
Jâai 78 ans et je continue Ă parcourir les routes d’Europe au volant de mon 44 tonnes pour livrer de la viande, des lĂ©gumes ou des produits frais.
Pendant sept annĂ©es, jâai infiltrĂ© les rĂ©seaux de narcotrafiquants pour le compte des douanes françaises. ArrĂȘtĂ© par les autoritĂ©s anglaises et canadiennes, jâai croupi prĂšs de onze ans en prison, lĂąchĂ© par les autoritĂ©s de mon pays.
Des Ă©missaires officiels français dĂ©pĂȘchĂ©s dans mes geĂŽles en Espagne, puis en Angleterre et au Canada, oĂč jâavais Ă©tĂ© extradĂ©, mâont conseillĂ© de dissimuler aux juges ma qualitĂ© dâagent infiltrĂ© et de plaider coupable. Ils mâont assurĂ© quâen contrepartie, je ne serais condamnĂ© quâĂ une peine symbolique aprĂšs mon transfert en France. Croyant Ă la parole donnĂ©e, jâai comparu sans avocatâŻ: jâai Ă©tĂ© condamnĂ© Ă perpĂ©tuitĂ©, puis transfĂ©rĂ© dans lâHexagone. Ma peine a Ă©tĂ© commuĂ©e en vingt ans de rĂ©clusion criminelle par la justice française. Il est dĂ©montrĂ© aujourdâhui que François Auvigne, directeur gĂ©nĂ©ral des douanes de lâĂ©poque, nâa pas voulu assumer les engagements pris Ă mon Ă©gard par son prĂ©dĂ©cesseur et par la direction de la DNRED.
La DG de la Douane française et en particulier le DG JĂ©rĂŽme Fournel a ĆuvrĂ© pour que je ne sois pas indemnisĂ© des 3888 jours de dĂ©tention reçues pour solde de tous compte…
Pourtant suite Ă mes rĂ©sultats, jâavais Ă©tĂ© reçu Ă maintes reprises par Michel Charasse, alors ministre du Budget, ayant sous sa tutelle les douanes françaises.
Risque maximum, reconnaissance nulle
Gibraltar, câest lĂ que les Douanes françaises, en la personne de Christian Gatard, chef de lâĂ©chelon DNRED de Nantes, envoyĂ© par le Directeur Jean Henri Hoguet de la DNRED, mâa rencontrĂ© pour me proposer dâabord un poste dâobservateur, puis dans un deuxiĂšme temps de pĂ©nĂ©trer le monde du narcotrafic. Par inconscience des risques encourus et d’autre part certain que les Douaniers Ă©taient gens de parole, jâai acceptĂ© de travailler pour ce service de renseignement. On mâa donnĂ© un nom de code, NS55, et les autoritĂ©s françaises mâont prĂ©sentĂ© Ă la direction et aux membres des services espagnols du SVA, aux membres de la haute hiĂ©rarchie du HM Customs excise anglais, aux services allemand et aux correspondants de Paris et Rome de la DEA, comme Ă©tant leur agent sur la Costa del Sol, au sud de lâEspagne et sur Gibraltar…JâĂ©tais persuadĂ© de faire partie intĂ©grante de lâadministration française.

Au dĂ©but, on mâa demandĂ© dâenquĂȘter sur les bateaux transitant par le port de Gibraltar et afin dâamĂ©liorer mon action, les douanes mâont demandĂ© dâinfiltrer le trafic et de convoyer de la drogue pour le compte des narcotrafiquants.
Un cargo et un restaurant à Estepona en Andalousie ont été financés par Bercy.
Soupçons permanents
En 1993, je suis entrĂ© dans un important rĂ©seau dirigĂ© par Claudio Pasquale Locatelli, « brooker » spĂ©cialisĂ© dans le haschich et la cocaĂŻne. Je suis restĂ© seize mois Ă ses cĂŽtĂ©s, entourĂ© de sbires armĂ©s.
Au niveau des livraisons, câĂ©tait lâescaladeâŻ: on a commencĂ© par 1,6 tonne de cannabis pour finir par 32 tonnes Ă charger au large du Pakistan… et pour la coke, la livraison de 10 tonnes sur Propriano en Corse devait ĂȘtre le point final de l’opĂ©ration dâinfiltration suivie de bout en bout par les autoritĂ©s françaises.
AprĂšs trois mois dâinfiltration du rĂ©seau mafieux italien, jugeant la partie trop dangereuse, jâai demandĂ© avec insistance Ă ĂȘtre exfiltrĂ©, mais on mâa demandĂ© de tenir bon et de ârester collĂ© Ă Locatelli jusquâĂ une derniĂšre livraison Ă venir sur la France.
La derniĂšre livraison nâa jamais eu lieu, puisque le 23âŻseptembre 1994, jâai Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© par Interpol Ă Fuengirola, au sud de lâEspagne, juste aprĂšs lâinterception de lâun des navires de la flotte de Locatelli transportant 5,4 tonnes de cocaĂŻne au large du Canada, opĂ©ration prĂ©alable Ă une livraison de 10 tonnes dans la rĂ©gion de Propiano (Corse).

GrĂšves de la faim
Jâai purgĂ© prĂšs de onze ans de prison dans 23 centres pĂ©nitenciers de haute sĂ©curitĂ© en Espagne, en Angleterre, au Canada et en France, loin de ma famille. Durant cette incarcĂ©ration, jâai effectuĂ© cinq grĂšves de la faim, dont la plus longue a durĂ© cent vingt-trois jours. Sans rĂ©sultat.
Ă ma sortie, les douanes ne mâont proposĂ© aucun poste ou contrepartie financiĂšre.
MalgrĂ© mes multiples demandes, ainsi que celles de mes avocats comme des juges, mon dossier est toujours classĂ© « Secret dĂ©fense ».â
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