Extrait de l’Archipel des Soumis – journal de dĂ©tention
Mardi 4 janvier 2005
Long appel Ă GĂ©rard Estavoyer qui continue Ă me dire que le maximum est fait, mais reconnaĂźt quâĂ ce jour, les rĂ©sultats ne sont pas au rendez-vous!
Ici Ă Nice avec GĂ©rard lors du « Narcotour »
Long courrier Ă GĂ©rard Estavoyer, le patron de la DNRED et…envoi dâune copie Ă Madame Sophie ClĂ©ment, vice-prĂ©sidente chargĂ©e de l’instruction au tribunal de grande instance de Paris.
Mon cher Gérard,
Pour faire suite Ă notre conversation tĂ©lĂ©phonique de ce mardi 4 janvier 2005, tu trouveras ci-aprĂšs la nouvelle date de fin de peine, suite Ă lâapplication de textes de la Perben 2 qui a pris effet Ă partir du 1er janvier 2005, basĂ©e sur lâarticle 207 II de la loi n° 2004-204 portant adaptation de la justice aux Ă©volutions de la criminalitĂ©. Cette nouvelle date mâa Ă©tĂ© communiquĂ©e ce jour Ă 18 H 00 par un ASP premier surveillant de lâAdministration pĂ©nitentiaire et elle est Ă ce jour fixĂ©e au 18 mai 2013.
IncarcĂ©rĂ© depuis le 23 septembre 1994 pour des actions directement liĂ©es Ă mon infiltration, parfaitement connue par la DNRED et par le DEA dans lâorganisation Locatelli, aucun fonctionnaire de la pĂ©nitentiaire et de la « Japerie » locale ne semble ĂȘtre intĂ©ressĂ© par lâanomalie que je reprĂ©sente pour cette condamnation de vingt ans qui, aprĂšs rĂ©duction de peine, ne verrait ma sortie quâen 2013 et pour Jean Marie Landais, le directeur de la division 2 du CD de Val de Reuil, tout baigne ! Ah oui, tous les mafieux, les trafiquants, les terroristes, lorsquâils prennent dix ans, câest dĂ©jĂ beaucoup et trĂšs souvent pour eux, la confusion, câest automatique. Franck Perletto, pour le trafic de cocaĂŻne avec le BrĂ©sil….ACQUITTĂ ! Son frĂšre, pour la mĂȘme affaire : 8 ans pour association de malfaiteur. A Toulouse, en 1996, ce furent trois mafieux italiens qui sortirent libre aprĂšs relaxe ! Pour moi lâagent infiltrĂ© NS 55 ? Pas infiltrĂ© dans une minable organisation dâun quartier de la Courneuve, mais dans une multi nationale du crime, vous fĂ»tes incapables aux Douanes françaises de rĂ©clamer du bon sens et le rĂ©sultat ce fut 20 ans sans prendre en compte lâintĂ©gralitĂ© de mon temps de dĂ©tention ! Et, maintenant, les Douanes françaises sont incapables de trouver un magistrat Ă la chancellerie pour rĂ©ellement se pencher sur ma situation! De qui se fout-on ? Y faut atterrir maintenant ! Me traiter de la sorte, câest dĂ©montrer que lâEtat de droit, câest vraiment pas sensĂ© ! Comme je te lâai dit au tĂ©lĂ©phone, ça fait plus de dix ans que je suis incarcĂ©rĂ© et que vous nâayez mĂȘme pas rĂ©ussi Ă me faire obtenir une permission pour NoĂ«l alors que jây avais droit…Ca ne passe pas ! Que vous mâayez fait plaider coupable, et fait revenir dans ce pays sans ĂȘtre capable aujourdâhui de traduire dans les faits les engagements faits par Christian Gatard au Canada… Je ne digĂšre pas ! Tu sais que si jâĂ©tais restĂ© au Canada, je serai libre ! Ce onziĂšme NoĂ«l passĂ© loin des miens parce que la chancellerie a dit que câĂ©tait de la faute aux accords franco-canadiens ! Je ne digĂšre pas ! Lâattitude de Laurent Le MESLE qui dĂ©commanda au dernier moment le rendez-vous quâil avait accordĂ© Ă mon avocat alors quâil Ă©tait encore conseiller technique Ă lâElysĂ©e. Je ne digĂšre pas !
