coke » inonde l’Europe, disent en saisir 10%. La douane française Ă©tant performante, accordons-leur le (gĂ©nĂ©reux) taux de saisie de 25%, 1/4 saisi, 3/4 livrĂ©s aux narcos. (C’est vraiment trĂšs gĂ©nĂ©reux, bien que ce % pourrait ĂȘtre atteint si la CELTICS de la DNRED voyait ses effectifs renforcĂ©s et qu’un Ă©quipement performant Ă©tait enfin installĂ© – Marc Fievet).
Donc : 13 tonnes saisies par nos douanes en 2020, ± 40 t. livrĂ©es aux semi-grossistes. LĂ , le profit annuel du haut de la pyramide (de gros Ă demi-gros) est Ă ce seul niveau de ± 520 millions d’âŹ. Voyons maintenant les profits cascadant du haut en bas du circuit de vente, du kilo en gros (± 32 000 euros) au 1/2 gramme en boĂźte de nuit (40 âŹ) : ce profit total du nĂ©goce de la cocaĂŻne en France (mĂ©tropole) approche le milliard et demi d’âŹ. Profit total annuel , soulignons-le, renouvelĂ© chaque douze mois.
⹠Niveau Union européenne (et ses ± 4 millions de cocaïnomanes) le problÚme est pire.
D’abord, malgrĂ© tout l’activisme de Washington et les serments de rĂ©gimes locaux corrompus ou/et impuissants, le cĂŽne nord de l’AmĂ©rique latine produit toujours plus de cocaĂŻne ; le marchĂ© N°1 mondial des cartels, de la Colombie au Mexique, Ă©tant dĂ©sormais l’Europe.
âą Exemple, le port d’Anvers (Belgique) : 120 km 2 (Paris intra-muros : 105 km 2 ), 64
000 salariĂ©s directs (alentours, 80 000 autres vivent du port), 7,5 millions de conteneurs traitĂ©s en 2020. 66 t. de cocaĂŻne saisies en 2020 (sans doute 100 t. Ă Anvers, fin 2021). Rappel : en 2010, ± 50 t. de cocaĂŻne Ă©taient saisies pour toute l’Union europĂ©enne .
CORRUPTION
Combien de dockers, grutiers, douaniers, employĂ©s et fonctionnaires de la fourmiliĂšre d’Anvers, prĂȘts Ă gagner 10 000⏠à dĂ©tourner les yeux ou prĂȘter un badge d’accĂšs ? 100 000⏠pour une grosse « extraction » de drogue ? Pire Ă Rotterdam, inquiĂ©tant pour des ports français, Le Havre en tĂȘte. Ce, quand une chaĂźne logistique mondiale toujours plus automatisĂ©e et accĂ©lĂ©rĂ©e complique le travail des douanes ; la police Ă©tant toujours plus confrontĂ©e aux guerres de gangs visant au contrĂŽle d’une telle mine d’or : fusillades, attentats Ă la bombe, jets de grenades, rĂšglements de comptes, enlĂšvements, tortures, etc.
LĂ est le pire danger, pour l’Europe et la France : des caĂŻds riches Ă milliards (les principaux
opĂšrent depuis le Maghreb, le Golfe, l’Andalousie, etc.), pouvant corrompre des Ă©lus et des fonctionnaires ; stipendier des pirates informatiques pour manipuler les structures portuaires ; infiltrer l’Ă©conomie lĂ©gale, l’immobilier etc., pour y recycler et blanchir leurs profits – et acquĂ©rir plus de puissance encore.
Tel est le dĂ©fi lancĂ© Ă la France et l’Union europĂ©enne, par le macro -trafic transcontinental d’une cocaĂŻne livrĂ©e par tonnes et rapportant des milliards.
Un second article exposera le problĂšme des micro -trafics en France mĂȘme : » crack » au nord-est de Paris, guerres de la « coke » dans des ports français.
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Edifiant … et trĂšs inquiĂ©tant pour l’avenir !
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