Pourquoi les numĂ©ros de tĂ©lex transmis Ă J.P. Garcia Ă Madrid et qui permettaient de dĂ©montrer que dans le Var comme Ă New York des « gens Ă©tablis » Ă©taient en contact avec un bateau chargĂ© de 32 tonnes de cannabis afghan, nâont jamais servi Ă rien. Est-ce que je risquais de dĂ©ranger des notables de la politique varoise en connexion avec Pasqua lui-mĂȘme? Pourquoi, alors que Locatelli Ă©tait connu par la DNRED des dizaines de mois avant que je lâinfiltre… Christian Gatard ne mâa pas informĂ© du danger et mâa laissĂ© aller au casse pipe avec ma famille. Pourquoi ? Y avait-il aussi des ripoux chez les flics français comme il y en avait tant chez les Espagnols, que ces « fonctionarios » soient de la Guardia civil, de la Policia, du SVA ou du CESID. (Câest pas moi qui le dit, câest David May lui mĂȘme qui ne voulait pas dĂ©clarer mon action par manque de confiance envers les autoritĂ©s espagnoles.) Ou une fois encore, chacun jouait-il dans sa cour de rĂ©crĂ©ation au mĂ©pris de lâessentiel ? Et puis, câest quand mĂȘme pas un aviseur qui allait donner des ordres Ă des services officiels…
Comme je te lâai dit aussi, moi, je nâai pas de cagnotte, ni de comptes en banque confortables qui mâattendent Ă la sortie aprĂšs avoir doublĂ© le dĂ©pĂŽt initial, par intĂ©rĂȘts cumulĂ©s, comme certains dĂ©tenus rencontrĂ©s ici, qui, bien que ne payant pas les parties civiles auxquelles ils furent condamnĂ©s, relativisent leur temps carcĂ©ral par ce profit bien rĂ©el. Moi, je nâai pas de parties civiles et, puisque je nâen paye pas, la seule chose que fait le JAP, câest de me « sucrer » des remises de peine. Et il faudrait que je dise bravo ! Non, franchement, je ne digĂšre pas ! Dans mon histoire, le seul profit bien rĂ©el, ce fut pour la DNRED, que ce soit en matiĂšre dâinformations et aussi du faible coĂ»t de mon action. Nâoublie pas que je nâai pas reçu un franc des Douanes françaises dans les deux derniĂšres annĂ©es de mon action. Pas un franc! ExceptĂ©, un dĂ©fraiement de dix mille dollars remis par David May du DEA en juin 1994. Tout le reste, je lâai payĂ© avec lâargent que voulait bien me donner Locatelli. Alors, quand jâapprends quâĂ lâĂ©cole des douanes, des instructeurs osent dire que je suis milliardaire… Câest ignoble ! Câest vrai que pour expliquer lâincapacitĂ© des Douanes françaises Ă me sortir des cloaques de la pĂ©nitentiaire française, câest prĂ©fĂ©rable dâexpliquer aux futurs douaniers que je suis un narco. Je nâai pas pu faire de cagnotte, ni crĂ©er des comptes en Suisse, au Liechtenstein, Ă Gibraltar, au Luxembourg ou Ă Monaco et lâenquĂȘte effectuĂ©e par les autoritĂ©s anglaises, et poussĂ©e Ă lâextrĂȘme par ses trĂšs performants perfides du Custom Excise, ne permit que de dĂ©montrer que je nâavais fait aucun profit du trafic de drogue. Non, pour moi, rien de tout ça, car aprĂšs avoir infiltrĂ© et fait tomber toutes les opĂ©rations auxquelles je participais en infiltrant, je nâai pas un sou, seulement une promesse dâembauche chez mon fils Franck, qui monta son entreprise avec lâargent que lui prĂȘta sa mĂšre, aprĂšs avoir constatĂ© quâen juin 1994, je nâavais mĂȘme pas les 50 000 francs dont il avait besoin Ă l âĂ©poque pour dĂ©marrer. Je nâavais dâailleurs pas non plus le moyen de payer lâopĂ©ration que jâavais subie dans une clinique de Malaga et câest Locatelli lui mĂȘme qui Ă©tait venu rĂ©gler lâaddition de plus de 100 000 Francs. Oui, moi le supposĂ© numĂ©ro 2 du narcotrafic mondial, je nâavais mĂȘme pas 10 plaques, comme disent les initiĂ©s, pour payer mes frais dâhospitalisation et je nâai, aujourdâhui que lâurgentissime besoin de travailler pour pouvoir assumer ma famille. Mais faudrait-il encore que je sois libre ! Mon Ă©pouse attend avec impatience de pouvoir vendre lâappartement quâelle habite Ă Fuengirola pour continuer Ă assumer lâĂ©ducation de mes deux derniĂšres filles de 17 et 14 ans que je nâai pas vues depuis 5 ans et seulement 27 minutes dans lâenceinte de lâinfĂąme prison de Fresnes ! Non GĂ©rard, je ne peux pas digĂ©rer, et, tu peux imaginer ma colĂšre froide lorsque, ici, dans mon centre de dĂ©sinsertion des Vignettes, je constate que le directeur Landais, un produit parfaitement formatĂ© par lâENP, Ă©prouve presque des difficultĂ©s Ă comprendre que je ne sois pas dâaccord avec une telle gestion judiciaire dâune sanction, rĂ©sultante directe de mon action, et qui, lorsque je lui annonce le refus de mon transfert par le service parisien de Laure de Choiseul, ne put que trouver normal cette dĂ©cision… Câest normal puisque chacun oeuvre dans son petit coin au mĂ©pris du bon sens ! La solution, câĂ©tait la GrĂące prĂ©sidentielle, me dira-t-il, mais vous savez bien que … Et puis, câest vrai, que je crĂšve dans sa taule ou ailleurs, câest pareil pour ses points de retraite. La seule chose importante dans la vie professionnelle, pour ce mĂ©thodique et scrupuleux exĂ©cutant, câest que sa responsabilitĂ© ne puisse ĂȘtre engagĂ© ! Quâil soit illĂ©gitime que je continue Ă rester incarcĂ©rĂ©… Pour lui, comme pour le JAP, câest pas vraiment trĂšs important.
Pour revenir Ă lâobjet de ma lettre traitĂ© dans le premier paragraphe, naturellement, avec ces nouvelles donnes dues Ă lâapplication des textes de la Perben 2, ma date de libĂ©ration conditionnelle possible sâen trouve ramenĂ© de plus de onze mois. LâArt. D.526 du C.P.P. prĂ©cise que « Le cas des condamnĂ©s ayant vocation Ă la libĂ©ration conditionnelle doit ĂȘtre examinĂ© en temps utile pour que les intĂ©ressĂ©s puissent Ă©ventuellement ĂȘtre admis au bĂ©nĂ©fice de la mesure dĂ©s quâils remplissent les conditions de dĂ©lai prĂ©vu par la loi. » devrait alors permettre de demander lâĂ©tude de ma demande de libĂ©ration conditionnelle sachant quâun dossier a dĂ©jĂ Ă©tĂ© instruit il y a plus de deux ans Ă Nantes avec toutes les visites mĂ©dico-psychiatriques et enquĂȘtes effectuĂ©es, surtout si les autoritĂ©s judiciaires de cette juridiction voulait mâaccorder le bĂ©nĂ©fice de ce qui est prĂ©vu Ă lâ Art. 721-3 du C.P.P. sous forme dâune rĂ©duction de peine exceptionnelle pouvant aller jusquâau tiers de la peine prononcĂ©e ; alors ne devrait plus ĂȘtre un problĂšme, de me faire Ă©largir.
C.pr.pĂ©n., art. 721-3 nouveau Nature: RĂ©duction de peine exceptionnelle Quantum: Jusquâau tiers de la peine prononcĂ©e
Conditions :
- 187 de la loi du 9 mars 2004, entrant en vigueur le 1er janvier 2005
- Texte applicable aux condamnĂ©s dont les dĂ©clarations faites Ă lâautoritĂ© administrative ou judiciaire antĂ©rieurement (SIC) ou postĂ©rieurement Ă leur condamnation ont permis de faire cesser ou dâĂ©viter la commission dâune infraction mentionnĂ©e aux art. 706-73 et 706-74 c.p.p.
- Octroi par le tribunal dâapplication des peines selon les modalitĂ©s prĂ©vues Ă lâarticle 712-6.
Encore faudrait-il que le ministĂšre public fasse la demande auprĂšs du JAP, seul habilitĂ© Ă accorder ce type de rĂ©duction de peine, suite Ă une demande que la DNRED est seule habilitĂ©e Ă rĂ©clamer auprĂšs du parquet gĂ©nĂ©ral, puisque la DNRED est la seule autoritĂ© française Ă pouvoir attester que jâai bien continuĂ© Ă donner des informations aux autoritĂ©s amĂ©ricaines, italiennes et françaises postĂ©rieurement Ă lâopĂ©ration sur le Pacifico organisĂ©e par les Canadiens et antĂ©rieurement Ă mon arrestation et ma condamnation sans jamais avoir tentĂ© de faire un « deal » avec ces autoritĂ©s que je pensais encore servir alors quâelles ne faisaient que mâutiliser comme un kleenex.
Je te renouvelle tous mes vĆux, trĂšs Ă©goĂŻstes ceux-la, pour quâenfin, en 2005, les propos de soutien que tu mâassures Ă chaque appel trouvent enfin une traduction effective dans une levĂ©e dâĂ©crou. Toujours bien cordialement,
Marc Fievet – NS 55 DNRED
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